Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

HONGKONG/Une coupelle chinoise en porcelaine vendue 29 millions

Crédits: Sotheby's

C'est un nouveau record. Mais il ne s'agit pas DU record. Une petite coupe en porcelaine chinoise des années 1720 s'est vendue mardi 3 avril à Hongkong pour l'équivalent de 29 millions de francs. Sotheby's n'a pas communiqué le nom de l'acheteur, ce qui est courant quand il ne s'agit pas de Liu Yiqian, cet ancien chauffeur de taxi devenu multimilliardaire, puis collectionneur. Espérons juste qu'il s'agisse d'un vrai acheteur. On sait que les Chinois sont devenus la terreur des maisons de vente aux enchères avec leur mauvaise habitude ne payer très lentement, ou alors pas du tout. 

Il a fallu cinq minutes pour le la coupelle, large de 14,5 centimètres, change de mains. Il s'agit d'une pièce rare, ce qui ne vous étonnera pas. Il n'y aurait plus que trois exemplaires de ce modèle, directement produit dans la Cité Interdite par une équipe d'artisans locaux et de Jésuites pour l'empereur Kangxi, «le Louis XIV chinois». La technique utilisée est le «falangcai» et la représentation de jonquilles semble inusuelle, même s'il s'agit en ce moment d'une fleur de saison.

Un goût oriental

Les pièces impériales de petites dimensions, souvent tardives comme celle-ci, font les délices des amateurs orientaux, leurs concurrents occidentaux préférant les œuvres plus anciennes, voire archéologique. Question de culture et de goût. Liu Yiqian, toujours lui, avait ainsi acquis un autre petit bol du XVIIIe en 2014 pour l'équivalent de 36 millions de francs. Notons cependant que le record absolu est allé à une troisième coupe, elle aussi minuscule, de l'époque Song, autrement dit vieille de mille ans. C'était en octobre 1987. Cette pièce avait été acquise par un autre anonyme pour 38 millions. Un chiffre fou à nos yeux. Pour les Européens et les Américains, la porcelaine relève en effet des arts décoratifs. 

Il y avait jadis beaucoup de pièces impériales du XVIIIe siècle sur le marché. Les Chinois parlent toujours du «sac du Palais d'Eté» en 1860. Ils oublient volontiers que la dynastie Qing, un peu fauchée dès les années 1830-1840, vendait des pièces de ses magasins aux plus offrants. Une pratique universelle. Louis XV a écoulé ainsi une partie du mobilier de son arrière-grand-père Louis XIV, considéré comme démodé. En France, le collectionneur Ernest Grandidier, en s'endettant, mais raisonnablement, a ainsi acquis avant sa mort en 1912 ce qui forme peut-être le plus bel ensemble de porcelaines chinoises des XVIIe et XVIIIe siècle. Il se trouve aujourd'hui à Paris au Musée Guimet

Photo (Sotheby's): La coupelle vendue mardi. Elle tenue avec précautions...

Texte intercalaire.

 

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