Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Lionel Bovier dirigera le Mamco dès 2016

La décision devait tomber avant Noël, puis avant Pâques. On finissait par se demander si elle se verrait dévoilée avant la Trinité. Il ne semblait pourtant pas difficile de trouver un nouveau directeur pour le Mamco, Christian Bernard prenant sa retraite à la fin 2015. Les bruits allaient par conséquent bon train. Des noms se chuchotaient. Ce fut longtemps celui du Neuchâtelois Marc-Olivier Wahler. Mais, comme la soeur Anne de «Barbe-Bleue», on ne voyait rien venir. Notez que Genève en a l'habitude. La succession du Centre d'Art Contemporain avait duré plus d'un an, avant que le consensus se fasse sur l'Italien Andrea Bellini, ex-château de Rivoli, près de Turin. 

A la mi-mai, je recevais un courriel (parlons français) d'un important galeriste de la place, que j'appellerai P.H. Il m'annonçait que le lauréat était Lionel Bovier. Personne ne voulait confirmer. Je me souvenais de Lionel pour avoir travaillé avec lui à la «Tribune de Genève» dans les années 1990. J'étais jeune alors (1). Lui encore davantage. Il poussait vers le «tout contemporain». Pour tout dire, nous nous étions entendus comme chien et chat. Puis Lionel, qu'on avait déjà connu à l'Espace Forde de l'Usine, s'était envolé pour d'autres cieux. Il avait fondé JRP (comme «Just Ready for Publishing») en 1993, avec Christophe Chérix. La maison d'édition avait pris du poids. Après les ouvrages confidentiels, diffusés en galeries, elle a éprouvé le besoin de trouver ce que j'appellerais un appui statégique. Michael Ringier, comme par hasard collectionneur, le lui avait fourni.

Une énorme maison d'édition

JRP Ringier s'est ainsi retrouvé à Zurich, tandis que Chérix quittait le Cabinet des Estampes genevois pour le Museum of Modern Art de New York. La maison a fêté ses dix ans en 2004, avec un catalogue imposant. Plus de mille titres. Un en moyenne par semaine. De quoi donner le tournis à tout autre que Lionel. Mais, quand on est le fils d'un «psy» et d'une enseignante de français (à ce que j'ai lu dans l'une de ses maigres biographies), on sait gérer. D'autant plus qu'il faut en outre se montrer partout en public, afin de faire partie du milieu. Lionel est ainsi devenu l'une des figures de la «Szene» artistique suisse contemporaine. 

On peut se demander ce qui a poussé cet homme de 45 ans, à postuler pour le Mamco. Rien, apparemment, si ce n'est que le salaire directorial qui passe pour extrêmement bien doté. Il y a en réalité autre chose de tout aussi stimulant: le défi. Il faut continer l'action du «Père», rôle qu'aura joué pendant plus de deux décennies Christian Bernard, sans forcément la prolonger. Lionel prendra sans doute d'autres options. Il sera en tout cas assisté par une autre personne que Françoise Ninghetto. La seconde du Mamco (que j'ai eue, elle, comme stagiaire) prend également tout prochainement sa retraite.

Rencontre à "Art/Basel" 

Quelle impression cela fait-il de retrouver Lionel avec une couronne et un manteau d'hermine métaphoriques? Curieusement du bien. La hache de la guerre est depuis longtemps enterrée. C'est lui qui me reconnaît ainsi (notez que ce n'est pas difficile) à «Art/Basel», début juin. On bavarde devant la Messe. Il confirme la nomination, tout en précisant que les dernières modalités ne sont pas réglées. "C'est toujours très compliqué de réunir tout le monde autour de la même table." Il n'a pas encore envie de parler de son programme. Il me demande surtout de la boucler, ce que j'aurai fait. Puis il part saluer d'autres gens plus «arty» que moi, ce qui fait partie des règles du jeu. De toutes manières, nous aurons à nouveau l'occasion de nous rencontrer. 

Ce n'est évidemment pas encore le moment de tirer une conclusion sur l'action de Christian Bernard, sans qui rien n'aurait été à Genève, ou alors autrement. Il reste encore à parler avant cela de l'acrochage qui vient de commencer au Mamco. Il y aura encore celui d'automne ensuite. Il semble clair que l'institution semi-privée partira assez vite dans une autre direction. Certains misent sur des passerelles avec la Suisse alémanique, au lieu de la France. D'aucuns suggèrent une internationalisation accrue. Il y aura aussi, fatalement, des artistes d'une nouvelle génération. Plus jeunes. Que voulez-vous? Un changement d'ère, c'est aussi un changement d'air. 

(1) Je le reste toujours. 

Photo (Dominic Büttner/Lunax): Lionel Bovier, bien sûr! Après JRP Ringier, le Mamco! 

Cet article d'actualité (un peu revu sur le plan de l'orthographe le 2 juillet, vu qu'il a été écrit très vite et de nuit) remplace une nouvelle fois celui prévu sur la Maison d'Ailleurs d'Yverdon. Il finira bien par paraître. Demain vendredi 3 juillet, je vous parlerai en effet de l'affichiste des années 1930 à 1950 Martin Peikert, qui vient de recevoir son livre.

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