Nicolas Hou

FONDATEUR DE COLOSSE.CH

Nicolas Hou est le fondateur de la startup genevoise Colosse, co-fondateur de project HERO et président de Ministry Of Cuteness. Après quelques années dans des entreprises de renom tels que Reuters, Honda et Apple, il lance sa société dont le tout premier produit LOKI a été sélectionné et récompensé par QoQa et Bilan. L'innovation et la créativité sont une obsession chez ce genevois sino-suisse fan de TED et des nouvelles technologies.

Après sa spécialisation en Marketing Management de l'Université d'Harvard et sa certification en Leadership d'HEC Paris, il s'intéresse aux avancées bio/technologiques (transhumanisme, robotique, I.A.) qui vont impacter notre société.

Voyant arriver la vague cybernétique nous tomber dessus sans prévenir, avec les conséquences économiques et sociales qu'elle va entraîner, il ne peut s'empêcher de communiquer les bienfaits, mais aussi les dangers de ce mouvement en marche. La robotique et les intelligences artificielles sont donc les principaux sujets qu'il aborde chez Bilan… en essayant de ne pas trop vous faire peur.

Google Car, le permis de confiance

Prendre le volant (ou le guidon) et aller d'un point A à un point B est quelques chose que l'humain a toujours fait de manière assez naturelle. Se déplacer est dans notre nature: nous voyageons, nous visitons, nous travaillons (j'espère que vous ne vivez pas au bureau!) et lorsque l'on n'utilise pas un véhicule, ce sont nos jambes (ou le "bus 11" comme on aime le dire en chinois). Quoiqu'il en soit, nous sommes tous conducteurs. Dès lors, il n'est pas illogique de constater que nous, humains, ayons du mal à nous sentir à l'aise lorsque nous sommes sur le siège passager; en effet, lorsque vous êtes assis à côté du conducteur, vous ne contrôlez plus rien! En sachant cela, posons-nous la question:

"Sommes-nous prêts à être passager dans une voiture sans conducteur?"

Oui je parle de la "Google Car". Mais pas seulement, car une voiture qui se conduit toute seule est une réalité, et si la technologie est quasi prête, il faut maintenant se demander si NOUS sommes prêts! Imaginez-vous monter dans la voiture sur le siège passager, fermer la porte et voir le tout avancer tout seul. Personnellement cela me rendrait un peu nerveux, mais si l'on y réfléchit un peu plus, de quoi avons-nous peur? De ne pas avoir le contrôle? D'être tout seul? Serions-nous plus rassurés s'il y avait un mannequin à la Johnny Cab de Total Recall qui fait semblant de tourner un volant factice (la Google Car n'a pas besoin de volant) ?

Couplée à une intelligence artificielle et un accès au web, il n'y a en fait aucune raison d'avoir peur. Le système gère le code de la route mieux qu'un humain, possède des senseurs et caméras pour freiner quand il faut et enfin, respecte les vitesses et autres régulations routières. A première vue, c’est le système de transport le plus sûr et donc un réel progrès depuis qu'on a commencé à se déplacer. Mais... une Google Car opérationnelle et banalisée aurait également plusieurs conséquences moins réjouissantes, par exemple:

  • Des millions de chauffeurs de profession perdraient leur job. Pourquoi verser un salaire alors qu'un véhicule autonome n'a pas besoin de dormir, de vacances et - désolé la France - ne fait pas grève? Taxis, poids lourds, bus publics etc... des millions de personnes se retrouveraient sans emploi.
  • Des voitures qui respectent à la lettre le code de la route, c'est automatiquement une baisse drastique des amendes données pour des infractions. Quel est le poids de ces dernières dans les recettes des Etats? 
  • Moins d'accidents sur la route c'est également moins d'hospitalisés, ce qui en soit est une excellente chose, mais cela veut aussi dire moins d'infirmiers, ambulanciers, dépanneurs... (du reste, les deux derniers seraient également remplacés par des véhicules autonomes, il n'y a pas de raison).
  • Les assurances: qui voudra (devra?) s'assurer lorsque les routes seront sûres, les accrochages proches du zéro? Un manque à gagner pour tout ce secteur qui aura également des répercussions sociales importantes!

Et là est le dilemme de Google et sa voiture autonome: le vieux modèle économique. Nous l'avons vu récemment avec UBER et la protestation des chauffeurs de taxis. Difficile de croire que ce ne sera pas l'apocalypse lorsque Google voudra démocratiser sa voiture autonome. Les réfractaires à cette technologie ne seront en effet pas que les "anti-Silicon Valley", mais aussi toute une partie de la population pour qui ce changement aura un impact économique et social historique.

Pourtant lorsque vous parlez de la Google Car, la plupart des gens disent soit que "c'est de la science-fiction", soit que ce n'est "pas prêt d'arriver"... Certes, il y a encore pas mal de choses à faire avant de démocratiser ce système, et je ne parle pas que des boucliers des syndicats et autres métier qui vont disparaître mais plutôt en termes de hardware: produire et démocratiser une voiture demanderait à Google de partir de zéro et sans l'aide des grands constructeurs, difficile de voir comment cela est possible. Beaucoup parlent d'une alliance entre Google et Tesla... pourquoi pas. Il n'en reste pas moins qu'une voiture autonome, Google ou pas, est une quasi-réalité. Certains modèles se parquent déjà tout seuls, des voitures dites intelligentes freinent automatiquement et le mode "autopilote" est maintenant banalisé. 

De toute manière, même si la voiture n'est pas encore 100% automatisée, on peut toujours compter sur nos amis les robots, comme à l'aéroport de Düsseldorf où "Ray", une machine fort sympathique va parquer votre voiture sans que vous ne soyez présent. Vous pouvez même enregistrer votre vol de retour et il viendra la chercher sans même que vous lui demandiez quoi que ce soit.

En conclusion, tous ces exemples nous démontrent que les accidents et erreurs ne sont pas robotiques mais bien humains. Dès lors, pourquoi ne pas faire confiance lorsque l'on monte dans une voiture "robotisée"? Parce que nous avons encore des difficultés à lâcher prise et à faire 100% confiance à une machine. Beaucoup pensent qu'une voiture automatisée n'est qu'un changement de style de vie, mais comme nous l'avons vu, il y a des enjeux économiques et sociaux à faire confiance à un véhicule automatisé. Conduire une voiture ne sera réservé plus qu'aux pilotes de course pour notre divertissement ainsi que dans des cas extrêmes (j'imagine que la police continuera d'utiliser le volant). L'on pourrait même imaginer qu'avec une intelligence artificielle plus développée votre téléphone puisse se connecter à la voiture et devienne votre chauffeur personnel... et du coup la vraie question sera : ferez-vous confiance alors à votre téléphone?

(film à voir - "Total Recall", de Paul Verhoeven avec Arnold Schwarzenegger et Sharon Stone) 

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