Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 45 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Grèce: petit bilan de la journée et autres certitudes qui n’en sont pas (plus)

Les jours passent, les semaines passent, les jours se ressemblent, les semaines se ressemblent. J’ai perdu le compte, je ne sais plus en combientième semaine de la crise grecque nous sommes, mais ce que je sais, c’est que tout le monde en a marre. Malheureusement, on ne peut pas s’en passer, on ne peut pas faire autrement que d’en parler et que de tirer des plans sur la comète, alors que, pour être franc, plus personne n’y comprend rien. C’est un peu comme se retrouver lâché au milieu d’une autoroute, en pleine heure de pointe, à pied et avec les yeux bandés.

Actuellement, investir se rapproche plus du tâtonnement dans le noir que d’autre chose.

Certitude numéro une à mettre aux oubliettes :

« Si les Grecs votent NON dimanche 5 juillet, ça sera la catastrophe sur les marchés financiers, la fin de la Grèce, le "Grexit" et l’effondrement économique. » - J’ai presque envie d’ajouter : « Et nous allons tous mourir dans d’atroces souffrances. »

  Résultat : Les marchés ont baissé, oui – mais ce ne fut pas la catastrophe attendue. D’accord, ça ne veut pas dire que c’est terminé et que tout est derrière nous ; la semaine est encore longue, mais nous sommes bien loin des 5 à 10% de baisse que l’on attendait en cas de Grexit. Encore une fois, on s’est fait balader par des théories, alors qu’en pratique, ce n’est pas tout à fait pareil et bien des choses étaient déjà dans les prix, serais-je tenté de dire…

Certitude numéro deux à mettre aux oubliettes :

 "Le pétrole ne peut plus baisser. »

 -   Résultat: en deux jours, il s’est fait littéralement défoncer. Les raisons sont diverses et variées et sont à peu près les mêmes que l’on nous servait dans l’autre sens :

Raison numéro 1 : La Grèce (toujours utile d’avoir la Grèce sous la main);

Raison numéro 2 : L’Iran et les accords sur le nucléaire qui avancent et qui devraient donc permettre un allégement des sanctions et une réouverture du robinet iranien; 

Raison numéro 3 : Les inventaires – toujours pratique, ça marche dans les deux sens;

Raison numéro 4 : Le ralentissement en Chine (grand classique –vu qu’ils vont tous retourner au cheval et se déplacer en calèche dans les mois qui viennent) – puisque l’économie ralentit;

Raison numéro 5 : L’OPEP – comme les inventaires – ça marche dans les deux sens et c’est toujours une bonne excuse, vu que personne n’y comprend rien;

Raison numéro 6 : Un analyste a baissé ses attentes sur le prix du baril, toujours pratique sachant qu’ils sont faux une fois sur deux.

Bref, le pétrole s’est pris une danse hier soir, même davantage que les marchés financiers finalement.

 Certitude numéro trois à mettre aux oubliettes :

 « L’or est une valeur refuge »

 -   Résultat : Alors que l’on aurait bien besoin de refuge, tout le monde se fout totalement de ce qui se passe sur l’or. Pire, il n’a jamais été aussi proche de casser à la baisse et de retourner sous les 1’000$ l’once.

En conclusion de ce lundi, je parie deux actions Apple contre trois actions Microsoft que personne ne s’attendait à une journée comme hier après le gigantesque doigt d’honneur fait par les Grecs en direction de l’Europe. La grande question qui reste posée est : « Est-ce terminé ? Ou est-ce simplement le début du commencement de la fin ? » - ce qu’il y a de bien avec les marchés financiers, c’est que l’on n’arrête jamais de se poser des questions, et souvent les mêmes.

L’autre nouvelle du jour, c’est la Chine qui se fait massacrer ce matin. Encore. Plus le gouvernement met des « mesures » en place, plus le marché chinois se fait déglinguer. Ce matin l’indice local est en baisse de plus de 3% et remonte de bien plus bas. À un certain moment, 20% des titres étaient en « stop trading » - cela ressemble à la panique, à la couleur de la panique et si ça se trouve, c’est de la panique… Le Hang Seng baisse de 1% et des poussières et le Nikkei repart à la hausse de 1.3%.

Histoire de parler d’autre chose, la Banque centrale australienne vient d’annoncer que ses taux restaient inchangés, comme attendu. Cela fait plaisir de voir que l’on attendait quelque chose qui s’est ACTUELLEMENT produit, je commençais à douter.

L’Arabie saoudite va investir 10 milliards en Russie pour « renouer des liens ». Rolls-Royce fait un profit-warning et annonce qu’ils suspendent leur programme de rachat d’actions.

Et puis, et puis LA NOUVELLE qui fait trembler la planète : IL Y A DE L’ESPOIR EN GRÈCE !!!!!

On n’y croyait plus, mais un mille deux cent quatre-vingt troisième rebondissement vient de se produire: l’Eurozone propose à Athènes de venir ce mardi soir faire une nouvelle et dernière-dernière proposition de réformes. Mais cette fois, c’est vraiment la dernière chance, pas comme les 22 d’avant, cette fois si ça ne marche pas, c’est vraiment fichu.

Du coup, lundi, nous avons vécu une journée de déprime, et ce matin, c’est peut-être la nouvelle journée de l’espoir qui commence. En tous les cas, comme disait Claude: « ça s’en va et ça revient ».

Le Barron’s pense qu’il y a un gros potentiel de rebond sur le baril, et puis la marmotte elle met le chocolat dans le papier…

Côté chiffres économiques, nous aurons le taux de chômage en Suisse, le budget de la France, son trade balance. Production Industrielle en Grande Bretagne – l’Eurogroupe qui se rencontre pour un pique-nique et puis le Redbook et les JOLTS aux USA.

Mercredi, nous serons le 8 juillet, c’est le début de la saison des résultats. Alcoa publiera demain soir et peut-être, je dis bien peut-être, cela nous permettra de commencer à parler d’autre chose que de la Grèce, mais c’est pas certain.

Les futures sont en hausse de 0.2% - l’Euro/$ est à 1.1029, le Yen vaut 122.68, le Bitcoin s’échange à 265$ et le rendement du 10 ans US est à 2.3%. Côté Euro/Suisse, le MUR de la BNS n’est pas franchi et nous sommes à 1.0410.

Voilà. La seule certitude du moment, c’est que nous sommes le 7 juillet et que demain nous serons le 8. Pour le reste, vu ce qu’il y a à dire, je crois qu’il est plus sain que je me taise les 24 prochaines heures. En attendant, je vous souhaite une excellente journée. Chaude. Et on se retrouve demain à la même heure.

À demain.

Thomas Veillet

Investir.ch                           

 “Any idiot can put up a website.”

― Patricia Briggs

 (Ndlr : Pas sûr)

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