Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Une Madame Amériques pour le MEG, mais pour quoi faire?

Crédits: MEG, Genève

Les engagements muséaux genevois font parler d'eux jusque chez les députés. Il m'en faut aujourd'hui annoncer un autre. Relativement ancien, il a passé inaperçu. Le MEG, ou musée d'ethnographie, s'est doté il y a quelques mois d'une nouvelle tête pensante, Carine Ayélé Durand. La dame a pris la tête du département Amériques. Elle aura aussi d'autres fonctions. 

«Il nous fallait remplacer Steve Bourget», explique Boris Wastiau, directeur du MEG, en s'étonnant qu'un tel engagement puisse intéresser la presse. Il n'en dira pas davantage sur Bourget, rentré au Canada. Je serai bref sur l'affaire, qui n'a finalement pas secoué une République dont le mot d'ordre actuel semble «pas de vague». Je rappellerai juste que le scientifique a été accusé par le journal satirique «Vigousse» (www.vigousse.ch) d'avoir mené des fouilles archéologiques sauvages au Pérou en parallèle à celles, officielles, dont il était chargé. La chose avait scandalisé un pays où les susceptibilités patrimoniales sont par ailleurs extrêmes. Steve a donc disparu du MEG avant même sa réouverture le 31 octobre 2014, alors qu'il avait monté l'exposition inaugurale sur «Les Rois Mochica». «Vigousse» est allé depuis (c'était en mars 2015) jusqu'à écrire noir sur blanc que Genève aurait payé Lima pour que les choses en restent là.

Cambridge, Lyon et Barcelone 

Formée à Cambridge, Carine Ayélé Durand prend donc une succession tardive, certes, mais délicate. Elle a pour elle une expérience muséale, puisque la Française a participé à la gestation des Confluences, à Lyon, dont elle ne porte bien sûr pas la responsabilité de l'échec final. L'institution partait en effet sous les pires auspices. Elle a travaillé ensuite à Kultura de Barcelone «qui développe des idées et des stratégies pour le patrimoine». Elle se retrouve donc aujourd'hui au MEG conservatrice en chef et responsable de l'unité collection. Unité, voici encore un grand mot culturel moderne. Il complète la panoplie formée par Pôle, Espace et Point.

Pourquoi encore une conservatrice étrangère? «Parce que les américanistes suisses, et plus encore romands, restent rares», explique Boris Wastiau. Il ne serait donc resté aucun grand candidat local sur le carreau, comme c'est arrivé au Musée d'art et d'histoire, où l'engagement de Bénédicte de Donker comme responsable des arts décoratifs se serait fait sans écouter au préalable des personnalités suisses partantes, comme Anna Galizia (1). Carine Ayélé Durand passe en outre pour avoir le contact très facile, ce qui n'apparaît pas sans importance dans le panier de crabes muséal.

Une exposition par an au MEG

Il est permis cependant de se demander ce qu'elle va faire comme américaniste au MEG. Deux des trois premières expositions ont été consacrées à l'Amérique du Sud. Après «Les Rois Mochica», il y a aujourd'hui l'Amazonie, que signe Boris Wastiau lui-même. L'institution n'organise qu'une grande manifestation par an, ce que d'aucuns trouvent peu pour une équipe abondante et un gros budget annuel. Il y a sur Terre cinq continents. La chose suppose une tourne. L'an prochain devrait se voir dédié à l'Australie. Il faudra bien une fois s'occuper de l'Europe et de l'Afrique. Dans ces conditions, la nouvelle venue devrait attendre logiquement environ cinq ans avant de voir sa première exposition. Notons que ce rythme n'a rien d'étonnant à Genève, où Estelle Fallet (responsable du Pôle Histoire) prépare depuis un certain temps déjà une présentation du MAH pour 2019. Nous ne sommes pas à Zurich où Cathérine (avec accent aigu) Hug vient de vernir sa seconde exposition de 2016 au Kunsthaus avec la rétrospective Francis Picabia! 

«Carine Ayélé Durand est surtout chargée de la gestion des collections», reprend Boris Wastiau. «Elle prépare notamment leur déménagement dans l'abri construit sur le site d'Artamis.» Un site qui se fait attendre et que d'aucuns jugent trop près du Rhône (2). Et qu'en est-il de l'accroissement des dites collections? Le petit groupe d'amis qui s'est formé pour leur enrichissement s'inquiète des barrières qui pourraient se voir dressées (3). «Je suis pour l'enrichissement», proteste Boris Wastiau. «Je le veux cependant qualitatif, et non quantitatif. Nous avons besoin de belles pièces significatives et non d'énormes ensembles dont il nous faudrait assurer la bonne conservation.» 

(1) Sans compter le fait qu'avec Alexandre Fiette, aujourd'hui à la tête de la Maison Tavel, le MAH avait dans ses propres rangs un parfait conservateur pour les arts décoratifs. C'est sa spécialité!
(2) Vous me direz que le MEG, lui, est proche de l'Arve, aux crues imprévisibles. Il y a déjà eu une (petite) alerte.
(3) Il m'est revenu aux oreilles qu'une sculpture africaine importante aurait été récemment refusée, faute d'une provenance lointaine claire.

Photo (MEG): Carine Ayélé Durand, la nouvelle Madame Amériques du MEG.

Prochaine chronique le jeudi 9 juin. Le Musée Jenisch présente la collection Nestlé à Vevey.

 

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