Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/"Peindre à Bourges au XVIe siècle". Un colloque et un livre

Crédits: DR

Le Tour de France ne s'accomplit pas qu'en vélo. Chaque année, le programme «Peindre en France au XVIe siècle» franchit une nouvelle étape. Pour le moment, nous restons encore entre deux villes. Le livre sur Rouen, qui avait donné lieu au colloque d'avril 2017, est sorti de presse il y a quelques semaines. La prochaine session de conférences est pour tout bientôt. «Peindre à Bourges» se déroulera le vendredi 27 et le samedi 28 avril à Uni-Bastions. Cette nouvelle série d'exposés marquera un provisoire élargissement du champ d'investigations. «Il ne nous semblait guère possible de dissocier ici le XVIe du XVe siècle», explique Frédéric Elsig, en charge du projet. Il ne faut pas oublier que dans les années 1430, Bourges a constitué une involontaire capitale de la France. La Guerre de Cent Ans faisait rage au Nord. 

Mais le passé d'abord. Le gros livre sur Rouen est sorti dans les temps, grâce aux efforts de Carmen Decu Teodorescu, qui en a «assuré la logistique.» Il semble en effet important à Frédéric d'aller vite, afin de ne pas perdre la dynamique. «Ce sont moins les actes figés d'un colloque qu'un travail visant à approfondir les échanges d'Uni-Bastions». De nouvelles œuvres sont donc sorties de l'ombre entre-temps. C'était important pour la capitale normande, dans laquelle tant de choses semblaient avoir disparu, à part bien sûr les vitraux. «Il y a des pièces inédites pour Arnoult de Nimègue. La photothèque de Rouen a livré des pistes. Nous nous sommes lancés dans un véritable quadrillage territorial.» Notons toutefois que le résultat ne donne pour l'instant lieu à aucune idée d'exposition. «C'est toujours une perspective enrichissante pour nous. C'était le cas pour Lyon. Nos travaux sur Troyes ont servi pour compléter la récente exposition du Louvre sur «François Ier et l'art des Pays-Bas». Il y a un autre projet en germe à Troyes même. Dijon n'a en revanche toujours rien donné. Comme les travaux d'aménagement du musée de la ville, il est tombé en panne.»

Un mécénat exceptionnel 

Pour Bourges, qui fera l'objet du septième colloque, les intervenants discuteront d'une agglomération alors importante, où la Cour séjourne parfois. «La ville sert de relais entre la plaque-tournante lyonnaise et l'axe ligérien.» Comprenez par là celui des pays de la Loire. «Beaucoup d'artistes s'y sont épanouis, depuis les fameux frères Limbourg au début du XVe siècle. De fabuleux miniaturistes. Il faut dire que la cité bénéficiait alors du mécénat exceptionnel du duc de Berry. Il y a ensuite eu des temps d'arrêt, mais c'est à Bouges que se développe immédiatement après les Guerres de religion l'atelier de Jean Boucher, dont il subsiste de nombreux et beaux tableaux d'autel. Il s'agissait alors de regarnir jusqu'au loin les églises vidées par les incendies et les iconoclasmes.» 

Durant deux jours, devant un public choisi (et donc peu nombreux), les orateurs aborderont chacun un thème particulier, souvent un peu pointu. Brigitte Kurmann-Schwarz viendra de Zurich parler de «Jacques Cœur et les commandes de vitraux pour la cathédrale de Bourges, 1451-1455». Dominique Cordellier du Louvre abordera par le biais de leur œuvre graphique des artistes comme Boucher et Jean Lécuyer. «Jean Lécuyer constitue l'une des grandes redécouvertes récentes en matière de peinture ancienne.» L'homme formera du coup le sujet d'une autre communication. Frédéric Elsig se réserve Jacquelin de Montluçon, dont j'avoue ne rien encore savoir. Christine Seidel, du Prado, abordera les débuts de Jean Colombe. Frédéric Elsig n'a pas peur des représentants du commerce, comme nombre de gens de musée en France, qui voient en eux le monde de Satan. Matthew Reeves, qui travaille chez Sam Fogg de Londres, viendra évoquer les vitraux de la défunte Sainte-Chapelle de Bourges, abattue sous Louis XV.

Quatre jeune chercheurs invités 

Mais il n'y aura pas que des intervenants internationaux, rodés à ce genre d'exercice. Enseignant à l'Université de Genève, Frédéric pense à la relève. «J'ai demandé à quatre jeunes chercheurs de préparer un exposé. Ils avaient un sujet à creuser. Il leur faudra maintenant le défendre.» Espérons que la nouvelle génération n'est pas adepte des notes lues, et souvent mal lues. Une conférence constitue une sorte de pièce de théâtre. Un monologue. Un «one man ou woman show». Il s'agit de ne pas endormir les auditeurs, surtout si le soleil vient les bercer de ses rayons... 

Après parution du septième volume au printemps 2019, trois autres colloques sont déjà prévus. «Le Fonds national suisse de la recherche scientifique a renouvelé sa subvention.» Il y aura ainsi Avignon, qui constitue un cas spécial, vu qu'il s'agissait alors d'une terre papale, puis Toulouse, où le public peut actuellement voir deux expositions sur la cité au XVIe siècle. Beauvais finira la série. «Après, je ne sais pas. Il sera peut-être temps de rassembler nos informations pour proposer un ouvrage de synthèse.»

Pratique 

«Peindre à Bourges aux XVe et XVIe siècles», Uni-Bastions, Salle B101, Genève, les vendredi 27 et samedi 28 avril. Début le vendredi à 14h, commencement le samedi à 9h. Entrée libre. «Peindre à Rouen au XVIe siècle», sous la direction de Frédéric Elsig, chez Silvana Editoriale, 253 pages.

Photo (DR): L'ange berrichon qui annonce le tout proche colloque.

Prochaine chronique le jeudi 26 avril. Le Salon du livre s'ouvre à Genève.

 

 

 

 

 

 

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