Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GRAVURE/Yverdon se mue en "Plateforme(s)"

"Plateforme(s)". Ou alors formes plates. Pour sa nouvelle exposition, le Centre d'art contemporain d'Yverdon a choisi l'estampe. Il s'agit ici en prime de sa version la plus lisse. Contrairement à l'eau-forte ou au burin, la lithographie ne mord pas le papier. L'encre s'y dépose tout en douceur. Une facilité qui a longtemps nuit au procédé, par ailleurs répétable (presque) à l'infini. Ce dessin sur pierre, inventé il y a deux siècles, a souvent passé pour une forme mineure de la gravure. 

En 2008-2009, le Musée Jenisch de Vevey invitait Raymond Meyer, de Pully, à exposer ce qui venait de sortir de ses presses. Responsable du Centre d'Yverdon, Karine Tissot est aujourd'hui allée à la rencontre de Raynald Métraux. Un praticien collaborant avec des artistes plus actuels, même s'il accueille les représentants de différentes générations. Un homme par ailleurs sans exclusive. Entre la figuration (suisse) ironique d'Amy O'Neil et l'abstraction (américaine) rigoureuse d'Olivier Mosset, il y a tout de même le grand écart.

Un atelier dans le Flon lausannois 

Il y a aujourd'hui vingt-trois ans que Métraux s'est installé dans le Flon lausannois. Le quartier semblait à l'époque destiné devenir une sorte de SoHo romand, gentiment déglingué. Galeries, cafés et ateliers. Complètement retapée, la vallée tient en 2014 de la boutique de fringues géante, avec bistrots branchés pour se reposer entre deux achats. Métraux constitue un survivant de l'aventure avortée avec Alice Pauli, posée comme un bloc erratique au milieu de ses Soulages et de ses Penone. Les autres passeurs d'art sont partis. 

Comme l'explique Karine Tissot, Raynald Métraux ne se contente pas de tirer. Dans son espace, ouvert deux jours par semaine au public (le lieu abrite donc un petit coin destiné à à la vente), il aide à créer des pièces inédites. Toutes sont le fruit d'un dialogue et d'une réflexion. Les choses peuvent d'ailleurs ne pas aboutir. Ou rester en gestation. Suspendues. Certains projets n'ont pas trouvé leur forme. Il ne s'agit pas de reproduire une création préexistante. L'atelier, qui tient du laboratoire, vise toujours à innover.

Le cabinet d'un amateur imaginaire 

Dans ces conditions, l'accrochage actuel n'allait pas se contenter d'aligner, l'une à côté de l'autre, à la queue leu leu, des feuilles sorties de presse. La commissaire a décidé de montrer parallèlement des pièces conçues sur d'autres supports par les plasticiens présents chez Métraux. Il peut s'agir d'une grande aquarelle d'Anne Peverelli, d'une sculpture de François Burland ou d'une vidéo de Claudia Comte. Hadrien Dussoix s'est même lancé dans l'éphémère. Sur une cloison du Centre, situé au rez-de-chaussée du très XVIIIe siècle hôtel de ville d'Yverdon (1), le Genevois a tracé une des ses architectures classiques à l'aérographe. 

La mise en scène ajoute d'autres éléments. Une double arcade, imaginée par Karine Tissot, forme le cabinet d'un amateur imaginaire aimant la gravure et se fournissant exclusivement chez Raynald Métraux. Le mur est plein. Les cadres se touchent. A l'italienne. C'est aussi le moyen de réconcilier d'apparents contraires. Le goût d'un collectionneur se révèle souvent plus éclectique que celui d'un concepteur d'exposition. Il s'agit en effet d'un goût formé dans la durée, avec ce que cela suppose au mieux de maturation, et au pire de contradictions.

Evénement annexes

Plusieurs événements ponctueront cette manifestation d'hiver. Comme toujours, des présentations annexes se dérouleront dans les deux théâtres de la ville. Celui dédié au metteur en scène Benno Besson présente les estampes d'illustrateurs comme Haydé, Albertine ou Mix & Remix. Il y a aussi un "calendrier de l'Avent". Jusqu'au 21 décembre, un artiste local, chaque jour différent, ouvre son lieu de travail. Le public entre par la porte. J'aurais volontiers imaginé, dans une nuit noire, des volets s'ouvrant pour dévoiler un atelier illuminé. 

(1) La façade jaune à colonnes du bâtiment vient de perdre ses échafaudages. Elle est aujourd'hui comme neuve.

Pratique

"Plateforme(s)", Centre d'art contemporain, place Pestalozzi, Yverdon-les-Bains, du 29 novembre au 1er février 2015. Tél. 024 423 63 80, site ww.centre-art-yverdon.ch Ouvert du mercredi au dimanche de 12h à 18h. Le site de l'Atelier Raynald Métraux est www.atelier-metraux.com Photo (D): Un diptyque signé par le Lausannois Philippe Decrausaz. Un homme qui aujourd'hui le vent en poupe. 

Prochaine chronique le dimanche 14 décembre. Connaissez-vous Moroni? Un peintre à découvrir à la Royal Academy de Londres.

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