Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

Google: un nouveau leader

Google (ou plus précisément Alphabet) a publié des résultats meilleurs qu’attendus le 1er février 2016. Ceci a fait bondir l’action de plus de 5% en Bourse. Les analystes estimaient le chiffre d’affaires du 4ème trimestre 2015 à 16.9 milliards de dollars et le bénéfice par action à 8.078 dollars par action. Or, ceux-ci sont sortis respectivement à 17.3 milliards de dollars (soit +2.4% au-dessus) et à 8.67 dollars (+7.33%). Ce qui fait une progression du chiffre d’affaires de plus de 20% sur un an ! Pour la première fois où Google publie sous son nouveau nom (Alphabet), nous pouvons parler d’une franche réussite.

Ce changement de dénomination est dû à une volonté de clarifier sa structure et de séparer ses activités principales de ses investissements. Dans la première catégorie, nous pouvons retrouver, entre autres, Google, Android, Youtube, Chrome, Maps, Gmail, Play… La seconde est plus confidentielle, mais grâce à la nouvelle structure, la lumière a été jetée sur ces projets : X (recherche et intelligence artificielle), Life Sciences (biotechnologies), Nest (objets connectés), Ventures (capital risque) et Fiber (accès internet). En interne, cette catégorie est appelée « autres paris ». Grâce à cette nouvelle structure, le marché a pu s’apercevoir que les activités « classiques » ont généré un profit de 23.43 milliards de dollars, tandis que ces « paris » ont engendré une perte de 3.57 milliards, sur l’ensemble de l’année 2015. Le chemin reste encore long pour les nouveaux projets et certains devraient s’éteindre avant même d’être lancés.

Mais la société de Mountain View a bien plus de raisons que cela de se réjouir. En effet, elle vient de chiper la place de plus grande capitalisation boursière du monde à Apple, ce qui semblait encore inconcevable il y a six mois. La raison de ce changement est simple: comme nous l’avions annoncé, l’action Apple s’est essoufflée. En effet, la compagnie à la pomme est, à son insu, extrêmement centrée sur son produit star, l’iPhone (près de 66% du chiffre d’affaires de 2015 contre environ 50% en 2012), et n’arrive pas à diversifier ses activités. Or, lorsque les ventes d’iPhone se font plus faibles, comme cela a été le cas au trimestre dernier, les investisseurs déchantent et le titre chute. Ainsi, l’action Apple a chuté de plus de 5% depuis cette annonce. Dans le même temps, Google a battu record sur record jusqu’à dépasser son homologue américain.

Dès lors, la vraie bonne question est : est-ce que Google va surpasser Apple de manière pérenne ou non? Au fond, cela revient à se demander quelle sera l’évolution du cours de Bourse des deux géants américains durant les prochaines années. Et sur ce point, l’avenir semble assez limpide, car il n’est pas impossible qu’Apple puisse reconquérir sa première place dans les mois à venir. En effet, il suffit d’un nouvel iPhone populaire pour que le résultat et l’action repartent à la hausse. Mais là se situe également le problème. En effet, il n’a que l’iPhone qui puisse fournir ce genre de résultats à Apple. Aucun autre produit ne semble, pour le moment, pouvoir permettre à Apple de gonfler drastiquement ses résultats. Et il semble clair qu’un jour ou l’autre, l’attrait de ces téléphones diminuera.

De l’autre côté, Alphabet a totalement réorganisé sa société pour la rendre transparente vis-à-vis des investisseurs. De plus, Google a gagné davantage en autonomie sous l’impulsion de son nouveau CEO, Sundar Pichai, ce qui promet une progression accrue des rentrées publicitaires. Enfin, Alphabet a recruté, au poste de CFO, une ancienne de Morgan Stanley, Ruth Porat, qui a déjà commencé à introduire un facteur jusqu’alors inconnu chez le géant américain : le contrôle des coûts. Il y a fort à parier qu’avec de nouveaux investissements, un contrôle des coûts et une base solide, Alphabet a encore de très beaux jours devant lui et devrait, même si des fluctuations peuvent survenir, assoir sa position de plus grande entreprise en termes de capitalisation de marché, au détriment d’Apple.

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