Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Hélène Joye-Cagnard: Un thème par an pour Bienne

Elle est charmante. Ouverte. Sereine. Hélène Joye-Cagnard a beau rester menue. On la sent forte et assez sûre d'elle-même, et de ses choix, pour accepter leur contestation. Rencontre biennoise avec la directrice francophone des "Journées photographiques", qui se prête volontiers à l'exercice. 

Depuis quand vous occupez-vous de cette manifestation?
Je suis arrivée en 2007. Nous étions deux codirectrices. Catherine Kohler a décidé à un certain moment de partir. C'est comme toujours dans la vie. Il y a des moments où une personne se découvre l'envie de faire d'autres choses. Je suis donc restée seule. 

Travailler à deux constitue-t-il déjà une hybridation?
Absolument! Il y a des échanges. Des chimies qui se créent. Un résultat autre que nul de nous deux n'avait prévu au départ. 

Faites vous de la photo vous-même?
Pas du tout! En fait, j'adore voir. Je ne me sens nul besoin d'une pratique. Je pense que j'apporte de la sorte un autre regard. Sans doute celui de l'historienne de l'art. Une historienne amoureuse de l'image. J'apprécie sa spécificité. Il faut qu'un bon rapport existe entre le support choisi et ce qu'il sert à transmettre. 

La photo a changé très rapidement ces dernières années...
...et je pense que ce n'est pas fini. Le numérique n'a pas transformé que la technique. Il a bouleversé la statut de l'image. La photo ne constitue plus une preuve. Il s'agit désormais d'un instrument de communication comme un autre. Elle devient pour beaucoup de jeunes un simple signal. Il faut que les institutions apprennent à montrer ce mode nouveau de voir, qui posera des problèmes considérables d'archivage. 

2014 constitue donc l'année de l'"Hybride". Y a-t-il comme ça un sujet par an?
Oui, en tâchant qu'il se montre en phase avec l'actualité de la photo. Ici, nous sommes partis de la vidéo de Bouillon Group. Six Georgiens ont mélangé les signes extérieurs de trois religions, minées chez eux par le fondamentalisme depuis la chute du communisme. On dirait, à les regarder, un cours de gymnastique tant les gestes semblent automatiques et dépourvus de sens. J'ai pensé que ce film pouvait amener à une réflexion sur une globalisation amenant des chocs de culture. Nous hybridons des concepts qui ne vont pas ensemble. 

Comment développez-vous un thème?
Une recherche mène à une idée conduisant à un photographe. Tout doit être découvert par nos soins. Nous ne proposons aucun concours. Il arrive bien sûr qu'un artiste nous en signale un autre, dont il connaît les travaux récents. Mais c'est rare. 

Les "Journées" restent axées sur le contemporain.
Il y a une nette volonté de promouvoir la photo émergente. Dans tous les domaines. L'image dite plasticienne ne doit pas occulter le reportage. Un genre qui se porte de plus en plus mal, vu le manque de commandes et de débouchés. 

Avec quel budget travaillez-vous?
Il y a une moité d'argent public, un quart de mécénat privé et un quart provenant des recettes générées par la manifestation. Nous tournons plus ou moins bien. Des fonds supplémentaires ne feraient pas de mal. Nous avons dû renoncer en 2014 à l'idée d'une publication. Nos visiteurs, de tous les horizons vu le caractère démocratique de la photo, viennent autant pour les lieux que pour les images. Nous nous efforçons donc de diversifier le parcours en ville avec des architectures chaque fois nouvelles. Nous avons cette fois emprunté un appartement dans la Vieille Ville. 

Serez-vous là en 2015?
J'ai un contrat à durée illimitée avec l'association s'occupant des "Journées". Je dois autant la convaincre que continuer à m'intéresser à une programmation m'occupant toute l'année.

Pratique 

"Journées photographiques" de Bienne, divers lieux dans la ville (dont PasquArt), jusqu'au 14 septembre 2014. Tél. 032 322 42 45, site www.jouph.ch Ouvert du mercredi au vendredi de 14h à 18h, les samedis et dimanches de 11h à 18h. Nombreuses animations. Voir sur le site. Photo (L'Illutré): Hélène Joye-Cagnard, à Bienne depuis 2007.

Cet article complète celui, immédiatement au-dessus, traitant des "Journés photographiques".

 

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