Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Takashi Hinoda inaugure un nouvel espace à l'Ariana

L'artiste est là, avec une traductrice. Il aurait d'ailleurs été difficile de faire sans lui. Takashi Hinoda est venu compléter à l'Ariana genevois la présentation de six de ses céramiques par un décor qu'il a créé avec des morceaux de «sticker» noirs. Celui-ci court aussi bien sur les murs que sur le sol. Un aménagement qui ne survivra pas à l'exposition, prévue jusqu'au 22 novembre. 

Le musée genevois, dédié au verre et à la céramique, développe avec Hinoda un espace de plus. Il y a le sous-sol, préposé aux manifestations exigeant de la place. Deux salles, au premier étage, sont dévolues depuis plusieurs années à la création moderne et contemporaine. Une vitrine, en haut de l'escalier, met en évidence un sujet non pas mineur, mais moins dévoreur d'espace. Depuis 2013, la galerie du premier étage voit en plus son accrochage changé chaque année. Le verre de Saint-Prex a ainsi remplacé la céramique genevoise du XXe siècle.

Un endroit difficile

Hinoda se trouve, lui, dans un coin plutôt ingrat du rez-de-chaussée. Il fait face à l'escalier et à l'ascenseur. Une double porte mène par ailleurs à la salle de conférence. Bref, il ne lui reste que deux murs, tout en hauteur. On voyait très élevé au temps de Gustave Revilliod, mort en 1890. Les «stickers» sont donc là pour créer une illusion de lien et d'intimité. Ceci d'autant plus qu’une des six pièces est accrochée en applique, alors que les autres reposent sur des socles. 

La commissaire Stéphanie Le Follic-Hadida vante la manière avec laquelle l'artiste, né en 1968 à Kobe, a absorbé la culture de son temps. Une culture un peu amnésique. Il fallait faire oublier ses deux grands-pères, morts dans une guerre perdue. Le Japon se lançait en plus dans un modernisme outrancier. Le pays arasait alors des montagnes, tout en élargissant ses côtes. Les mœurs s'américanisaient, anéantissant souvent les traditions.

De Koons au dessin animé publicitaire 

Le débutant a opté pour la céramique, plus rentable dans son pays que les autres arts. Il a tout regardé, du jeune Jeff Koons aux tentatives en terre des Suisses Fischli & Weiss, en passant par la peinture (méconnue en Europe) de Philip Guston. Ajoutez à cela la manga, des dessins animés publicitaires, les graffitis ou les effets spéciaux de cinéma et vous aurez une idée du monde artistique dans lequel il a baigné. Hinoda donne des sculptures de terre peintes et repeintes à l'aérographe, puis cuites à haute température, ce qui assure la solidité des couleurs. 

Tandis que la commissaire parle en continu (ma grand'mère aurait dit qu'elle est «vaccinée avec une aiguille de gramophone»), je me dis que je n'aime pas beaucoup Hinoda. Mais cela reste sans importance. L'intéressant, c'est que l'Ariana développe sa programmation non seulement en montrant des artistes très différents, mais en variant le format de ses présentations. Cette saison, le musée présentera surtout du contemporain. Par goût, mais aussi parce que des rétrospectives historiques exigent beaucoup de recherches (1) ou des coproductions compliquées (2). Impossible de présenter au public une somme du genre «Terres d'Islam» toutes les années.

Quatre formats 

Pour ce qui est de la taille des accrochages, on sait que la plupart des musées privilégient les grandes machines, plus publiques et mieux médiatisées. Je considère les expositions-dossiers, généralement inclues dans le parcours, comme tout aussi importantes. Elles montrent qu'une institutions bouge. Elles prouvent qu'elle se pose des questions. Hinoda constitue ainsi un éclairage, une déclaration d'intention, ou alors un coup ce cœur. Je trouve par ailleurs bon qu'un musée touche régulièrement, pour modifications, à ses salles permanentes. Le directeur de l'un d'eux m'a récemment avoir fait des vitrines pour cinq ans. Cinq ans, de nos jours, c'est trop long. 

Alors peu importe ce que je pense d'Hinoda. C'est un petit plus offert, que le visiteur reçoit, ou non, dans un musée qui présente aujourd'hui en grand la céramique suisse et en plus petit la verrière (utilise-t-on ce mot pour une dame qui travaille le verre?) Anna Dickinson. Plus la production industrielle de Saint-Prex, comme je l'ai déjà dit. Des objet courants, qui se retrouvent ainsi promus au rang de patrimoniaux.

(1) Il existe un projet sur la poterie suisse ancienne et un autre sur Gustave Revilliod, le créateur de l'Ariana.
(2) L'Ariana aimerait une fois montrer les grands vases de Sèvres.

Pratique

«Takashi Hinoda», Musée de l'Ariana, 10, avenue de la Paix, Genève, jusqu'au 22 novembre. L'exposition ira ensuite du 29 novembre au 31 janvier à la galerie In Situ de Morges. Tél. Ariana 022 418 54 50, site www.institutions.ville-geneve.ch.fr/ariana Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. Photo (DR): L'une des six céramiques de Takashi Hinoda.

Prochaine chronique le mardi 13 octobre. Les Roegiers père et fils, racontent des histoires belges.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."