Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Mayodon et Metthey, deux grands céramistes à la Corraterie

Crédits: Galerie Latham, Genève 2017

S'il y a filiation, c'est par correspondance de style. André Metthey (1871-1920) et Jean Mayodon (1893-1967) ne se sont physiquement jamais rencontrés. Et pourtant! La chose aurait été non seulement possible, mais vraisemblable, et pour tout dire souhaitable. Les deux hommes exerçaient un métier assez peu répandu, la poterie. Ils vivaient tout les deux à Paris. Leurs recherches allaient enfin dans le même sens, comme les Genevois pourront bientôt le constater à la Corraterie chez Lionel Latham. Le galeriste exposera une quarantaine de leurs pièces dans sa galerie du 7 au 18 novembre. 

Fils d'un tailleur de pierres bourguignon, Metthey s'est lancé en autodidacte après avoir été sculpteur ornemaniste, une profession que l’exubérance architecturale de la fin du XIXe siècle avait largement répandue. Il a construit ses premiers fours lui-même. Le débutant y cuisait des pièces qu'il avait émaillées dans un style influencé par la Perse, avec ce que cela supposait de couleurs et d'arabesques. Metthey a certes donné des pièces monumentales, comme le vase que Lionel Latham a placé dans sa vitrine. Mais il avait le goût du détail. D'où une certaine surcharge. Ses œuvres les plus séduisantes restent ainsi de petite taille. Le sens des proportions se perd un peu à l'agrandissement. L'idée de préciosité aussi. C'est de la céramique-bijou.

Une Antiquité revisitée 

Mort de tuberculose, après dix ans de maladie, Metthey demeurait un artisan entouré de quelques collaborateurs. Mayodon, qui avait commencé par la peinture, développera plus tard un vaste atelier, notamment à Sèvres. Fasciné par la danse de Nijinski, puis celle (presque sans voiles) d'Isadora Duncan, il a rêvé comme bien d'autres d'une Antiquité revisitée. Résolument figurative, sa céramique rajeunit et colore les vases grecs. Ephèbes et nymphes s'y ébattent en couleurs sous la glaçure brillante et les dorures. Avec lui, les formes restent traditionelles, avec ce que cela suppose de symétrie. Il y a ainsi une véritable amphore chez Lionel Latham. 

Les créations de Mayodon participent ainsi d'un courant né dans la France et dans l'Allemagne des années 1910, une fois retombée la fièvre de l'Art Nouveau. Les décors arcadiens de Roussel, les Picasso ingresques des années 1920, l'architecture officielle en pierre sur âme de béton, la sculpture de Bourdelle, la rythmique de Jaques-Dalcroze font tous partie de ce renouveau classique. Un regain sage qui ne s'éteindra qu'au milieu des années 1950, alors que Jean Mayodon reste encore en pleine production. On imagine bien le gouvernement donnant alors une des ses œuvres à un ambassadeur étranger. Le céramiste avait été officialisé par de nombreuses commandes, entre autre pour ces paquebots de prestige jouant alors en pleine mer les vitrines des métiers d'art nationaux.

Une collection privée 

Ni Metthey, ni Mayodon n'ont jamais été des goûts genevois, explique Lionel Latham. Il semble même douteux que leur production ait été à l'époque en vente chez nous. L'ensemble proposé avec le sous-titre «d'exposition d'une collection privée» est né d'un coup de foudre tardif. Sur une trentaine d'années, un amateur local a regroupé non seulement des céramiques de tailles très diverses, mais des projets dessinés et peints de Mayodon. Ce monsieur fait, comme bien d'autres aujourd'hui, le ménage dans ses achats anciens. En clair, il liquide. Ce qui est ici présenté se retrouve donc à vendre. Gamme de prix très étendue. Mais je rassure vite ceux qui se sentiraient des envies. La grande vogue qu'a connu surtout Mayodon auprès des Américains tend à retomber. Un pur phénomène de mode. Le goût va aujourd'hui à une céramique des années 1950, plus brute. Plus expérimentale. Nul ne sait où il ira demain.

Pratique 

«André Metthey & Jean Mayodon, Exposition d'une collection privée», Galerie Latham, 22, rue de la Corraterie, Genève, du 7 au 18 novembre. Tél. 022 310 10 77, site www.galerie-latham.com Ouvert du mercredi au vendredi de 13h30 à 18h30, samedi de 11h à 13h et de 14h à 17h. Vernissage le 7 novembre de 17h à 20h. 

Photo (Galerie Latham): Une petite coupe de Jean Mayodon, vers 1950.

Ce texte remplace celui prévu sur les colloques universitaires.

Prochaine chronique le mardi 7 novembre. Je vous emmène à l'Elysée de Lausanne.

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