Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/"Siècle d'or?" Les Pays-Bas du XVIIe siècle en colloque à Uni-Dufour

Crédits: DR

C'est une nouvelle série de colloques sur l'histoire de l'art à l'Université de Genève. Je vous ai récemment parlé des dernières journées de «Peindre en France au XVIe siècle», organisées par Frédéric Elsig. Elles étaient consacrées cette fois à Bourges. Il s'agissait d'études pointues portant sur des points minuscules, en partant des rares œuvres conservées. «Un siècle d'or?» (notez le point d'interrogation) veut en revanche brasser large. Il s'y développera des idées générales sur la peinture des Pays-Bas au XVIIe siècle. L'un des domaines de prédilection de Jan Blanc, qui en assure la supervision et le suivi. Jeune doyen de la faculté des Lettres et professeur en titre, ce dernier a publié plusieurs livres sur le sujet. Il va du reste sortir (parmi d'autres projets me donnant un peu le vertige) un gros, que dis-je un énorme ouvrage sur cette époque aux éditions Citadelles & Mazenod, pour qui il avait déjà donné un «Vermeer» et un «Van Gogh». 

«Le projet est né l'année dernière», explique Jan Blanc dans un flot de parole que je vais tenter de vous canaliser. L'idée a été avalisée depuis par les autorités néerlandaises en la matière. «Nous partons du concept d'âge, ou de siècle d'or. J'ai longtemps pensé qu'une telle dénomination remontait au XIXe siècle, qui a tant aimé les formules et les définitions. Eh bien non! J'ai retrouvé une telle dénomination au XVIIIe siècle puis, en remontant le temps, au XVIIe et même au XVIe.» A cette époque, les Provinces-Unies se révoltaient contre la domination espagnole. «C'est ainsi qu'est née, en référence à l'Antiquité d'Ovide et de Virgile, la notion d'un âge d'or qui se révélerait proche et non plus situé dans le passé. Un âge d'or au présent.» La chose a pu se voir confortée par la création d'une nation, les Pays-Bas, qui deviendra la puissance la plus riche du monde en à peine quinze ans. «Une chose contradictoire dans la mesure où l'Age d'or des classiques précédait l'invention des échanges économiques.»

Tordre le cou aux idées reçues 

Beaucoup d'idées se verront débattues à raison d'un congrès par an jusqu'en 2021. «Il faut tordre le cou à des stéréotypes indéfiniment répétés, alors que les actuelles recherches d'archives les contredisent.» Un exemple? Très simple. «On parle toujours des Pays-Bas anciens comme d'un peuple de calvinistes, alors que ceux-ci composent seulement un tiers, dominant certes, de la population. Il y a par ailleurs un tiers de catholiques et un tiers d'"autres", avec ce que cela peut avoir d'influence sur le goût.» Une autre idée reçue? «La peinture hollandaise que nous aimons reflète le marché du XVIIe siècle. C'est faux! Si le bas de gamme, d'une qualité parfois très faible, passait effectivement par le commerce local, le reste résultait de commandes. Les portraits par exemple. Rembrandt travaillait en répondant à des demandes, souvent précises.» 

Ce n'est bien sûr pas tout. «Nous apprécions ce qui nous semble typiquement néerlandais. Ce n'était pas le cas à l'époque. Les peintres ayant passé par l'Italie jouissaient d'un grand crédit. Ils obtenaient du coup les prix les plus élevés.» Il y a enfin la question des écoles, qui va occuper Jan Blanc, ses élèves doctorants et ses hôtes conférenciers. «C'est ici vraiment une invention du XIXe siècle. On opposait les artistes d'Amsterdam à ceux de La Haye, ceux de Dordrecht à ceux de Rotterdam. La chose n'a aucun sens dans un pays grand comme la Vénétie.» S'il y avait des Hollandais établis partout à l'étranger, de Londres à Madrid, il existait de véritables pendulaires des beaux-arts. «Il n'y a que quelques kilomètres entre La Haye et Delft, avec les interférences que cela suppose.»

Une collection de livres 

Le premier colloque, qui se déroulera les 31 mai et 1er juin à Uni-Dufour (Salle V260), va déblayer le terrain. Les interventions commenceront à 8h30 du matin (on se lève tôt aux Pays-Bas!). Nombre d'entre elles seront en anglais, langue scientifique du côté d'Amsterdam. «Il n'y aura pas de publication d'actes, comme cela se fait pour un colloque. J'ai préféré me lancer, en accord avec les éditions Brepols, dans la publication de vrais livres. Ceux-ci comprendront bien sûr des textes d'universitaires entendus à Genève, mais il y aura aussi des interventions de gens n'ayant pas fait le déplacement.» La collection devrait continuer après 202l. Il y a beaucoup de choses à dire autour de la question.

Pratique

Site www.unige.ch/-/siecledor Le colloque est public et gratuit.

Photo (DR): La vue d'Amsterdam, avec la Oude Kerk qui existe encore, de Jan van der Heyden utilisée pour lancer le colloque.

Texte intercalaire.

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