Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/"Lumière!" à l'Athénée sur la Société des Arts, 240 ans d'histoire

Crédits: Société des Art, Genève

Quelques tableaux anciens aux murs. Des documents dans des vitrines. Un lieu intime aussi, aménagé au centre de la Salle Jules-Crosnier. Autour d'une table et de quelques sièges, des panneaux photographiques simulent des bibliothèques d'archives, au premier étage de l'Athénée. La Société des Arts se présente et se représente. Pour quelques jours à peine, elle propose des «incursions» dans ses collections. Pourquoi si peu de temps? «Il a fallu trouver deux semaines libres entre les présentations d'artistes contemporains», explique Etienne Lachat, secrétaire général de l'association. Née en 1776 (comme les Etats-Unis!), cette dernière se veut encore tournée vers l'avenir (1). 

Pourquoi cet accrochage maintenant? Deux cent quarante ans, ce n'est pas vraiment un anniversaire... «Parce que nous nous lançons dans un grand projet», explique Sylvain Wenger, le jeune docteur (en lettres) qui en sera le directeur. «La Société des Arts possède un riche patrimoine.» Il s'agit aujourd'hui de l'inventorier («rien n'a été fait depuis 1935»), de le numériser en partie et surtout de le rendre accessible. Consultable. «Nous ne connaissons même pas le contenu de certaines liasses de documents, qui possèdent encore leurs ficelles d'origine.» Pour l'instant, l'institution tâtonne en cas de demandes. «Certaines personnes savent où se trouvent les choses, mais on ne peut pas toujours les déranger et elles prennent inévitablement de l'âge.»

Un coup de projecteur

Or la Société ne dispose pas que d'un patrimoine matériel, dont 8000 estampes et dessins déposés au Musée d'art et d'histoire. «Certains pans de nos collections ne sont certes plus de notre ressort, puisqu'il y a eu les confiscations du gouvernement radical en 1851, mais il reste énormément de documents, de livres, de photos et de correspondances», explique Sylvain Wenger. Une véritable archéologie du savoir est à entreprendre, «d'autant plus que l'histoire de la transmission des connaissances devient à la mode.» Mon interlocuteur ne vient-il pas de soutenir sa thèse sur les institutions du savoir, formelles et informelles. Et que sont ces dernières, au fait? «De choses qui ont beaucoup compté pour la Société des Arts: les visites, les voyages ou les conférences.»

En complément à l'actuelle présentation, la Société a édité une jolie brochure au titre simple, «Lumière!». Pour Nathalie Hardyn, actuelle présidente de ce cénacle, il s'agit bien là d'un «coup de projecteur». Il éclaire «la mission que s'est toujours donné la Société à travers la diversité de ses activités: promouvoir l'acquisition, la conservation et la production de savoir utile au développement économique et social de la région genevoise.»

Des arts au sens ancien du terme 

Il ne faut en effet pas donner au mot «arts» leur sens actuel. «Jusqu'à l'apparition des classes dans les années 1820», reprend Sylvain Wenger, «il y a chez ses promoteurs une idée commune.» Tout reste imbriqué. L'enseignement du dessin doit profiter à l'industrie. L'agriculture et la culture vont de pair. «La Société apparaît typique du XVIIIe siècle. Sa création arrive du reste peu après celle de la Société économique de Berne, en 1759, et celle de la Society for the Encouragement of Arts, Manufactures and Commerce de Londres en 1754.» Quand les Anglais voudront s'occuper de peinture seule, ils fonderont la Royal Academy en 1768. Une entité séparée. 

Que va-t-il donc se passer après l'exposition actuelle? «Le travail va continuer dans les archives», reprend Etienne Lachat. «2017 sera l'année dans l'ombre.» Les recherches vont bien sûr coûter de l'argent. La commission formée ad hoc compte trois ans avant d'arriver au bout du tunnel. «Nous rédigeons en ce moment un rapport, avant de poursuivre la recherche de fonds.» Notons que certaines bourses se sont déjà déliées, dont celle d'une fondation genevoise discrète au point de ne plus vouloir donner son nom, une manière comme une autre de faire parler d'elle, puisqu'elle reste la seule du genre. «Elle estime que le bruit ne fait pas de bien et que le bien doit se faire sans bruit.» Un dernier écho d'une forme de protestantisme aujourd'hui révolue.

Colloque à la fin du mois 

En attendant l'heure des largesses, deux journées d'étude se dérouleront les 24 et 25 novembre dans les salons de l'Athénée. «C'est ma bonne surprise», commente Sylvain Wenger. «Je ne pensais en organiser qu'une. J'ai activé mon réseau, en demandant à mes correspondants de répercuter l'information. J'ai eu quantité d'offres de communications.» Le colloque, même si le mot ne se voit pas prononcé, s'est du coup internationalisé. Du matin à la fin de l'après-midi, des Suisses, mais aussi des Français, un Italien et une Russe viendront ainsi «Penser/Classer, Les collections des sociétés savantes». Entrée libre. Avec une petite participation pour participer aux repas de midi (www.societedesarts.ch/event/journee-detude-2016/), tout de même. Il sera aussi bien question ce jeudi et ce vendredi de botanique que de physique ou d'industrie. J'ai ainsi noté le titre de l'exposé de Christophe Vuilleumier. Il me semble bien résumer la situation. «Les défis d'un patrimoine confidentiel». 

(1) Celui-ci ne se présente pas trop mal. Il y a les expositions offertes aux jeunes artistes. Le nombre des membres se relève. Environ dix pour-cent de plus par an depuis 2014.

Pratique

«Lumière!», palais de l'Athénée, 2, rue de l'Athénée, premier étage, Genève, jusqu'au 26 novembre. Tél. 022 310 41 02, site www.societedesarts.ch Ouvert du mardi au vendredi de 15h à 19h, le samedi de 14h à 18h. Colloque les jeudi 24 et vendredi 25 novembre dans les salons dès 8h.

Photo (Société des Arts) Quelques-uns des livres qui s'ammoncellent.

Prochaine chronique le lundi 14 novembre. Fang Lijun expose ses céramiques à l'Ariana. Une autre face d'un des plus célèbres artistes chinois actuels.

 

 

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