Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GRUYÈRES/"La chute de Rome" a permis le passage au Moyen Age"

Crédits: Château de Gruyères

Comme le furet, il est partout. J'avais quitté Christian Gonzenbach à Paris, le voici à Gruyères. Il sera bientôt à Genève, au cimetière des Rois, sans avoir pour autant un pied dans la tombe. Le sculpteur a été invité, comme une quinzaine d'autres artistes (dont le trublion Gianni Motti), à intervenir en septembre dans ce qui constitue un panthéon local en plein air. Seul, son collègue Augustin Rebetez aura été vu davantage que lui en 2016. 

Vous semblez vous spécialiser, Christian Gonzenbach, dans l'intervention au milieu d'un lieu historique.
J'en ai fait entre cinq et dix. Mettons huit pour simplifier. Il y a eu l'abbaye de Bellelay, dans le Jura bernois. La maison gothique de Jacques Coeur, à Bourges. Le château de Tarascon. Plus près d'ici celui de Rue, qui se trouve également dans le canton de Fribourg. 

Comment êtes-vous arrivé à Gruyères?
J'ai reçu une invitation qui ne constituait pas tout à fait une carte blanche. Le bâtiment n'est pas anodin. Il s'agissait de réagir non seulement à lieu chargé d'histoire, mais racontant au public ses siècles d'existence. Je suis donc venu trois ou quatre fois humer l'atmosphère. Il y a eu des discussions. J'ai décidé de n'amener aucune pièce ancienne, mais de tout créer ad hoc. Il fallait répondre à des attentes du public, tout en détournant un peu sa perception des réalités. Je devais aussi tenir compte des dimensions de Gruyères. C'est un édifice à peine plus petit que Chillon. Mes oeuvres, parfois petites, n'apparaissent du coup pas immédiatement comme des ajouts. 

Pourquoi le titre de de «La chute de Rome»?
Parce qu'on m'a appris à l'école que cette chute, en fait très lente, a permis le passage au Moyen Age. Cela tient du paradoxe. En histoire, il faut la mort d'une époque et la disparition de ses réalisations pour permettre un renouveau. Mes machines dans la cour, qui peuvent sembler des catapultes, possèdent aussi du coup des airs d'échafaudages de construction. 

Que vont-elles devenir à la fin de l'exposition?
Ce qu'elles étaient avant. Du bois. On pourrait en faire une grange pour le paysan du coin. Il y a déjà des gens intéressés à recycler ce que je considère comme un matériau. J'ai eu la volonté d'utiliser des arbres indigènes et une scierie suisse pour une création somme toute éphémère. 

Vous montrez encore à Paris, jusqu'au 4 septembre, un squelette de girafe pris dans une construction de bois au Musée de la chasse et de la nature.
J'avais oublié de citer Paris! La cour de cet hôtel particulier du XVIIe siècle est bien plus restreinte qu'ici. Douze mètres sur douze. Il s'agit aussi d'un lieu fermé. Ma boîte, en forme de chapelle, puisque le clocher abrite le cou, ne dépasse pas du toit. C'est une surprise, que les visiteurs ont très bien accueillie. Là aussi, le bois redeviendra des planches. La girafe, elle, est démontable. 

Et après?
Le château de Kerjean, en Bretagne. Une exposition en galerie aussi. C'est la première fois que je serai ainsi présenté à Milan.

Ce texte intercalaire suit immédiatement celui consacré au château de Gruyères.

Photo (Site du château): L'installation des "catapultes" dans la cour. A moins qu'il ne s'agisse de machine de construction, vu leur petit air de pelles mécaniques.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."