Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Olivier Varenne va installer la galerie MONAD aux Bains

Crédits: Photo fournie par Olivier Varenne

Le nom, bien sûr, dit quelque chose. Olivier Varenne est bien le fils de Daniel Varenne, qui fut durant des décennies galeriste à Genève, travaillant dans un immense appartement de la rue Töpffer. Sa mère s'appelle du coup Danielle Luquet de Saint-Germain. Longtemps mannequin chez Saint Laurent, elle a exposé en 2003 au Musée d'art et d'histoire une petite partie de son immense collection de robes haute couture. «Tempi passati»... C'est aujourd'hui d'Olivier Varenne, 40 ans, dont je vais parler. Il s'apprête à ouvrir aux Bains une galerie, qui formera l'annexe commerciale d'un important musée privé australien. 

Olivier se raconte sans problème. «Je suis un Français venu à Genève quand il avait deux ans. J'ai plus tard fait des études commerciales, puis travaillé à New York.» Dans le monde de l'art, bien sûr! C'était chez Pace, qu'avait alors racheté Wildenstein. Olivier a ensuite passé par la multinationale Gagosian, à Londres. «J'avais en même temps créé, pour mon compte et dans mon loft un autre espace. J'y montrais des œuvres que je n'achetais pas aux artistes, mais que je produisais. Il s'agissait de faire de la recherche, sans peur de sortir des normes" Il y a ainsi eu une sculpture mesurant douze mètres sur quinze mètres. Deux mètres de haut. Olivier développait ainsi des activités commencées enfant, vu le cadre familial. «J'écrivais tout petit à Dubuffet ou à Ben, qui me répondaient.»

Remarqué en Australie 

Une telle ambition a fini par attirer l'attention d'un personnage hors-norme, David Walsh. Le roi du «black jack» et des paris sur les courses de chevaux, si j'en crois mes sources. «David possédait déjà un musée d'environ 600 mètres carré, où il présentait de l'art ancien. Il voulait passer au contemporain.» Après quatorze ans de collaboration, le tandem en arrive aujourd'hui à une nouvelle institution privée, ouverte en 2011, le MONA (ou Museum of Old and New Art), en Tasmanie. Une immense île au large du continent, pour ceux qui ne sauraient pas. Dix mille mètre carrés de surface d'exposition. «J'ai eu une totale confiance de David afin de constituer la partie moderne, qui domine et de loin aujourd'hui la collection.» Olivier voyageait avec une carte de crédit. «Cela a permis d'acheter, bien sûr, mais aussi de faire venir des créateurs et de passer des commandes. Une opportunité rare.» Des noms! Je veux des noms! «Je citerai James Turrell, Wim Delvoye, Pierre Huyghe, Alfredo Jaar, Oliver Beer...» N'en jetez plus, c'est bon. 

Une telle concentration finit par dégager une réelle force d'attraction. Construit pour quelques dizaines de millions dans un style architectural peu conventionnel, le musée est devenu un lieu très visité. «Dans ce pays immense, le monde de l'art reste relativement petit. Les personnes intéressées prennent l'avion pour venir de loin nous voir sans problème.» Il y a aussi les gens du Sud-est asiatique. Les Chinois. Ils ressortent généralement ravis de leur promenade dans ce parc culturel d'un nouveau genre. «Les amateurs sont ici très bon public.» Voilà qui doit rassurer David Walsh, le non-conformiste. Olivier Varenne le décrit comme un homme n'acceptant pas les codes et voulant tout remettre en cause, que ce soit l'amour, la religion, la pensée ou l'art. «Il crée un nouvel intellect autour de l’œuvre.»

Un bureau à Genève

Depuis 2003, mon interlocuteur a monté en Australie de nombreuses expositions. «J'installe désormais mon bureau à Genève. J'aurai pignon sur rue au 2, Vieux-Grenadiers.» Aux Bains donc, dont l'homme n'aime pourtant pas le tam-tam batu quatre fois par an. «Je voulais un espace correspondant aux caractère de l'institution mère. Le MONAD sera bien une émanation du MONA. Il en formera un satellite, comme il y en aura un en Asie.» Il s'agira cependant d'une entreprise commerciale. «L'idée reste de produire des oeuvres et de montrer des gens n'ayant pas encore de galerie.» Premier de la liste Mathieu Briand, 45 ans, qui sera présent dès septembre à la Biennale de Lyon. «J'aimerais montrer des plasticiens que l'on voit peu. Mon idée n'est pas d'aligner sagement de petits tableaux, mais plutôt de donner à voir des pièces dérangeantes.» Une politique à hauts risques. «J'ai un réseau, mais j'ignore si les collectionneurs vivant ou passant par Genève sont prêts.»

L'espace est bien connu. Ce fut celui de Tracy Müller, puis de Laurence Bernard. «L'endroit me paraît parfait. Assez grand. Du charme. Une belle lumière naturelle. Et puis j'aime l'idée de me retrouver près des Puces, où j'ai fait adolescent mes premiers achats.» Olivier Varenne l'a finalement préféré à celui d'Art & Public, que reprend en septembre Laurence. Rocade immobilière. La première manifestation de MONAD est annoncée pour novembre, dans le cadre du Week-End portes ouvertes que les Bains ont hérité de la défunte AGGAM (Association genevoise des galeries d'art moderne). On parle aujourd'hui du Week-end d'art contemporain. L'adjectif «moderne» fait désormais vieux.

Débuts en novembre 

Pour l'instant, il subsiste paradoxalement un petit problème... de porte. Celle-ci n'est pas assez large pour permettre à une œuvre prévue de rentrer. «Nous avons pensé, pour l'ouverture, à deux pièces iconiques. Il y aurait «Le socle du monde», conçu en 1961 par Piero Manzoni. Un classique de l'art contemporain. Nous voudrions l'associer à une création nouvelle de Conrad Shawcross, un Anglais de 40 ans que j'apprécie, et dont nous avons financé beaucoup d’œuvres.» Il n'y aurait donc, si je sais bien calculer deux choses seulement à voir les 11 et 12 novembre. «Exact. Deux en tout, mais importantes. Point final.» Point final de l'article pour moi aussi.

P.S. ajouté le 21 septembre. Patatras! Tout vient déjà de changer. La galerie n'a pas plu à David Walsh, ni le Quartier des Bains, vient de m'écrire Olivier Varenne. L'Australien veut un espce "plus rock and roll" pour MONAD. Une affaire à suivre... L'article que vous venez de lire est historique.

Phot (DR): Olivier Varenne, qui revient donc à Genève.

Prochaine chronique le mercredi 20 septembre. Cérmaique contemporaine japonaise à la Fondation Baur. 

 

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