Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Une semaine pour la performance

Certains mots possèdent plusieurs sens différents. Ainsi en va-t-il en français de "performance". Il s'agit depuis trois décennies au moins d'un genre artistique, curieusement davantage relié à la création plastique qu'au théâtre. C'est aussi une capacité de résistance sportive. Les deux acceptions se retrouveront liées à Genève la semaine prochaine avec le festival "Jeter son corps dans la bataille" et le "Prix de la performance". Regarder pendant cinq heures une Japonaise découper des bandes de papier de trois millimètres de large sans avoir envie de l'étrangler exige en effet une certaine force d'âme... 

C'est la seconde fois que le "Prix de la performance", manifestation itinérante, arrive à Genève après 2011. Rappelons qu'il s'agit d'une compétition créée en 2005 à Bâle-Ville. "Il fallait attirer l'attention du public et des autorités sur un mode laissé pour compte", explique la coordinatrice Andrea Saeman. "Il existe en Suisse de véritables autoroutes permettant au théâtre d'accéder aux subventions publiques. Le soutien à la performance ne s'obtient encore qu'en se faufilant sur un sentier escarpé." Plusieurs cantons sont venus en renfort de Bâle. "Genève a figuré parmi les premiers", rappelle le ministre de la culture Sami Kanaan. Les derniers à s'être lancés sont Lucerne et Bâle-Campagne. Aucun territoire romand autre que Genève n'a franchi le pas.

Sept candidats en lice 

Le dimanche 9 novembre, sept artistes ou membres d'un collectif proposeront leurs œuvres au jury en même temps qu'aux spectateurs du Commun, au BAC. Il s'agit de spectacles "live", dont la beauté réside dans l'éphémère. On trouve parmi les candidats des gens résidant à Genève, comme Mio Chareteau ou Martina-Sofie Wildberger, mais aussi beaucoup d'Alémaniques. Attention! Les personnes intéressées devront prendre leur temps. Quelque chose me dit que tout ne se réglera pas en deux coups de cuillère à pot. La journée devrait durer cinq heures et demie, avant que les cinq jurés ne répartissent les 35.000 francs mis en jeu. 

Le concours arrivera au bout d'une semaine "performative". Ce samedi 1er novembre, perf-infiltrations proposera un parcours dans le quartier de Plainpalais (avec une pointe à Halle Nord), conçu par Madeleine Amsler et Marie-Eve Knoerle. Les choses commenceront à 16h30 avec une performance sur rendez-vous proposée par San Keller. Il y aura ensuite le festival "Jeter son corps dans la bataille" du mercredi 5 au samedi 8. Une manifestation pensée par Maya Bösch, dont la "scène expérimentale et pluridisciplinaire de théâtre", proposée en tandem avec Michèle Pralong, a vidé entre 2006 et 2012 le Grütli.

Hautes ambitions

Maya a invité beaucoup de monde au Commun. Des performeuses surtout, comme il se doit. Il faut "tenter le présent autrement, cette frontière implacable qui sépare notre savoir de nos incertitudes." En résulteront des œuvres de diverses longueurs, dont celle de la fameuse Japonaise Sachiko Abe, qui découpera pendant cinq heures. Le final se veut sensationnel. Marina Markovic se fera tatouer afin de refléter "les rituels douloureux que les femmes infligent à leur corps pour atteindre un idéal de beauté socialement construit." Les femmes, mais visiblement pas Maya Bösch. La dame est au-dessus de ça. "Je désire créer un événement artistique aussi puissant que subtil", déclare-t-elle en toute modestie.

Pratique

Sites www.waopa. ch pour la promenade de ce samedi après-midi, www.prixdelaperformance.ch pour la journée de dimanche au Commun du BAC, www.jetersoncorps.ch pour le festival au Commun du BAC. Entrée gratuite. Photo (DR): Sachiko Abe, qui ouvrira le 5 novembre le festival "Jeter son corps dans la bataille" avec un spectacle de cinq heures.

Texte intercalaire. La suite comme prévu.

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