Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Un Cuno Amiet majeur pour le Musée d'art et d'histoire

Crédits: Musée d'art et d'histoire, Genève

Or donc, le Musée d'art et d'histoire a acquis un autoportrait de Cuno Amiet, datant de 1907. La bonne nouvelle en constitue effectivement une. Il s'agit d'une réussite majeure pour un peintre alémanique inégal et abondant. Né à Soleure en 1868, Amiet a travaillé jusqu'à son dernier souffle en 1962. Cela fait des milliers de toiles allant du chef-d’œuvre à la croûte. Précisons que le nombre de ces dernières est allé en augmentant avec les années. S'il avait disparu avant 1914, l'homme serait considéré comme l'un des peintres européens phares de sa génération. 

En 1907, Amiet a donc 39 ans. Il porte déjà la barbiche qui ne le quittera plus. Il abandonnera en revanche assez vite cette technique pointilliste, qui n'est pas sans rappeler celle utilisé au début du siècle par Matisse (né un an après lui) pour «Luxe, calme et volupté». Ce divisionnisme lui permet de faire chanter les couleurs, même si l’œuvre constitue officiellement un «Autoportrait en blanc». L'Alémanique va devenir ensuite fauve. Mais il ne faut oublier qu'il s'agit d'un caméléon. A ses débuts, vers 1890, il avait été proche de Gauguin, accomplissant le pèlerinage de Pont-Aven.

Un maniaque de l'autoportrait 

Amiet s'est souvent regardé dans le miroir. Nul sans doute ne l'a fait autant à son époque, si ce n'est le Norvégien Edvard Munch. Au début des années 1990, Langenthal avait ainsi pu organiser une vaste rétrospective, un peu monotone, composée de ses autoportraits. Près de 150. Genève avait été plus variée lorsqu'elle a repris la présentation itinérante d'Amiet, en 2000-2001. Le Musée Rath avait alors abrité une belle exposition, placée sous le commissariat de Claude Ritschard. 

Le MAH, on le sait, ne possède pas de budget d'acquisition en dépit de l'épaisseur de son enveloppe. Il lui faut louvoyer, ou plutôt trouver des donateurs. L'achat, pour un montant laissé secret, de cet «Autoportrait en blanc» a donc été permis par le mécénat (1). Un bon exemple de ce qu'on appelle maintenant le PPP, autrement dit le partenariat privé-public. Ici, tout est clair.

Signalisation discrète 

La direction du musée a précisé avoir dû lutter contre d'autres institutions pour l'emporter. Orsay se voit cité sans surprise. D'abord, l'institution dirigée par Guy Cogeval s'intéresse beaucoup aux écoles étrangères ayant travaillé entre 1848 et 1914. Ensuite, elle a déjà acquis en 2006, grâce à un don de Philippe Meyer, le sommet de jeunesse d'Amiet. J'ai cité «Le grand hiver», une immense toile blanche, presque abstraite, où se devine au milieu un skieur. 

On aurait pu imaginer que la chose se voie présentée au MAH en fanfare. Il n'en est rien. Aucune flèche ne signale «L'autoportrait en blanc» au bas des escaliers. Dans la salle des autoportraits, où Amiet se retrouve maintenant pris entre Augusto Giacometti et Hans Berger, le tableau n'est pas mis en valeur non plus par un gros cartel: «Nouvelle Acquisition». C'est en regardant de près l'étiquette qu'on peut lire le numéro d'inventaire 2016-1. On reconnaît là la légendaire discrétion genevoise.

(1) On parle cependant "off" de 1,1 million de francs.

Photo (MAH): L'autoportrait d'Amiet. Détail. Pas vraiment en blanc. 

Texte intercalaire.

 

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