Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/On y est! Le Musée de la Réforme est dirigé par Gabriel de Montmollin

Crédits: Musée international de la Réforme

Il aura fallu du temps. Il y a presque un an, Isabelle Graesslé quittait le Musée international de la Réforme, dont elle avait assuré la direction depuis sa création il y a dix ans. Ce départ n'a pas été sans susciter des questions. Depuis, l'institution privée a continué, mais un peu en sourdine. Un intérim s'est vu assuré par André Wavre. A la fin 2016 a été annoncée la nomination de Gabriel de Montmollin, bien connu comme éditeur. Ce dernier doit commencer sur les chapeaux de roue. 2017 marque les 500 ans de la Réforme, avec Martin Luther en Allemagne. 

J'ai donc rendez-vous avec le nouveau directeur début janvier. Nous sommes dans son bureau, que je qualifierais de monacal si nous n'étions pas dans le monde protestant. Il n'y a presque rien ici, à part quelques éditions de la Bible. Tous les quarts d'heure, nous entendons le carillon de Saint-Pierre, qui se trouve juste à côté. Je vois le bas-côté de la cathédrale à travers la fenêtre. Le musée lui-même se loge dans une autre partie du bâtiment, construit au XVIIIe siècle pour la famille Mallet (dont la banque existe encore à Paris). 

Gabriel de Montmollin, pourriez-vous d'abord vous présenter à ceux qui, par hasard, ne vous connaîtraient pas?
Qui suis-je? D'abord un théologien. Et protestant, en plus. Depuis l'obtention de ma licence en 1985, je tourne autour des institutions culturelles et sociales ayant trait à cette religion. J'ai été journaliste à «La vie protestante», morte en 1989. J'ai appartenu à la Croix-Rouge, dont les origines restent après tout genevoises et protestantes. J'ai ensuite dirigé les éditions confessionnelles Labor et Fides pendant plus de trente ans. Avec une interruption de trois ans, tout de même. Je suis alors parti à Lausanne m'occuper du Centre social protestant. En 2015, j'ai décidé de me mettre à mon compte, en cherchant des mandats. De devenir mon propre patron. C'est ainsi que j'ai reçu celui de développer un projet au Musée international de la Réforme pour 2017. 

Un premier pas...
Au cours de ce mandat s'est ouvert le poste de directeur. Comme d'autres, j'ai postulé. J'ai été choisi. Finie l'indépendance au bout de moins de deux ans! Mais continuité dans mon projet initial. J'aurais pu devenir pasteur. 

Où en est, selon vous, le Musée international après une décennie?
J'ai toujours trouvé qu'il s'agissait là d'un phare du protestantisme francophone. Il y a des repères dans toutes les salles. Il peut s'agir de textes de Luther, sur qui portait mon travail universitaire, de musiques de bancs d'église ou du fameux banquet de la prédestination. Un protestantisme un peu muséal, mais il faut se dire que, jusqu'à la fin du XXe siècle, il n'y a pas eu de politique de la mémoire en ce domaine. Il ne s'était donc pas créé de lieu. Je me suis intéressé très vite à la mise sur pieds du musée de par mes fonctions à Labor et Fides, où j'aurai publié en trente-cinq ans quelque 800 livres, en grande partie théologiques. 

En trente-cinq ans, le protestantisme a décliné. Est-ce aussi pour cela qu'on le muséifie?
Il est de fait que les églises, et pas seulement la protestante, ne se portent pas bien. La transmission d'une génération à la suivante se fait moins naturelle. C'est un phénomène auquel il est impossible d'assister sans éprouver une envie de réagir. La création d'un musée en constitue un moyen. Il s'agit d'un outil sur lequel il est permis de capitaliser. On y montre. On y explique. L'exposition Calvin de 2009 reste pour l'institution un record de fréquentation. Elle a aussi permis de renverser la vapeur. Le personnage historique est apparu très différent de sa légende. 

Comment voyez-vous le Musée international de la Réforme en 2017?
Il a trouvé sa place. Nous devons maintenant consolider les acquis. Faire vivre les collections, qui ne sont pas illimitées. Créer des expositions. J'ai 57 ans. Je dispose donc de huit années pour le faire. Je vois cela comme un second défi après Labor et Fides, que je préside encore et où j'ai terminé sur une note optimiste. L'une de mes dernières publications, en 2014, s'est vendue à 25 000 exemplaires, surtout en France. J'ai cité «L'autre Dieu» de Marion Muller-Colard. 

Que prévoyez-vous pour 2017, année du demi millénaire de la Réforme?
J'ai lancé, comme mandataire, un projet début 2016. Il tourne autour des «best-sellers» du XVIe siècle. On sait que la propagation de la Réforme est liée aux progrès de l'imprimerie. Luther n'aurait pas été suivi en Allemagne s'il n'avait pu se voir lu. Il y a eu une coïncidence parfaite entre un projet technologique et la naissance d'une idée. Le musée verra donc s'installer une presse selon le modèle de Gutenberg. Elle va imprimer les 800 pages de la «Bible des écrivains», parue aux éditions Bayard. Il s'agit là de la version la plus moderne du texte, qui se verra traitée avec les moyens de la Renaissance. Le rythme de croisière tournera autour des dix feuillets par jour. Ils seront illustrées par des artistes genevois contemporains, avec lesquels je suis en train de traiter. 

Et, à part la Bible, quels seront les autres «best-sellers»?
Il y aura une part religieuse avec les 95 thèses de Luther de 1517 et son «Nouveau Testament de décembre» de 1521. Mais je prévois aussi «L'Eloge de la folie» d'Erasme, les «Essais» de Montaigne, le «Pantagruel» de Rabelais ou, dans un autre genre encore, les œuvres médicales d'Ambroise Paré. Une attention se verra portée à Genève, devenue alors une capitale de l'imprimerie. Certains chiffres m'impressionnent. Le «Psautier» sorti des presses de Robert Estienne est tout de suite tiré à 10 000 exemplaires en 1560. Parler du succès de l'imprimerie alors nous amènera à en voir le positif et le négatif. L'oralité disparaît. La liberté par rapport au texte aussi. 

Comment l'exposition sera-t-elle financée?
Par une recherche de fonds, bien sûr. Nous restons un musée privé non subventionné. L'avantage est d'avoir pu atomiser l'opération. Nous avons proposé le financement d'une ou de plusieurs pages en menant une campagne de séduction. Je dois préciser que les gens ont bien répondu. Je dirais que le tirage des deux tiers des 800 pages est trouvé. Il faut dire qu'il s'agit là de petites sommes. La quête continue bien sûr. Il faut toujours trouver de nouveaux mécènes. 

Quelle sera à l'avenir votre politique d'expositions? Une par an?
Je n'ai pas de stratégie définitive. Je dirais qu'il nous faut au moins un événement par an. Je ne sais pas encore ce qui se passera en 2018. Mais je vous rassure tout de suite. J'ai plutôt trop d'idées que pas assez. 

Et le reste du musée? On parlait en 2015 d'un remaniement de la présentation permanente.
Je ne suis pas là pour faire la révolution. Il faut cependant faire évoluer la mise en scène ou plutôt, pour prendre le mot qui sied ici, la réformer. C'est le banquet de la prédestination qui pose le plus de problèmes. On pourrait imaginer de développer l'incroyable débat du XVIe siècle sur la communion. Pendant un siècle, les gens se sont étripés pour imposer l'idée d'une présence réelle du Christ dans le pain et le vin ou, au contraire, son caractère symbolique. Cela dit, il me fait aussi apprendre. N'oubliez pas que je n'ai jamais dirigé de musée auparavant.

Pratique

Musée international de la Réforme, 4, rue du Cloître, Genève. Tél. 022 310 24 31, site www.musee-reforme.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h.

Photo (Musée historique de la Réforme): Gabriel de Montmollin. Le théologien a cependant été photographié au Palais de l'Athénée.

Prochaine chronique le vendredi 20 janvier. Retour au Muséum d'histoire naturelle genevois.

 

 

 

 

 

 

 

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