Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Phoenix présente le monde d'Alexandre

C'est évidement somptueux. Depuis son installation à Genève, Phoenix Ancient Art a su bien faire les choses. Spécialisée dans le commerce des objets antiques (et éventuellement du haut Moyen Age), la galerie présente peu d'objets à la fois. Leur qualité exceptionnelle rend tous les mélanges possibles. L'Egypte peut se frotter au grec, au parthe ou au byzantin. On sait se comprendre entre gens du même monde. 

Un thème parcourt chacune des expositions présentée par Phoenix Ancient Art, que dirige Ali Aboutaam et dont s'occupe en tant qu'expert Michael Hedqvist. Il s'agit cette fois d'«Alexandre le Grand et son monde». On sait que, monté à 20 ans sur le trône du petit royaume de Macédoine, l'homme a fini par se constituer à la fin du IVe siècle avant Jésus-Christ un empire allant de la Grèce à l'Inde, avant de mourir à 32 ans. «Ses successeurs ont fixé de nouvelles frontières ayant duré des siècles, alors que la société se transformait et que la culture s'internationalisait.»

Les casques et le diadème 

Sur ce thème, la Fondation Bodmer avait proposé l'an dernier «Alexandrie la divine», une exposition pour le moins intellectuelle. Il s'agit aujourd'hui, rue Verdaine, d'une sucecssion de chefs-d’œuvre de tous genres et de toutes tailles. Un énorme cratère (c'est la forme du vase) à figures rouges peut ainsi se retrouver près d'une minuscule intaille représentant le dieu Sérapis. Des casques chalcidiens ou ilyriens semblent faire la paix avec un diadème orné de feuilles d'or. Le tout sous le regard d'un buste d'Alexandre, très idéalisé, taillé à l'époque romaine dans un marbre noir. 

Que retenir de ce florilège, qui se poursuit dans le sous-sol? Les coupes de verre rouge ou bleu, restées intactes depuis deux millénaires? La tête fatiguée d'un Antiochos III, dont le royaume devait s'effondrer en 192 avant Jésus-Christ sous la poussée de Rome? Ou l’extraordinaire Sérapis, réalisé dans un bloc de lapis-lazuli? «Il s'agissait à l'époque d'une pierre aussi précieuse que l'or», rappelle Michael Hedqvist. «Il fallait la faire venir de l'actuel Afghanistan.» Je crois à tout prendre (bien que je n'aie rien pris!) encore lui préfèrer la patte d'un animal griffu en bronze, dont le reste du corps a basculé dans le néant.

Une succursale pour jeunes collectionneurs 

Ces merveilles, dont plusieurs ont déjà trouvé preneur, exigent autant d'argent que de goût. Davantage même, sans doute. C'est pourquoi Phoenix a fondé il y a un an une filiale au 9, rue Etienne-Dumont, destinée aux amateurs moins fortunés. Phoenix Young Collectors a récemment fêté son anniversaire de manière positive. Des vocations de collectionneurs se sont décidées. Il faut dire qu'en se cantonnant à des civilisations périphériques, comme les Iapyges (Italie du Sud) ou les Sabéens (Yémen), il y a de quoi s’offrir de belles pièces sans pour autant se ruiner.

Pratique 

«Alexandre le Grand et son monde», Phoenix Ancient Art, 6, rue Verdaine, Genève, jusqu'au 31 juillet. Tél. 022 318 80 10, site www.phoenixancientart.com Ouvert du lundi au vendredi de 10h30 à 18h30. Photo (Phoenix Ancient Art): L'Alexandre en marbre noir.

Ce texte est imédiatement suivi d'un autre sur deux nouvelles galeries en Vieille Ville.

Prochaine chronique le mardi 2 juin. La Maison Tavel explique à Genève comment "Devenir Suisse".

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."