Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Que voir dans les galeries? Sept propositions

Intérieur vide. Enseigne disparue. Plus aucune indication sur la porte d'entrée. Où a passé, rue des Bains, la galerie Red Zone? Mystère. A-t-elle disparu? Vient-elle de déménager? Le site de ce lieu voué à la jeune création chinoise fait comme si de rien n'était. Il faut dire que tout bouge si vite, dans le domaine du marché de l'art... 

En attendant la solution de cette énigme, voici un aperçu de ce que recommanderais en ce moment dans les galeries genevoises. Une idée bien prétentieuse. Il reste bien clair que je n'ai pas tout vu, même si la saison des vernissages s'éloigne. Le dernier en date, si je consulte mon agenda (papier, acheté à Venise) remonte en effet au 2 décembre. Je vous propose donc une sélection de sept lieux (en non en bottes de sept lieues). C'est parti! 

«Aerocene, Tomás Saraceno» à l'Espace Muraille. Vous avez peut-être vu son immense installation à la Biennale de Venise de 2009. En ce moment, Tomás présente une importante pièce au Louvre dans le cadre de l'exposition «Une brève histoire de l'avenir». Aujourd’hui âgé de 42 ans, l'Argentin vit à Berlin, où il a un vaste atelier occupant nombre de collaborateurs. L'homme entend faire le joint entre l'art et la science, avec des créations arachnéennes à tous les sens du terme. Il cultive en effet des araignées qui tissent pour lui leurs toiles. On peut ainsi en retrouver à l'Espace Muraille qui présente en outre des sculptures et des vidéos montrant l'espoir fou du Sud-Américain: voler sans l'aide d'un combustible. (Jusqu'au 13 février, www.espacemuraille.com

«Black & Blanc» chez Lionel Latham. Jérôme Blanc est né à Genève en 1978. Il a découvert en Australie le tournage du bois. Autant dire qu'il évide des portions de tronc pour n'en conserver à l'arrivée que quelques millimètres, voire rien à certains endroits. Il y a en effet des vides sur certaines pièces qu'il propose pour son retour à la galerie Lionel Latham. Jérôme ne se contente pas d'une surface lisse, comme la Danoise Merete Larsen. Il sculpte véritablement le bois vert, créant ainsi des sortes d'ondes. Il décore aussi. Certaines sculptures se retrouvent marquetées et peintes avec intervention du laser. Un travail extrêmement complexe et énigmatique. Le visiteur se demande toujours «comment c'est fait». (Jusqu'au 19 décembre, www.galerie-latham.com

«Daniel Berset, Œuvres de 1983 à 2000», chez Anton Meier. Du Genevois, qui a maintenant 62 ans, tout le monde connaît au moins une sculpture. Installée en 1997 sur la place des Nations, cette chaise de douze mètres de haut sensibilise les passants au dégâts causés par les mines anti-personnelles. Le siège constitue un thème majeur de l'artiste, qui s'est mis ces dernières années à la peinture de portraits du genre icônes. L'actuelle exposition chez Anton Meier tient de la rétrospective. Le galeriste accorde ainsi à l'artiste une attention que les institutions locales lui refusent. Il y a là des chaises en trois dimensions, bien sûr, mais aussi des «recouvrements». Comme dit Berset, «il n'y a pas de page blanche.» (Jusqu'au 27 février, www.antonmeier-galerie.ch

«Philippe Ramette» chez Xippas. Né à Auxerre (c'était en 1961), formé à Nice, Ramette a commencé comme peintre avant de créer des objets hybrides. Il est depuis longtemps connu pour ses «prothèses sculptures». Elles lui permettent se flotter dans les airs ou d'arpenter des falaises. L'homme semble bien se jouer de la pesanteur dans ce qui donne lieu à une grande photographie, où tout est pourtant réel. Ramette a beaucoup exposé, de la coupole des Galeries Lafayette (en 2014) au Mamco (en 2008). On retrouve cet homme d'images chez son galeriste Xippas. Il y arbore toujours son costume noir bien strict d'employé de banque, ce qui rend ses créations encore plus intrigantes. (Jusqu'au 23 décembre, www.xippas.com

«Aldo Chapparo, Purple», à Art & Public. La vitrine de la petite galerie de la rue des Bains est depuis le 7 novembre fine prête pour Noël. Les plaques d'acier inoxydable, savamment froissées par Chapparo, font penser à des boules de sapin, qui auraient mal fini. Fan du Péruvien (50 ans cette année), Pierre Huber aime comme ça affronter l'hiver avec une exposition ludique et joyeuse. Vu la taille du lieu, l'artiste s'est limité à une couleur, le pourpre. Il existe cependant des œuvres analogues en bleu, en argenté ou même avec photo de sculpture antique imprimée. L'idée a beaucoup plu aux Genevois. Le soir du vernissage, bien des plaques (il en existe deux tailles) avaient déjà trouvé preneur. (jusqu'au début décembre, www.artpublic.ch

«Animalia nobilia» à Phoenix Ancient Art. Les Anciens vouaient un culte à certains animaux, tout en adoptant d'autres bêtes pour leur tenir compagnie. Il suffit de penser aux Egyptiens, qui momifiaient pêle-mêle taureaux, ibis ou chats. La galerie Phoenix a décidé de présenter un certain nombre de pièces exceptionnelles dans un décor muséal spectaculairement éclairé. Il y a aussi bien là une paire de rhytons (ou vases à boire) qu'une bague en cristal ornée d'un petit sphinx ou une minuscule souris romaine en argent. Tous les objets se révèlent exceptionnels, ce qui rend leur cohabitation facile en dépit de leurs âges ou de leurs provenances très divers. (Jusqu'au 31 décembre, www.phoenixancientart.com

«Peter Stämpfli» chez Sonia Zannettacci. On tend parfois à l'oublier ou, ce qui est pire, à le situer dans un lointain passé. Né en 1937 à Deisswil, le Suisse a longtemps fait un parcours sans faute. Installé à Paris depuis 1960, il a représenté notre pays à la Biennale de Venise en 1970 et obtenu en 2002 sa rétrospective au Jeu de Paume, avant que l’établissement ne vire à la photographie. Depuis des décennies, Stämpfli s'inspire des empreintes de pneu. Il a conduit sa recherche obessionnelle jusqu'au bord de l'abstraction. Son exposition actuelle le prouve. Sonia Zannettacci, qui est une fidèle, avait déjà montré en 2007 ses sculptures et en 2012 ses fusains. (Jusqu'au 30 janvier, www.zannettacci.com

Photos (DR): Tomás Saraceno, qui expose aujourd'hui à l'Espace Muraille.

Prochaine chronique le lundi 7 décembre. «L'Asie rêvée» mélange à Genève les collections des Baur et celles de la maison Cartier.

 

 

 

 

 

 

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