Mitterand Edward

CO-FONDATEUR DE LA GALERIE MITTERRAND + CRAMER

Après des études d'économie et d'histoire de l'art, Edward Mitterrand a débuté sa carrière avec l'organisation d'expositions publiques de sculptures monumentales pour les villes de Rio de Janeiro, Sao Paulo, Vancouver, Kaoshiung, Luxembourg… En 2000, avec son associée Stéphanie Cramer, il inaugure leur galerie de la rue des Bains avec une exposition de Jean-Michel Basquiat, avant de co-créer l'année suivante avec deux autres galeristes voisins l'Association du Quartier des Bains, qu'il préside aujourd'hui. A partir de 2008, Mitterrand+Cramer édite des objets et du mobilier avec certains des designers contemporains les plus reconnus. A ce titre, ils seront acceptés par les grandes foires de design comme Design Miami.

A presque 45 ans, Edward est aujourd'hui concentré sur le conseil aux acheteurs et aux collectionneurs en matière d'art contemporain, mettant ainsi à profit 15 ans d'expérience et les relations privilégiées que son associée et lui-même ont forgées auprès des meilleures galeries dans le monde entier.

Genève mérite aussi le luxe de la contemporanéité

A chaque fois que je partage mes inquiétudes au sujet de Genève, c’est toujours la même chose. Dès la première complainte, j’ai droit au même ultimatum vexé, « like it or leave it » (je ne traduis pas, après tout les lecteurs de Bilan sont forcément bilingues). La loi du village est brutale pour les immigrés au patronyme un peu voyant (rose).

J’ai pourtant la faiblesse de croire que la meilleure façon d’aimer, c’est de critiquer, de proposer et parfois d’agir.

Sauf en amour évidemment puisqu’en la matière un haut niveau d’exigence est souvent mal vécu …

La plupart des locataires de la rue du Rhône comprendront sans doute mal ces quelques lignes exigeantes et rageusement résistantes (je déconseille au lecteur toute tentative de prononciation à haute voix). (Frankenstein, né en 1818 à Cologny)

En effet, un rapide sondage auprès de mes amis concernés démontre qu’ils sont persuadés qu’il n’existe qu’un seul axe routier qui part de Vandoeuvres, emprunte les quais et enfin tourne un peu sèchement à la hauteur de Versace pour finir exactement devant chez Christian Louboutin. Au-delà, il y a Zug et un peu plus loin la place Vendôme.

(Genève axe routier)

La seule évocation de la plaine de Plainpalais suffit quant à elle a les glacer d’effroi. Qu’y a-t-il de plus terrifiant que l’inconnu après tout ? (Plaine de Plainpalais)

Mais pour les autres, ceux qui ont un jour osé s’aventurer au-delà des «Checkpoint Charlie» que représentent le pont du Mont-Blanc et la Place Neuve, ceux qui prennent le train à la gare Cornavin (je spécifie pour mes amis du paragraphe précédent), ceux qui empruntent le pont de la Coulouvrenière et, pour les plus courageux, ceux qui arpentent les Nuits des Bains chaque troisième Jeudi des mois de septembre, mars et mai...

(Checkpoint Charlie - Place Neuve Genève)

A ceux-ci, que leur propose-t-on en matière de luxe(s), de contemporanéité, d’esthétique... (Pont Hans Wildorf, probablement construit entre 1972 et 1983)

de passions, de prouesses créatrices... (Gare Cornavin et ses "aménagements" TPG)


d’aménagements urbains…? (Quai Wilson - Exposition internationale de pancartes)

En admettant que la théorie de Mandeville soit vraie, contre l’avis de Rousseau, et «... qu'une société ne peut avoir en même temps morale et prospérité et que le vice, entendu en tant que recherche de son intérêt propre, est la condition de la prospérité »,

alors les Pâquis ne devraient-ils pas offrir un autre visage ? (Guggenheim Bilbao - Frank Gehry)

Ou bien au contraire, la figure de l’honnête homme, du « well-bred man », du « man of taste » ou de l’homme de goût   dont la sensibilité est éduquée, est-elle constitutive de certains rites de sociabilité où le luxe et l’art font partie d’un mode de vie civilisé ?

Il n’existerait pas, à cet égard, de séparation entre économie, art et culture: le raffinement matériel et culturel serait constitutif de la politesse ou de la «civilisation». Pourtant, à l’instar des années précédentes, le moins bon résultat (Nation Brands Index) enregistré par la Suisse en 2010 a trait au critère Culture et patrimoine culturel, pour lequel elle occupe le vingtième rang mondial.

Gageons que ce ne sont ni Lausanne , ni Bâle , ni Zurich ni Ugo Rondinone ni John Armleder , ni Fischli et Weiss qui plombent le classement.

Mais alors, serait-ce possible que le jet d’eau et l’excellence horlogère ne soient pas à eux seuls en mesure de soutenir la comparaison entre l’image perçue de l’extérieur et la réalité vécue, à l’heure où les trois autres acquis iconiques (propreté, sécurité, secret) ont été abandonnés au profit désormais exclusif de la principauté monégasque?

(Le village du prisonnier - propre, sûr, secret)

Devons-nous seulement fêter nos accomplissements, qu’ils soient contestés … (La Praille - performance architecturale et urbaine - Mark Müller)

… Ou bien incontestables ? (Sylvie Fleury - Neon Parallax - Plaine de Plainpalais)

Ne devrions-nous pas plutôt proclamer notre autocritique pour mieux préparer l’avenir?

Je veux et j’exige des Pritzker Prize, des Gherkin buildings, des Nolitan hotels, des ponts Lémanesques, d’immenses Louise Bourgeois, des ballets de Forsythe, une gare (pas un abribus), des boutiques « tendance » qui disent « merci » même si on y achète jamais rien, des restaurants sur le lac (pas des buvettes)...

 

 

 

 

 

 

 

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