Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/"Open End" introduit l'art actuel au cimetière des Rois

Crédits: Site de la Ville de Genève

L'enfer est pavé de bonnes intentions. Surtout dans un cimetière. Celui des Rois, qui sert de panthéon genevois, en fait jusqu'au 30 novembre l'expérience. Il abrite l'exposition «Open End», qui entend «réactiver les regards sur les objets de deuil». En l'occurrence des tombes. On sait que la mort s'est vue chassée de nos sociétés de l'éphémère, où même les regrets ne sont plus éternels. Un enterrement dure le temps d'un repas au fast-food. Et nul ne s'y habille plus en tenue de circonstance. On reconnaît la veuve (il existe davantage de veuves que de veufs) au fait qu'elle se trouve au premier rang, face au cercueil. Fermé bien sûr! Le cadavre se doit aussi d'être escamoté. 

Mais revenons au cimetière de Rois. Tailleur de pierres, Vincent Du Bois a été choqué de voir à quel point la Ville détruisait les monuments funéraires anciens, remontant parfois au XIXe siècle. Le malheureux avait apparemment foi en nos édiles, pour lesquels j'ai à peu près la confiance des Français face à François Hollande. Le sculpteur est parvenu à en sauver quelques uns des vandales publics. Il a voulu une manifestation-prise de conscience, qu'il lui aura fallu huit ans pour obtenir des autorités. Tout va lentement à Genève. La chose a finalement été acceptée par le Département de la cohésion sociale et de solidarité d'Esther Alder. Ne riez pas! L'égalité devant la mort constitue bien une forme de cohésion. Les vers, eu au moins, de font pas de différence entre les humains.

Un choix d'artistes peu surprenant 

Pour mettre son exposition au point, Vincent Du Bois s'est lié à Simon Lamunière, ex-Art/Basel et ex-ArtGenève. Voilà où l'affaire se corse. Simon est à l'origine des néons des toits de Plainpalais, qui me laissent perplexe pour ne pas dire pantois. Il s'agit d'un monsieur très «arty». Lamunière a donc rameuté un certain nombre d'artistes essentiellement locaux, dont les noms reviennent souvent ici. Ce sont comme les membres d'un club. Que voulez-vous? Il fallait garantir l'aspect à la fois contemporain et ancré dans le terreau genevois. Chacun a eu droit à une concession, provisoire. Notez tout de même que celle de la Française Sophie Calle est allouée pour vingt ans, ce qui fait du provisoire long. Chacun est invité à enfouir dans la fente de la dalle funéraire (qui ressemble du coup à une tirelire) de la photographe un secret. 

Certains ont joué la carte de la discrétion ou de l'opportunité. La tombe de Gianni Motti, très stricte, porte les seuls mots: «Je vous avais dis que je n'allais pas très bien». Fabrice Gygi a fait sculpter un gisant appuyé à une pierre, qui pourrait bien être un SDF. Une «Pietà» coulée à l'envers d'après Michel-Ange par Christian Gonzenbach (déjà vue dans la défunte galerie SAKS) possède bien le côté funèbre voulu. Il y a hélas les autres! Une sorte de cage ridicule de Robert Nortik. Un ronflement incongru sortant de la tombe de Calvin imaginé par Xavier Sprungli. Un hideux rétroviseur dû à une Sylvie Fleury en particulièrement petite forme. Deux yeux incrusté à la place de nœuds d'arbres par Vidya Gastaldon. Enfin, bref... Passons et trépassons. 

Voilà. Allez ou n'allez pas voir «Open End». Ayez ou n'ayez pas un nouveau regard sur la camarde. Notez qu'en cas de succès on pourra toujours récidiver ailleurs. Pourquoi ne pas organiser désormais les Fêtes de Genève au cimetière Saint-Georges?

Pratique

«Open End», cimetière des Rois, rue de Rois, Genève, jusqu'au 30 novembre. Tél. Info. 022 418 68 00 Ouvert tous les jours jusqu'à 18 heures. Animations (eh oui!) au MEG et au Mamco. Il y a notamment une conférence de Bernard Crettaz.

Photo (Ville de Genève): Le monument en forme de main taillé par Vincent Du Bois. Du classique, dans le genre spectaculaire. Je serais assez preneur après mon décès.

Ce texte en remplace un autre, prévu sur le dernier livre de Blaise Hoffman.

Prochaine chronique le lundi 19 septembre. Le Musée du quai Branly, à Paris, expose... Jacques Chirac.

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