Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Une nouvelle maison de ventes est née

Ils sont trois. Pas comme les mousquetaires d'Alexandre Dumas (qui deviennent quatre à la fin). Vraiment trois. L'équipe se compose de Cyril Duval, d'Olivier Fichot et de Bertrand de Marignac. Ces associés viennent de fonder une nouvelle maison de ventes aux enchères à Genève. La première session devrait avoir lieu au printemps 2015. Le nom de cette société anonyme se révèle on ne peut plus clair. Il s'agit de Genève Enchères. 

Le lieu choisi pour se lancer dans cette nouvelle aventure peut en revanche sembler insolite. Genève Enchères se trouve au 38, rue de Monthoux, dans une artère normalement vouée à un autre genre de commerce, celui des charmes (1). Le voisin n'est pas de ceux qu'on voit normalement aux côtés de Christie's ou de Sotheby's. Il s'agit de "Jack Cuir", un pilier des Pâquis depuis des décennies. Jusqu'à ces mois derniers, l'arcade en voie d'aménagement pour la nouvelle maison restait d'ailleurs celle de "Freedom", qui avait succédé au légendaire "Surplus américain" des années 1970. La liberté (freedom) tend aujourd'hui à se restreindre. La maison a fait faillite début 2014.

Porte cochère, rue de Monthoux

"Si vous voulez, nous pouvons remonter encore plus loin", explique Cyril Duval. "La maison a été construite à la fin du XIXe siècle pour une entreprise de construction, Auguste Thévenaz. Il lui fallait une porte cochère, afin de faire rentrer ses camions. Voilà qui nous arrange. Nous aurons à véhiculer beaucoup de choses, sans les faire monter ou descendre par des escaliers. Ici, tout est de plain-pied." L'espace se révèle en plus immense, vu la couverture de la cour pratiquée il y a une quarantaine d'années. Genève Enchères dispose de plus de 600 mètres carrés. "C'est ce qu'il nous fallait", assure Olivier Fichot. "Nous avons besoin d'un lieu d'exposition, d'un dépôt, de deux bureaux et d'une salle de vente." 

Pour le moment, on en reste aux aménagements. Les deux bureaux existent, un peu perdus dans le vide. Les penderies de "Freemdom" se sont vues métamorphosées en rayonnages. Pendant ce temps, les démarchages ont commencé. "Nous rencontrons de bons échos", se félicite Bertrand de Marignac. "Il y a vraiment une demande." Genève offre-t-il suffisamment de marchandises à vendre et assez de clients? Les compères s'en montrent persuadés. Il s'agit en plus de meubles, de tableaux et d'objets très variés. "On trouve à Genève des œuvres venues de partout", rappelle Cyril Duval. "Elles s'adressent donc à tout le monde."

Services avant, pendant et après la vente 

Mais avant d'aller plus avant, il serait temps de présenter les membres du trio. Cyril est né en 1982. Il a fait "sans enthousiasme, mais jusqu'au bout", des études d'histoire et d'histoire de l'art à Genève. Puis il a passé neuf ans à l'Hôtel des Ventes de la rue Prévost-Martin, où il s'occupait notamment de l'argenterie. Olivier Fichot, 30 ans, est Normand. Il a fait son droit, puis l'Ecole du Louvre. "Un enseignement extraordinaire avec les travaux pratiques dans les salles, visitées pendant trois ans." Il a été dans des maisons de Bayeux et de Paris, avant de tenir le marteau à l'Hôtel de Ventes durant un an et demi. Bertrand de Marignac, 28 ans, est juriste. Après des études à Fribourg et à Paris, il a accompli son stage chez un avocat d'affaires et obtenu son brevet. "J'ai ensuite passé à l'art en travaillant avec Van Cleef et Arpels". 

Tous trois insistent sur la qualité des services à rendre. Avant la vente. Pendant. Et surtout après. Ex-propriétaires et acheteurs se verront chouchoutés. "Nous devons défendre les intérêts de ceux qui nous ont confié, parfois douloureusement leurs biens", rappelle Cyril Duval, pour qui l'Europe semble plus sentimentale que l'Amérique en la matière. "Je dois accompagner le désir de l'acheteur sans lui arracher la mise supplémentaire qu'il regrettera ensuite", promet Olivier Fichot, qui servira de commissaire priseur. "Il s'agira d'offrir un véritable service aux gens qui viendront chercher leurs acquisitions faites dans la salle ou par téléphone", assure Bertrand de Marignac. Il faut dire que la disposition des lieux permettra de charger des voitures. Tout le monde ne se paie pas des bibelots!

Première vacation au printemps 2015 

La première vente devrait se dérouler dans quelques mois. Le temps que tout soit en place, qu'il y ait en stock la marchandise voulue et qu'un catalogue soit sorti de presse. Le rythme envisagé est de quatre vacations par an. Pas de spécialité. Les pièces proposées iront du mobilier classique à la peinture (presque) contemporaine. "Nous essayerons de ne pas proposer de soirées trop longues, avec plusieurs centaines de numéros", se jure Cyril Duval. La fatigue n'est alors pas que du côté de ceux qui se démènent au téléphone (le Net n'est pas à l'ordre du jour) ou au marteau. "On sent quand le public tend à s'endormir", se souvient Olivier Fichot. 

(1) Le trio trouve le quartier très vivant. Très sympathique. Une chance! La "maison de la haine", dont la presse locale a beaucoup parlé en 2010, se trouvait au 19, rue de Monthoux...

Photo (DR): Enchères. La photo prétexte par excellence.

Prochaine chronique le mardi 9 décembre. Le British Museum tente de raconter toute l'Allemagne en 600 objets. Une tâche presque impossible!

 

 

 

 

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