Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Richard Kan, le monochrome chinois et les Baur. La suite

Crédits: Fondation Baur, Genève 2018

Il y a beaucoup de patience et de travail derrière l'actuelle exposition «Mille ans de monochromes» à la Fondation Baur. Je vous ai dit dans la chronique qui précède tout le bien que je pensais de cette présentation de céramiques chinoises. Il ne me reste plus qu'à vous donner le point de vue de la directrice de ce musée privé, Laure Schwartz-Arenales. 

Laure Schwartz-Arenales, qui est donc Richard Kan?
Il s'agit d'un homme d'affaires doublé d'un érudit. Il a formé ce que j'appellerais une collection savante à partir des années 1980. Ce grand amateur a beaucoup travaillé avec Peter Lam, avec qui il a accompli un vrai travail d'équipe. Ses porcelaines ont déjà été montrées à Hong-Kong, où il a toujours vécu, sauf pendant ses études accomplies en Angleterre. C'est ce qui explique du reste un prénom européen. Richard Kan a proposé à Monique Crick, alors directrice de la Fondation Baur, de reprendre cette manifestation en la complétant avec des céramiques Baur. 

Pourquoi cette passion pour les monochromes?
Le monochrome possède en Chine une tradition très ancienne. Pour Richard Kan, il incarne l'aspiration à la pureté. La matière n'est pas «contaminée» par le décor. Il subsiste en elle une simplicité liée à l'esprit du confucianisme. La couleur du thé se retrouve ainsi exaltée. Il y a là quelque chose de fort, allant bien au-delà de l'esthétique. Le monochrome reste donc le fil conducteur des recherches de Monsieur Kan. Mais l'homme a développé d'autres ensembles, comme les monnaies. Il choisit à chaque fois le meilleur.

Vous avez parlé de Peter Lam, qui signe une partie du catalogue. Richard Kan s'entoure-t-il beaucoup?
Il recherche l'opinion des meilleurs spécialistes. Je pourrais même dire qu'il réunit autour de lui un cénacle. Pour ce qui est du monochrome, Richard Kan cherche à créer un ensemble complet. Il se base sur le catalogue des tons et des formes produit au XVIIIe siècle par Tang-Ying, un superviseur des porcelaines de Jingdezhen destinées à la cour impériale. La référence suprême. Tout s'y voit répertorié, avec les différents émaux et glaçures. Pour Monsieur Kan, les trois grands règnes du XVIIIe siècle constituent une apogée. Il ne recherche guère ce qui a pu se produire par la suite. En revanche, il remonte volontiers jusqu'aux débuts de la dynastie Ming, dans la seconde moitié du XIVe siècle. Les marques apposées aux objets lui importent beaucoup. Elles permettent de relier chaque pièce à un pan d'Histoire. 

Qu'est-ce qui fait un beau monochrome?
C'est forcément très subjectif. Il existe cependant quelques critères. Il faut une adéquation entre la forme et la couleur. Celle-ci doit rappeler quelque chose. Le ciel pour les bleus, par exemple. Il est enfin indispensable que la pièce ne présente aucun défaut technique. Avec le monochrome, il devient impossible de cacher la moindre imperfection, comme on peut le faire en peignant un décor.

Vous avez conçu un gros catalogue.
Bilingue anglais et français, avec des résumés en chinois. Il devait reproduire les pièces exposées, tant celles appartenant à Richard Kan que celles sortant de notre fonds. Il y a quatre auteurs pour trois essais. Monique Crick parle de la période Ming. Peter Lam de la dynastie Qing, qui termine la chronologie impériale. Tout a son prix. L'ouvrage coûte 105 francs, mais son impression s'est révélée exigeante et difficile. Il était exclus d'avoir le moindre écart entre les couleurs réelles des céramiques et leurs reproductions. Nous sommes dans le monochrome...

Pratique 

«Mille ans de monochromes», Fondation Baur, 8, rue Munier-Romilly, Genève, jusqu'au 3 février 2019. Tél. 022 704 32 82, site www.fondation-baur.ch Ouvert du mardi au dimanche de 14h à 18h.

Photo (Fondation Baur, 2018): L'une des pièces exposées appartenant à Richard Kan.

Ce texte intercalaire complète la chronique sur l'exposition qui se trouve une case plus haut dans le déroulé de cette chronique.

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