Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

HERMANCE/La Fondation Auer-Ory pour la photo appelle à l'aide

Crédits: tribune de Genève

C'était le 2 juin 2012. Tous les amis de Michèle et de Michel Auer, et surtout ceux de la photographie, s'étaient déplacés à Hermance. Il y avait même là le magistrat Sami Kanaan, qui a fait un discours. C'était l'ouverture, par un jour ensoleillé, de la Fondation Auer Ory, dédiée au 8e art. Les collectionneurs, dont les Genevois avaient déjà pu découvrir en 2003 un aperçu du fonds au Musé d'art et d'histoire, alors dirigé par Cäsar Menz, inauguraient le bâtiment neuf, accolé à leur maison de la rue du Couchant. Un beau lieu dans les gris sur deux étages, dont un en sous-sol. 

La Fondation Auer Ory est riche en dizaines de milliers d’œuvres. Elle reste connue pour sa série d'appareils anciens, qui sont à sa base. Certains ensembles apparaissent extraordinaires, comme ceux de l'Américain Weegee ou du Tchèque Frantisek Drtikol. Il y a en plus là une énorme bibliothèque spécialisée, dont l'accès était prévu pour les chercheurs. La Fondation a depuis exposé. Je pense à des artistes aussi différents que l'Américain de Paris Louis Stettner (récemment honoré par le Centre Pompidou) ou le Suisse René Zürcher, dont les Auer possèdent de très nombreuses œuvres. L'atelier même pour Zürcher, qui a un peu levé le pied, côté création. Chacune de ces manifestations se doublait d'un joli petit livre. La Fondation présentait d'autres accrochages aussi bien en Suisse (on l'a notamment vue au Boléro de Versoix) qu'à l'étranger.

Le lieu et l'horaire 

Tout cela coûte de l'argent et la Fondation souffrait dès le départ de deux handicaps. Le lieu tout d'abord. Hermance se situe à quinze kilomètres de Genève, même si elle est mieux reliée par les transports publics qu'au temps où j'y habitais, dans les années 1960. La seconde est l'absence de jours et d'heures fixes de visite. Ceux qui n'allaient pas aux vernissages du samedi à 17 heures devaient prendre langue avec les Auer afin de fixer une date. A notre époque, les gens ont pris l'habitude de l'immédiateté. Mais les collectionneurs le répétaient volontiers. Ils n'avaient pas les moyens financiers de faire davantage. 

Or aujourd'hui, tout se gâte. Un courriel, envoyé le mercredi 11 janvier en fin d'après-midi à ses contacts, donne l'alerte. «La Fondation Auer Ory pour la photographie traverse actuellement une passe extrêmement délicate.» Elle est de manière urgente à la recherche de fonds. Il lui faut 200 000 francs par an pour continuer. Le programme d'expositions 2017 est annulé. La secrétaire a dû se voir licenciée. Les visites sont restreintes (encore davantage). «Avant d'envisager la cessation de ses activités, la dissolution de la fondation et la dispersion de ses collections uniques, un dernier appel est lancé pour que des solutions soient enfin trouvées, conjuguant les efforts et des ressources tant publiques que privées.»

Appels aux politiques 

Les Auer-Ory, qui ne sont par ailleurs plus des gens très jeunes (pardon Michèle, pardon Michel!), pensent à la Confédération, au Canton et à la commune, plus aux fondations privées. Pour la Confédération, l'espoir semble faible. A part la Fotostiftung Schweiz, logée au Fotomuseum de Winterthour (qui n'est, lui, pas subventionné par ses soins), c'est «nein». Le Canton possède bien sûr de nouvelles compétences en matière de culture. Mais... Hermance n'est enfin pas la Ville, qui entretient au BAC (Bâtiment d'Art contemporain) le Centre le photographie, par ailleurs jadis fondé par les Auer au Grütli. Je n'ai aucune idée de la politique hermancienne ou hermançoise (il paraît que les deux orthographes cohabitent) en la matière. En attendant, une pétition circule en ligne (auer@auerphoto.com). 

Une solution médiane pourrait-elle être trouvée. Vendre quelques pièces de prix, par exemple? Ce n'est pas à moi de me prononcer. Il n'empêche qu'il y a aujourd'hui un avis de tempête. Le temps n'est pas favorable aux privés, me rappelait l'autre jour Lionel Bovier, directeur du Mamco. Le Musée des Suisses dans le monde, au château de Penthes, est à l'agonie, mais sans offrir de patrimoine matériel fabuleux, comme la Fondation Auer. Le directeur Anselm Zurflüh a dû donner leur congé à ses employés fin octobre 2016. Le Musée international de la Réforme cherche tout le temps des sous. L'avenir du Musée Barbier-Mueller est à discuter, mais pour cause de décès. La Fondation Martin-Bodmer doit veiller au grain, après un temps de folles dépenses. Ailleurs, les Hahnloser ont fermé à Winterthour. Mais là, ils viennent de trouver une solution envisageable dans le cas d'Hermance. Ils sont allés se faire abriter par le Kunstmuseum de Berne. Une forme de tutelle, bien sûr. Or je sais les Auer-Ory de caractère particulièrement indépendant...

Photo (Tribune de Genève): Michel et Michèle Auer dans leur fondation d'Hermance, qu'il leur fait aujourd'hui sauver.

Texte intrcalaire. 

 

 

 

 

 

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