Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Haro sur le luxe!

En début de semaine, Bilan publiait sur son site web un sujet (rédigé par votre serviteur) sur la montre suisse de François Fillon, en mentionnant quelques autres cas célèbres de pièces d'horlogerie helvétique (ou non) portées par d'autres figures marquantes de la vie politique française. Très rapidement, le sujet est très largement partagé et commenté sur les réseaux sociaux, en Suisse comme en France. Et si je n'ai pas l'habitude d'entretenir sur mon blog un sujet développé dans un article, les réactions suscitées m'y poussent.

Des réactions dans les deux sens car une marque horlogère m'a contacté pour me signaler que le vainqueur de la primaire de la droite et du centre avait également un de ses produits au poignet sur une photographie, tandis que certains commentaires (notamment émanant d'internautes français) sur les réseaux sociaux s'indignaient qu'un élu puisse afficher une montre de luxe. En dressant un tableau des montres des hommes politiques français de premier plan, avais-je cédé à la frivolité ou même «lâché une boule puante sur François Fillon, digne de la presse de caniveau» (dixit une internaute parisienne)?

Une semaine après, je persiste et signe: ces réactions confortent mon choix et même mon titre. Oui, la montre d'un candidat à l'élection présidentielle française constitue un élément politique dans une campagne électoral. Ce n'est pas une nouveauté: la polémique née de la Rolex de Nicolas Sarkozy l'avait déjà montrée. Et dix ans après cela semble plus vrai que jamais. Le luxe semble tabou pour les hommes politiques français. François Fillon a-t-il volé sa Rebellion? Non, elle lui a été offerte. Ce cadeau a-t-il donné lieu à des contreparties? Rien ne l'indique et qu'aurait pu attendre une jeune marque horlogère lausannoise d'un élu qui était alors au creux de la vague?

Non, ce qui gêne avec la Rebellion de Fillon, mais aussi avec les pièces de Julien Dray en 1999, la Rolex de Moscovici voire la Baume & Mercier de Valls, c'est le luxe. Les populistes de tout crin se déchaînent contre tout signe (ostentatoire ou non) de richesse. Porter une montre suisse est devenu, aux yeux de certains internautes, synonyme de détenir un compte en Suisse. Un compte non déclaré évidemment. Et de frauder le fisc. Un bien étrange raccourci.

Ce serait oublier que chacun a droit à sa passion et à dépenser son argent (légitimement et légalement gagné) comme il l'entend. Si certains aiment voyager, d'autres aiment pratiquer certains sports onéreux, d'autres encore trouvent leur plaisir dans des découvertes culinaires. Et certains apprécient les belles mécaniques au poignet. Une montre peut refléter une passion, comme pour François Fillon celle du sport automobile, ou pour Julien Dray les racines familiales dans l'horlogerie.

En attaquant la montre, certains prétendent attaquer un train de vie. Avec la Rebellion de François Fillon, c'est son «château» qui est visé. Un château qui est estimé à 650'000€, soit moins qu'un appartement de 100m2 à Paris. Et un château pour lequel le candidat de droite a des frais d'entretien élevé. Et quand il s'en acquitte, il contribue (tout en améliorant son confort et celui de sa famille) à préserver le patrimoine français. Celles et ceux qui portent une belle montre au poignet font de même: ils contribuent à préserver des métiers d'exception, des savoir-faire séculaires, des compétences uniques. Sans oublier des emplois par milliers. Les détracteurs qui dénoncent les montres de François Fillon, Nicolas Sarkozy ou Julien Dray préféreraient-ils que ceux-ci portent une smartwatch chinoise assemblée à la chaîne par des ouvriers sous-payés, exposés à des émanations de gaz nocifs et travaillant dans des bâtiments à la solidité douteuse?

Ironie du phénomène, ce sont souvent les mêmes qui dénoncent le luxe que ceux qui font les louanges des métiers d'exception, des talents de l'artisanat d'art ou du savoir-faire des grands cuisiniers. Mais comment feraient les spécialistes de la laque, des émaux, des cadrans, ou encore les pâtissiers, les chausseurs, les gantiers, les brodeurs s'il n'y avait pas de commandes et de clients? Ce qui sauve ces emplois et préserve ces traditions, ce sont les commandes et les clients.

Le hic, c'est que pour de nombreux populistes, les raccourcis sont faciles: «porter une montre de luxe c'est avoir un train de vie lié aux élites, et avoir ce train de vie lié aux élites c'est favoriser ces personnes au détriment du bien commun». Or
 

 

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