Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Lionel Bovier veut internationaliser le Mamco

Crédits: Steeve Iuncker Gomez

Autres temps autres mœurs. Pour sa première conférence de presse en tant que directeur du Mamco, le 12 janvier, Lionel Bovier n'est pas négligemment assis sur la table de conférence, comme Christian Bernard. Il se contente d'un siège. Le nouveau venu ne propose pas un show. Il émet juste des idées. «Je ne vais pas parler des heures, comme cela se faisait ici.» L'exercice se limitera à soixante minutes, montre en main. Et, ô miracle, quelqu'un d'autre que le responsable du musée prendra la parole, ce qui ne s'était sans doute jamais vu en vingt ans. Un tiers du temps disponible sera laissé à Paul Bernard, qui assurera les trois expositions de février. 

Tout commence avec un bilan. Il marque à la fois le passage de témoin et le changement d'année. Lionel Bovier adresse quelques fleurs à son équipe. «Elle a su mener à bien tous les accrochages du Mamco, plus les expositions extérieures et celles du Voyageur». C'était une manière de fêter vingt ans d'activités. «Un bel effort pour prouver l'inscription de l'institution dans la ville.» Une petite cité cosmopolite, «mais qui se refuse souvent de l'admettre.» Une Genève où il se passe bien des choses. «Son effervescence dépasse de loin sa taille.» Notons en passant que Lionel Bovier n'a pas joué les pleureuses. Il n'a jamais été question mardi d'argent rare et de culture en lutte.

Quelques mots-clés

La messe n'est pas vraiment dite. «Je viens d'arriver et j'ai juste prévu à votre intention une petite feuille avec quelques mots-clés. Ce sont mes idées de travail.» Tout commence avec la situation actuelle. «Nous avons ici un musée singulier, dont j'ai commencé par suivre la trajectoire comme visiteur.» Le Mamco avait adopté une muséographie différente. Il s'est formé depuis un important fonds. «J'ai donc choisi de parler de collections au pluriel. Il y a notre patrimoine. Mais on parle aujourd'hui partout de mises en commun. Les grandes maisons elles-mêmes y songent. Le MoMA de New York tisse ainsi des liens avec le musée de Lódz, cent fois plus petit que lui.» 

Lionel Bovier va ainsi faire de «l'histoire de l'art (en actes)». «Je vérifierai mes intuitions dans l'espace.» La chose provoquera des modifications dans les circulations du bâtiment. Aux expositions poétiques de son prédécesseur succéderont des «circuits». Une place se verra laissée à l'histoire, avec le «curseur 1965-2004». Il ira de la décennie du grand chambardement à l'émergence du digital. Certains moments se verront privilégiés, comme Fluxus, l'art minimal ou la poésie concrète. «Je planche sur le sujet.» Lionel Bovier brandit à ce moment, unique effet dramatique de la conférence de presse, un petit panneau. Il est écrit noir sur blanc «In course of arrangement».

Partenariats nécessaires 

Le nouveau directeur ne pense pas modifier seulement le parcours, ou le style de présentation, «avec l'équipe actuelle, qui est formidable.» Il y aura une nouvelle manière de penser les accès, «de l'entrée physique à l'entrée digitale». «Ce musée doit surtout devenir le partenaire d'autres institutions, un peu partout. Je me servirai du réseau que je me suis constitué depuis deux décennies.» Aux étages locaux de la fusée Mamco se superposera bientôt un étage international. Il ne s'agit pas d'une rupture. Encore moins d'une table rase. «Je m'intéresse à la continuité du lieu.» Ses éditions, dont s'occupe Thierry Davila, poursuivront donc sur leur lancée. Logique. Lionel Bovier a longtemps été éditeur.

Sur le plan genevois, des collaborations s'imposent immédiatement. L.B. pense au Centre d'art contemporain (CAC), lui aussi logé dans le Bâtiment d'Art contemporain, ou BAC. Les deux institutions se sont longtemps regardées en chiens de faïence. «Elles me semblent pourtant complémentaires. Il y a d'un côté un musée, avec une collection. De l'autre, une Kunsthalle.» Il faut brancher le contact avec la Haute Ecole d'Art et de Design, alias la HEAD. «Cela s'impose d'autant plus qu'elle se profile comme l'école la plus dynamique de Suisse romande, ce qui n'était pas le cas auparavant.» Un ange vengeur passe au dessus de l'ECAL lausannoise. Pour l'international, il faudra attendre 2017. «Un an, c'est le temps nécessaire pour s'associer à des institutions d'autres pays.»

Artgenève, avec Valentin Carron 

Voilà. L'assistance est arrivée au bout. Elle n'a reçu que des pistes sur le futur. Il s'agit maintenant de passer au proche avenir. Il y aura donc trois expositions, dont va parler Paul Bernard. Je pense honnêtement qu'on peut attendre février pour y revenir en sa compagnie. Avant se situera Artgenève, où le Mamco se retrouve invité. L'espace disponible à Palexpo, fin janvier, sera rempli par le Valaisan Valentin Carron. «L'artiste choisira des pièces des collections, qu'il se chargera de mettre en scène.» 

Sur quoi, Lionel Bovier s'éclipse, non pas comme le soleil, mais en toute discrétion. Il lui faut répondre aux questions des journalistes, qui se succéderont dans son bureau, un peu comme chez le dentiste. Je n'en ferai pas partie. Mieux vaut juger sur pièces. Le grand entretien avec Monsieur Mamco se déroulera en juin. Je peux ici me permettre de dire «grand». C'est surtout lui qui parlera.

Photo: Lionel Bovier, qui vient d'entrer en fonction et planche encore sur la suite à donner au Mamco.

Prochaine chronique le jeudi 14 janvier. Les Bains à Genève. La première "nuit" de l'année. 

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