Campiotti Alain

JOURNALISTE

S'il hésitait entre Pékin et New York, Alain Campiotti choisirait-il Lausanne, où il vit maintenant? Journaliste, il a surtout écrit hors de Suisse, pour 24 heures, L'Hebdo, Le Nouveau Quotidien et Le Temps, comme reporter ou comme correspondant. Terrains de prédilection: la Chine, les Etats-Unis et le Proche-Orient au sens large. Autrement dit le monde qui change et qui craque.

Hong Kong contre Pékin : l’orage qui vient

Big Four, parti communiste chinois, même combat ! C’est la nouvelle sainte alliance. En face : le peuple de Hong Kong, qui était mardi en masse dans la rue, malgré la pluie. Ces centaines de milliers de manifestants (dizaines de milliers, dit la police...) demandaient de pouvoir élire eux-mêmes leur «chief executive», le premier personnage de la métropole autonome.

Pour Pékin, cette revendication démocratique est exorbitante. Les Big Four semblent le penser aussi. A la veille de la démonstration, Deloitte, PwC, Ernst & Young and KPMG ont publié dans la presse locale une mise en garde que Xi Jinping, le président chinois, aurait pu contresigner : les manifestants allaient mettre en danger la prospérité et la stabilité de l’ancienne colonie.

Le 1er juillet est l’anniversaire de la restitution par la Grande-Bretagne de Hong Kong à la Chine. C’était en 1997. Le transfert de souveraineté était le résultat d’une négociation serrée entre Margaret Thatcher et Deng Xiaoping. L’accord s’était fait sur cette formule du Chinois : «Un pays, deux systèmes». Pékin récupérait le grand port, mais acceptait, pour «au moins cinquante ans», que son régime de libertés demeurent, grosso modo, tel qu’il avait été sous la couronne.

La Dame de Fer, qui avait peu de cartes en main, s’était battue mollement. Elle avait par exemple accepté que l’assemblée législative hongkongaise fût en parie cooptée, sur un mode corporatiste, ce qui permet à Pékin de contrôler d’assez près les élus. De la même manière, le «chief executive» est choisi par un collège électoral restreint et trié sur le volet. Ce qui vaut à l’actuel titulaire, Leung Chun-Ying, le surnom de «689» : c’est le nombre de voix qui l’ont fait roi.

Les libertés qui restent, et que Pékin cherche à grignoter (dans la presse en particulier), ont permis à un puissant mouvement démocratique de se développer. Il mène une guérilla têtue pour tenir à distance l’autoritarisme central. Et il obtient de petites concessions, apparentes. En 2007, Pékin a ainsi accepté que la prochaine élection du «chief», en 2017, se fasse au suffrage universel. Incroyable ! Mais il y a un bémol : le parti se réserve le droit d’éliminer les candidats pas assez «patriotes»…

C’est tout l’enjeu de l’actuel bras de fer. Le courant démocratique, rebaptisé pour l’occasion «Occupy Central with Love and Peace» (Central est le quartier des affaires), a organisé à la fin du mois de juin un référendum sauvage en faveur du suffrage universel sans cautèle. Il espérait 100000 votants, il y en eut près de 800000. Si le pouvoir central ne répond pas de façon satisfaisante, le mouvement promet d’organiser un sit-in permanent de résistance et de désobéissance.

Mais la réponse est déjà connue : référendum illégal. Et peu avant le vote, Pékin a publié un Livre blanc – en sept langues pour que nul n’en ignore – qui réaffirme la prévalence des lois du centre sur la législation du territoire autonome, malgré son système différent. Du coup, les juristes hongkongais sont aussi sortis dans la rue, en noir, pour dénoncer une agression contre leur indépendance.

Pékin, forcément, tient le couteau par le manche. D’autant plus que le centre, au fil des ans, a su s’attacher l’establishment local. Six des dix plus grandes sociétés cotées au Hang Seng, la bourse de Hong Kong, sont des entreprises d’Etat dont les CEO sont nommés par le parti. On comprend pourquoi les Big Four n’ont rien à refuser aux maîtres du nord.

Malgré notre lointaine indifférence, ce qui se joue à Hong Kong est capital. L’avenir peut se lire en deux versions. L’optimiste : le ferment démocratique qui travaille le territoire finira par gagner tout le pays. La pessimiste : rien ne fera plier l’intransigeance du centre, qui se manifeste aussi ces jours, bruyamment, dans les mers du sud.

La naïveté n’est pas recommandée. Mais rien ne nous empêche d’être attentifs à ce qui se passe dans le Port parfumé – c’est ce que veut dire Hong Kong en chinois.

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