Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Quand les Bains se mélangent aux Design Days

«Sacrée soirée», comme disaient il y a une vingtaine d'années les émissions TV de Jean-Pierre Foucault. Le moins qu'on puisse dire est que Genève a fait très fort jeudi soir. Le Quartier des Bains se retrouvait entrelardé par les expositions des Design Days. Comme si cela ne suffisait pas à notre bonheur, il y avait en prime le vernissage de la Bibliothèque de Genève, celui du Centre d'Art Contemporain, le cocktail de Genève Enchères ou le «Requiem for the Last Fish» de TMproject aux Ports-Francs, et je ne sais pas tout. L'ensemble le même soir que l'Elysée à Lausanne, bien sûr! «Abondance de biens ne nuit jamais», dit l'adage. N'empêche qu'il faudra encore trouver des forces pour se traîner au Parcours Céramique à travers Carouge samedi... 

Je note tout de même, une fois encore, que la plupart des badauds ne perçoivent pas la différence quantitative. Ces gens se contentent d'être là, la bouteille de bière à la main. Les nouvelles galeries, car il y en a, comptent moins que les établissements supplémentaires pour bobos. Ils remplacent peu à peu les commerces dits de proximité. Plus encore que Carouge, les Bains constituent désormais un quartier hors sol, comme les tomates cultivées dans les serres. A Oubien Encore, qui remplace une cantine portugaise, s’adjoint désormais Paradiso. Mais après tout, une nouvelle galerie inutile, L, n'a-t-elle pas pris la place d'un magasin de BD qui n'avait fait de mal à personne?

Côté musée chez Pierre Huber 

Puisque nous en sommes aux nouveaux-venus, une bonne surprise. Frédéric Ormond (comme les tabacs Ormond de Vevey) a déjà rempli le vide laissé par SAKS. Design (le mot commence à m sortir par les narines), mais «vintage», en réédition ou alors en tirage limité. «J'aimerais proposer des créations pensées de manière artisanale.» On peut en revanche oublier Cloud9. Le plus étonnant, hier soir, se situait en effet dans les anciens bureaux de Gérald Chevrolet. Du champagne Ruinart jusque sur le trottoir. Des ballons roses un peu partout. C'était la fête à l'Association Alzheimer Genève. La maladie serait-elle donc design, ou alors Bains? «Disons qu'elle devient tendance», me répond une participante non dénuée d'humour noir. 

Analix, qui ne fait plus partie de l'Association des Bains, se permettait une projection sur une façade aveugle. Pierre Huber, lui aussi démissionnaire, s'offrait pour sa part un accrochage muséal. «Je ne voulais montrer que des toiles importantes créées entre 1945 et 2004.» Sur les murs, se rejoignent aussi bien Sol LeWitt que Steven Parrino, Christopher Wool ou Olivier Mosset. Si vous deviez vous égarer Bains, c'est l'exposition qu'il faut voir, même si Skopia nous réserve une (demi) surprise en nous offrant des architectures de Thomas Huber représentant la galerie Skopia. «L'enseigne». Un étonnant jeu de miroirs.

Du remplissage

Et à part ça, et à part ça... Eh bien, pas mal de remplissage, d'Elfie Semotan chez Mezzanin aux collectives de Mitterrand + Cramer ou de Ribordy Contemporary. Patrick Cramer montre («je crois que c'est la sixième fois») Kira Weber. Des natures mortes aux fruits gigantesques, bien sûr. Blondeau se coupe en deux afin d'offrir son sous-sol à Louise Lawler et son étage à Martin Szekely. Un monsieur et une dame dont je ne pense pas grand bien. Laurence Bernard remplit une bonne partie de son espace avec la capsule spatiale d'«Excepté le soleil» de Stéphane Thidet. Je vous fait grâce du reste, qui va de Nabab à Structure 17 en passant par Quark. J'ajouterai juste que Franck Chalendard propose des peintures sur tissu imprimé chez Ceysson. Je n’aurai pas l'outrecuidance de dire que je trouve le résultat décoratif. Mais c'est bien ça. 

Pour terminer, je dirai donc que, faute d'un nouveau lieu arrivé au bout de ses travaux, Xippas se coupe également en deux, comme une poire. D'un côté les peintures sur métal d'Ian Davenport, dont les lignes de peinture se terminent en coulures. De l'autre les néons de Robert Irwin. Avec lui, au moins pas besoin d'éclairage. Jancou se veut cette fois classique. L'Andy Warhol de jeunesse, qu'il avait déjà présenté au printemps, se retrouve aux côtés de l'Alémanique Otto Meyer Amden (1885-1933). «J'ai éprouvé un coup de foudre pour les petits personnages de son œuvre. Ils m'ont donné envie de produire cette exposition centrée sur le dessin.»

Coup de chance météo 

Vous savez maintenant presque tout. Je reviendrai sans doute sur l'exposition que Guy Bärtschi voue à Laurie Anderson, plus connue pour sa musique. Il en ira de même, si tout va bien, avec Philippe Calandre, dont Andata Ritorno propose la photo. Tout cela a été vu en coup de vent entre 18 et 21 heures. Une performance permise par le climat. Je ne m'attendais pas à une telle éclaircie vespérale quand je suis allé jeudi matin chez mon dentiste (cela va mieux, merci). J'étais trempé par la pluie. Or les Bains ont besoin de beau temps pour exister. Pas d'eau. Jamais d'eau. Un comble! 

Pratique

Site www.quartierdesbains.ch Photo (DR): La capsule de Stéphane Thidet, vue chez Laurence Bernard.

Prochaine chronique le samedi 19 septembre. Arts extra-européens avec le Parcours des Mondes à Paris. 

 

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