Joan Plancade

JOURNALISTE

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Hervé Falciani et la légende du justicier

Difficile de se poser en pourfendeur désintéressé de l’injustice fiscale quand on a volé des données bancaires pour tenter de les revendre. C’est pourtant à ce périlleux numéro d’équilibriste que s’est livré mercredi Hervé Falciani au Casino de Divonne, épaulé pour l’occasion par Angelo Mincuzzi, co-auteur de son dernier livre. 

Devant un parterre de confrères majoritairement suisses, pensant un peu naïvement assister à une conférence de presse, le journaliste italien lance d’emblée la mise en scène. Une rencontre au casino de Montecarlo durant laquelle Hervé Falciani se confie, puis une relance quelques années plus tard: c’est avant tout le destin qui a fait de lui le justicier que l’on connaît aujourd’hui. Loin de l’image sulfureuse du joueur et séducteur invétéré si souvent dépeinte, l’intéressé précise d’ailleurs mener au moment des faits une existence «paisible».

Puis tout bascule, et c’est en stratège qu’il orchestre la saisie par les autorités françaises des fameux fichiers, que l’on pensait jusque là liée à un concours de circonstances très favorable. Aujourd’hui, ces épisodes sont derrière lui, et Hervé Falciani, expert mondialement demandé, se dédie corps et âme à la réforme du système fiscal mondial, et rêve d’une société où les citoyens auraient le contrôle sur les transactions.

L’inconvénient majeur d’une conférence de presse, c’est qu’il y a toujours des esprits chagrins pour questionner la légende. Quand un journaliste relève ses multiples tentatives infructueuses de monnayer les données, Hervé Falciani préfère ne pas répondre. Affirmant travailler actuellement avec de «nombreuses institutions et fondations», alors qu’on le pense très isolé, le lanceur d’alerte se voit demander des noms. Là encore, on n’en saura pas plus. Des noms, il en a donné bien assez, manifestement cela ne l’intéresse plus.

En fait, ce n’est pas Hervé Falciani qui refuse de répondre, mais les journalistes qui lui posent les mauvaises questions. Engagé dans la refonte du système, Hervé Falciani, non, n’est pas venu à Divonne pour remuer le passé. Il en laisse le soin au Tribunal pénal fédéral de Bellinzone qui le jugera prochainement en son absence. S’il s’est déplacé, c’est en tant qu’expert, sérieusement autoproclamé «plus puissant que la FINMA»,  pour parler des blockchains, ces protocoles informatiques décentralisés qui vont révolutionner les systèmes de paiement. Et tant pis pour ceux, nombreux, qui espéraient lever le voile sur le personnage louvoyant et contradictoire qu’est Hervé Falciani.

Les grands visionnaires sont malheureusement souvent incompris, et l’exercice de style n’a pas convaincu. On pourra se consoler en se disant que ce sont les révélations qui comptent et non les motivations du lanceur d’alerte. Néanmoins, comme l’a reconnu mercredi, un brin désabusé, le journaliste François Pilet, qui a travaillé sur les Swiss Leaks : «Les Américains ont Snowden, nous c’est Falciani. On a les whistleblowers que l’on mérite.»

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