Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

HISTOIRE / Paris traite Auguste d'une manière impériale

A Rome, les choses allaient de soi. Identitaire, l'exposition s'intitulait simplement "Augusto". Pour les Parisiens, il a fallu emballer le paquet-cadeau. Le Grand Palais propose depuis quelques jours "Moi, Auguste empereur de Rome". Le thème se décline sur des affiches apposées dans le métro. Que voulez-vous? Mort il y a juste deux mille ans, le grand homme n'a pas eu à affronter Astérix, comme son grand-oncle et père adoptif Jules César. Autant dire qu'il s'agit presque d'un inconnu. 

Des efforts politiques et financiers considérables ont été mis en œuvre pour mettre sur pied la manifestation, dont l'étape italienne a déjà eu lieu aux Scuderie del Quirinale. Cinq commissaires ont pratiqué leurs choix, qui ne semblent du coup guère cohérents. La manifestation part un peu dans tous les sens. Le rez-de-chaussée est biographique. Il s'agit d'expliquer l'homme, né en 63 avant J.-C. et mort 14 de notre ère. Le malheureux n'a d'ailleurs jamais su ce qui était arrivé entre-temps. Le Christ. Il aura fallu attendre le XIIe siècle pour inventer la prédiction de la chose à l'empereur par la sibylle tiburtine.

Objets du quotidien 

Cette partie personnelle, qui suppose l'apprentissage d'un arbre généalogique pour le moins complexe (Tibère, son successeur, mais pas le fils d'Auguste, mais celui de sa femme Livie) se voit suivie par un aperçu de la vie romaine autour de l'an zéro. Architecture, sculpture, tout se trouve pris en considération. Viennent ensuite les objets du quotidien. Certains d'entre eux proviennent d'Herculanum ou de Pompéi. Il ne faut pas oublier qu'ils avaient une soixantaine d'années quand le Vésuve se manifesta en 79. C'étaient donc les vieilleries de l'époque, même s'il s'agit parfois de sublimes vaisselles d'argent. 

L'exposition se termine au premier étage avec "l'après". Logiquement, Auguste aurait dû marquer un moment exceptionnel dans l'histoire de la République, dont il avait trusté les plus hautes fonctions politiques et religieuses. L'homme vivait sur le Palatin en simple patricien. L'empire, dont on lui attribue la naissance, n'avait rien d'écrit. Mais l'ancien Octave étant devenu "auguste" (un titre) en 27 av. J.-C. les sénateurs comme le peuple avaient pris l'habitude d'avoir au-dessus d'eux un "princeps" (autre titre). Le pli était pris. Il y aura des empereurs, plus ou moins compétents et sains d'esprit, jusqu'en 476.

Des statues de poids 

Les musées romains ont consenti d’énormes prêts. Le Louvre s'est dépouillé. D'autres institutions ont fourni l'appoint. Les transporteurs n'ont plus eu qu'à zig-zaguer à travers l'Europe. On aura rarement déplacé autant de tonnes. Combien pèse, par exemple, la statue colossale d'Auguste venue du Musée de l'Arles Antique? De quelle manière a-t-on hissé des marbres aussi lourds jusqu'à l'étage? Question subsidiaire, enfin, comment les planchers tiennent-ils le coup? 

A ces œuvres de poids, il fallait une scénographie légère. Imaginée dans les blancs, elle donne à la fois une idée de soleil et de modernité. Il s'agit d'une adaptation à l'archéologie de ce "white cube" qu'affectionnent les lieux voués à l'art contemporain. Curieusement ce parti de blanc sur blanc, puisque les statues ont depuis longtemps perdu leur polychromie, fonctionne bien. Tout respire. Les déambulations ont d'ailleurs été calculées larges, pour la foule admirative des grands jours.

Matraquage publicitaire 

En dépit du matraquage publicitaire et des échos de la presse (qui avait pourtant dix autres événements parisiens à se mettre sous la dent en même temps), les visiteurs ne se pressaient pas les premiers jours, comme ils l'avaient fait dans les Scuderie romaines. Le Grand Palais croyait-il d'ailleurs vraiment à une réussite commerciale? J'en doute. Un signe ne trompe pas. Il a renoncé à la guérite extérieure pour le contrôle des sacs et des personnes. Une guérite où s'opérait encore le tri au moment de Félix Vallotton. 

C'est finalement tant mieux! Le public peut se concentrer. Admirer. Tourner autour. Juger l'effet de loin. Lire les cartels, très bien faits. Mettre le nez sur les camées et les intailles, chefs-d’œuvre le la glyptique antique. Bref, prendre son plaisir. Car enfin, même si le propos apparaît parfois confus, il s'agit d'une réussite. Il faudra attendre longtemps avant de revoir un tel panorama de l'art romain.

Pratique

"Moi, Auguste, empereur de Rome", Grand Palais, 3, rue du Général-Eisenhower, Paris, jusqu'au 13 juillet. Tél. 00331 44 13 17 17, site www.grandpalais.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 20h, le mercredi jusqu'à 22h. Photo (DR): Fragment d'une statue d'Auguste en sacerdote.

Prochaine chronique le dimanche 13 avril.  Etienne Barilier fait le roman de Picasso à Rome en 1917, "Ruiz doit mourir".

 

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."