Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GRUYÈRES/Le Château s'ouvre au contemporain avec Christian Gonzenbach

Crédits: Site du château de Gruyères

C'est la Suisse miniature. Le paysage de carte postale. Le détour obligé, surtout si l'on est Japonais, Indien ou originaire du Moyen-Orient. Gruyères fait d'autant plus office de concentré helvétique que son nom dégage une odeur de fromage. Ne manque plus ici que le coucou. Il se presse donc, dans la grand-rue, des dizaines de milliers de visiteurs l'été. «Pour ce qui est du château», explique Filipe Dos Santos, 40 ans, qui en est devenu le directeur il y a deux ans et demi après avoir passé par le Musée de Pully, «il accueille selon les années entre 150 000 et 180 000 visiteurs.» Des chiffres à faire rêver bien d'autres institutions romandes, pourtant moins isolées géographiquement. De Genève ou de Lausanne, pour qui ne dispose pas d'une voiture, il faut emprunter trois trains et un bus pour arriver au but. 

«Notre idée était de donner aux gens l'envie de revenir.» Trop de Suisses restent en effet sur d'anciens souvenirs de courses d'école. «Nous organisons donc deux expositions par an, cette année trois.» Médiéviste, Filipe Dos Santos a accueilli ce printemps pour une «Photo Esplanade» le Fribourgeois Romano P. Riedo, qui y a montré ses images de paysans de montagne en noir et blanc. Elles semblaient, à tort, avoir été prises il y a des décennies. «Nous en avions fait agrandir un certain nombre afin de pouvoir les présenter à l'extérieur.» Cet hiver, «de la période de l'Avent à la Chandeleur», le château proposera, à l'intérieur cette fois, d'anciens décors de Noël. «Cela s'appellera Mon beau sapin».

Un monde d'illusions 

Pour l'été, le directeur a fait appel à Christian Gonzenbach dans l'idée qu'il occupe la cour et détourne un peu certaines salles de leur sens originel. Quoique... Les constructions de bois, dehors, pourraient bien constituer des catapultes, en dépit de leur aspect peu fonctionnel. Des chaînes faites d'anneaux carrés, on en a rarement vues... La salle archéologique, installée comme de juste en sous-sol, propose aussi d'étranges vestiges, unifiés par le plâtre blanc. Il y a là aussi bien là des jouets dinosaures que des fragments de Michel-Ange. «J'ai beaucoup emprunté à ma propre collection», confesse l'artiste, qui a aussi joué des apparences dans une salle des hallebardes, «armes suisses par excellence». Leurs manches se voient ainsi surmontés d'une scie, ou alors d'une pince. «J'ai coulé le tout en aluminium. Il s'agit du métal le moins le moins artistique et le moins historique, puisqu'on le connaît depuis cent cinquante ans à peine.» 

La visite de l'exposition, mais non du bâtiment, se termine dans la vaste salle à manger, inventée de toutes pièces par le peintre genevois Bovy, propriétaire des lieux au milieu du XIXe siècle. Sur deux gigantesques tables d'autel sont disposés des os. «Il y a là le squelette complet d'un cheval», explique Christian Gonzenbach. «Je l'ai peint en faux bois pour créer une illusion supplémentaire.» Le public pense du coup que c'est un tronc taillé en forme de vertèbre, de côte ou de tibia.

Deux autres musées dans la ville

Les gens passent. Photographient. C'est une bonne année. Il le faut. «Le château constitue une fondation», explique Filipe Dos Santos, «même si les murs appartiennent au Canton. Nous sommes supposés nous auto-financer.» Rappelons à ce propos qu'il existe deux autres musées, dans cette mini-agglomération, oubliée par le temps et renée à la vie quand la Suisse a pris conscience de son patrimoine. J'ai cité celui consacré au peintre fantastique H.R Giger («Alien»), qui a connu une mode planétaire, et celui que le Genevois Alain Bordier a consacré (dans une ancienne église désaffectée!) à la sculpture bouddhique ancienne. Les Bovy au XIXe siècle, Alain Bordier et aujourd'hui Christian Gonzenbach, cela fait beaucoup de Genevois en terre fribourgeoise!

Pratique 

«Christian Gonzenbach, La chute de Rome», château de Gruyères, 8, rue du Château, Gruyères, jusqu'au 31 octobre. Tél. 026 921 21 02, site www.chateau-gruyeres.ch (j'ai eu de la peine à faire apparaître l'information sur l'écran). Ouvert tous les jours, de 9h à 18h. Jusqu'à 17h dès novembre.

Photo (Site du château): La forteresse en entier. Notons au passage qu'elle n'a en fait jamais été assiégée!

Immédiatement plus bas, il y a mon entretien ave Christian Gonzenbach.

Petit tout à Florence pour découvrir notamment le peintre contemporain John Currin.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."