Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Sami Kanaan donne sa vision d'un MAH revu et régénéré

Crédits: Steeve Iuncker Gomez

Branle-bas de combat! Tous sur le pont! Ce matin du vendredi 27 avril bruisse ainsi de l'entretien sur le futur Musée d'art et d'histoire (MAH) accordé au «Temps» par le ministre de la culture genevois. Que se passe-t-il donc au pays de Kanaan? Rien de vraiment surprenant. L'homme résume sans trop lâcher de lest. Je vous fait donc le tour de la question avant un petit commentaire. 

Tout d'abord, Jean-Yves Marin part bien en 2019, ce qui constitue la bonne nouvelle du jour. Pratiquement toute son équipe n'attend que cela, avec une impatience de moins en moins déguisée. Il faudra donc le remplacer. Une nouvelle personne devrait arriver (à moins que le choix ne soit intérieur) à la fin de l'an prochain. A mon avis, il n'y aura pas pléthore de candidats de poids, en dépit des salaires genevois. J'ai récemment sondé un des principaux directeurs français de province, appelé depuis par le Ministère de la culture à des fonctions annexes. C'était «niet». «Je suis courageux, mais pas au point de m'attaquer aux causes désespérées.» Il y aura bien sûr les Suisses et même les Genevois. Je ne serais ainsi pas étonné si Nathalie Chaix, aujourd'hui à la tête du Musée de Carouge, pointait le bout de son minois.

Appropriation du projet 

Les sages remettront leur rapport final en juin, soit dans deux mois. Sami Kanaan souligne que «la personne nommée devra s'approprier le projet». Jusqu'ici on a fait tout faux. Ce n'est pas au contenu de s'adapter au contenant, mais le contraire. Reste que ledit projet inquiète de nombreuses personnalités de la culture. Cette histoire de Genève racontée par ses tenants et aboutissants risque de le faire ressembler en plus grand à la nouvelle version du Musée historique de Lausanne. Je n'ai pas encore vu celui-ci, son ouverture au public remontant à la semaine dernière. Mais je peux dire que les premier échos sont mauvais sur radio vipère. Egalement interrogé par «Le Temps», Jacques Hainard parle de donner une place à la longeole comme au boson de Higgs du CERN. Moi je veux bien, d'autant plus qu'on ne trouve plus de longeole en restaurant à Genève, ou presque. Mais il faut alors admettre que l'histoire l'aura totalement emporté sur l'art. 

Sami Kanaan veut pour la suite une «réflexion forte». La cogitation sera donc celle d'un autre directeur (ou d'une nouvelle directrice) que Jean-Yves Marin. Le Normand a «loyalement» incarné le projet précédent. Monsieur Loyal, en quelque sorte. Mais ce ne sera cette fois pas la même chose. L'élu.e accompagnera ainsi le concours d'architecture, qui devrait aboutir fin 2020. Il lui faudra tenir le coup jusqu'au premier coup de pioche en 2013, pour arriver à une ouverture courant 2026. S'il n'y a pas trop d'oppositions, bien sûr! J'ai entendu parler par la bande d'une date de 2028, plus vraisemblable. «Il est temps que la fête commence», martèle Jacques Hainard dans «Le Temps». Il faut craindre que les associations et autres opposants tentent au contraire de «faire sa fête» au projet, qui concerne donc le seul site de Charles-Galland et de l'ancienne école des beaux-arts restituée par la HEAD.

Passion intacte 

Et le Rath, alors? Juste quelques mots, non conclusifs, du magistrat. Il n'est par ailleurs pas question dans l'article de Tavel. Notons que Genève a pris l'habitude des lieux vides, surtout en matière de théâtre. A quoi servent vraiment le Casino-Théâtre ou la Salle Pitoëff? Et que se passera-t-il ensuite dans l'actuelle Comédie? Mystère partiel ou total. 

Ma petite réflexion, maintenant. J'admire mes correspondants de se passionner encore pour l'avenir du MAH, alors que le navire n'en finit pas de couler. L'exposition Hodler actuelle, que Sami Kanaan met en exergue comme exemple de réussite, ne forme pas le redressement prétendu. Les écho ne sont pas bien bons à Genève. Je n'ai encore rien lu dans la presse internationale, même si une conférence de presse se serait (conditionnel) tenue à Paris. On a en revanche beaucoup parlé du Hodler de Vienne, où la manifestation organisée cet hiver était apparemment très réussie. Il faut dire aussi que c'est la troisième rétrospective dédiée au peintre à Genève en une dizaine d'années...

Une affaire interminable 

Je suis donc, pour reprendre mon discours, soufflé par ceux qui regardent avec attendrissement ou hargne les soubresauts du moribond. Comment ces gens ont-ils pu tenir le coup depuis que le projet de ce qui était à l'époque une simple rénovation a été lancé en 1996-1997 au temps lointain d'Alain Vaissade à la culture? Le temps d'une génération est dépassé, et bien des choses excitantes se sont passées ailleurs en Suisse. Existe-t-il donc toujours ici un esprit genevois, un goût du local et un sens de la polémique patrimoniale, le tout mâtiné d'un certain masochisme? J'avoue pour ma part vaguement m'intéresser aujourd'hui au sujet. Vaguement. C'est trop long. Et, quitte à me répéter, j'éprouve en voyant pousser Plateforme10 le long du train en allant à Lausanne un petit frisson que ne me donne aucun discours sur l'avenir radieux au MAH. A force de se creuser les méninges, ce dernier a pour moi raté le coche... dont je me fais volontiers la mouche.

Photo (Steeve Iuncker Gomez): Sami Kanaan, qui vinet d'accorder un entretien au "Temps" sur le MAH.

Article intercalaire.

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."