Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Grève: Genève vit au-dessus de ses moyens

Alors que les fonctionnaires défilent dans les rues pour manifester contre les efforts qui leur sont demandés, il faut une nouvelle fois redire que Genève continue de vivre au-dessus de ses moyens. Comme nous l’écrivions au début de cette année, le canton est au bord du gouffre financier. Tous les indicateurs sont au rouge. Les chiffres publiés ci-dessous montrent que des réformes ambitieuses s’imposent dans tous les domaines qui touchent au fonctionnement et à l’organisation des collectivités publiques:

1.En raison de la baisse des recettes fiscales, le Conseil d’Etat s’attend à ce que les comptes du canton bouclent 2015 sur un déficit d’environ 200 millions de francs. Le budget prévoyait un excédent de 14 millions de francs.

2.Alors que la dette du canton dépasse les 13 milliards de francs, elle devrait progresser de 350 millions de francs en 2016. L’autofinancement des investissements n’est assuré qu’à hauteur de 47%.

3.L’endettement brut du canton par habitant est le plus élevé de Suisse. Alors que les autres cantons ont réussi à réduire fortement leurs dettes depuis le début des années 2000, ce n’est pas le cas de Genève.

4.Tandis que le canton se noie, les communes se portent bien. Leurs finances sont florissantes. La raison? Le canton assume presque la totalité des tâches publiques. Sur dix francs dépensés par la collectivité, il en paie huit. Selon les calculs de l’Administration fédérale des finances, les communes n’ont bouclé leurs comptes qu’à trois reprises dans le rouge entre 1990 et 2012 contre dix-sept fois pour le canton.

5.Les revenus de la fiscalité (particuliers et entreprises) représentent environ 70% de l’ensemble des recettes du canton et des communes. Soit un niveau plus élevé que dans les autres cantons.

6.La répartition de l’effort fiscal est beaucoup plus inégalitaire à Genève qu’ailleurs. Environ 10% des contribuables règlent les deux-tiers de la facture. Plus d’un tiers d’entre eux ne paie pas d’impôt.

7.La réforme de l’imposition des entreprises coûtera entre 500 et 700 millions de francs. Seule une petite partie sera compensée par la Confédération. Contrairement à son voisin vaudois, le canton de Genève n’a toujours pas ficelé un projet permettant de convaincre une majorité politique.

8.Avec 58,4 collaborateurs au sein de l’administration publique du canton, des communes et des corporations de droit public (y compris l’éducation et la santé) pour 1000 habitants, Genève figure derrière Bâle-Ville (64,1) mais largement devant Vaud (46,7).

En raison de l’ampleur du mouvement contestataire, le Conseil d’Etat n’aura pas d’autre choix que de négocier avec les représentants de la fonction publique. De leur côté, les fonctionnaires seront contraints de revoir leurs prétentions à la baisse en raison «des charges de personnel qui représentent, d’après les autorités genevoises, directement ou indirectement plus de la moitié du total des dépenses de fonctionnement».

Face à la hausse continue de la population qui se répercute sur l’ensemble des activités étatiques et du vieillissement démographique, la réduction des dépenses salariales sera de toute façon insuffisante. Les déficits budgétaires et la dette qui étranglent le canton nécessitent en effet des réformes beaucoup plus profondes. Encore faut-il que tous les acteurs politiques parviennent à enterrer la hache de guerre pour se rejoindre autour de larges compromis.

 

 

 

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