Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Les ventes aux enchères ont repris. Petit topo à mi-parcours

Le temps des ventes de prestige, chez les sœurs ennemies Christie's et Sotheby's, se situerait plutôt en novembre. C'est le moment où reviennent dans les catalogues, comme une litanie, les mots «important» ou, mieux encore, «highly important». Les notices commencent alors à faire des pages et des pages. Mais, soyons justes, le poids des mots reste en général quantitatif. Il faut bien justifier les estimations, souvent gonflées à mort. 

Rien de tout cela à Genève. La saison y a modestement commencé, début septembre, avec la première soirée conduite par Marc Gaudet Blavignac chez Krisal à Carouge. Il y avait avant tout là des objets qui m'ont peu interpellé dans mon vécu, comme on disait dans les années 80. C'était plutôt moderne et décoratif. La vacation semble avoir marché. Il y aura d'autres éditions.

La seconde édition de Genève Enchères

Du 22 au 24 septembre, Genève Enchères proposait sa seconde série de ventes, après ses débuts fin avril. Moins de meubles encombrants, difficiles à vendre. Des estampes japonaises bien colorées du XIXe siècle. Des œuvres érotiques. De la peinture. Plus les inévitables bijoux. «Tout s'est bien déroulé», expliquent Olivier Fichot et Cyril Duval, qui font partie des associés de l'aventure (le troisième mousquetaire étant Bertrand de Marignac). Il n'y a pas eu de record tapageur, mais tout de même quelques lots à cinq chiffres. 

Le trio compte beaucoup sur sa prochaine vente des 8, 9 et 10 décembre. «Nous aurons notamment là un bel ensemble de vases grecs provenant de la villa d'une famille patricienne genevoise.» Laquelle? Je l'ignore. Olivier et Cyril se feraient plutôt couper en fines tranches plutôt que de le révéler. «Nous proposerons également un ensemble de 240 pièces en porcelaine provenant de l'épave du Nankin Cargo.» Le catalogue n'est pas encore clos. Il le sera le 9 octobre. Notons qu'il comprendra des statues de marbre provenant d'un jardin de Cologny, «plus quelques pièces plus rares et plus anciennes comme des griffons ou des lions italiens des XIIe et XIIIe siècles».

L'automne à Prévost-Martin 

En ce moment, les choses se passent à l'Hôtel des Ventes. On peut découvrir rue Prévost-Martin les objets faisant l'objet de vacations les 6, 7 et 8 octobre. «Il nous a fallu jongler pour le catalogue», explique le directeur Bernard Piguet. «Nous devions rendre le bon à tirer à l'imprimeur le jour où nous dispersions le contenu du château de Hauteville.» Il y a là 1669 objets, plus ceux de la vente silencieuse montrés de l'autre côté de la rue. Un ensemble que les visiteurs voient dans un lieu rafraîchi par quelques solides coups de peinture. «Il est clair que nous manquons toujours de place, mais les prix genevois des locaux n'ont de loin pas baissé.» 

Aucune provenance étonnante cette fois, comme Charlie Chaplin, un précepteur carougeois des enfants du tsar ou l'extravagant comte Palmieri. Il s'agit d'un doux mélange. Celui-ci se révèle pourtant réussi. Il y a des choses belles, intéressantes ou simplement amusantes dans tous les domaines. «Nous tenons à cette variété.» J'ai noté quelques bons tableaux de Fantin-Latour, de Dufy ou de Valtat. Plus d'autres que je n'aime pas. Normal. Il s'agit de refléter la pluralité des goûts... et des moyens financiers. C'est indispensable à une époque où le nombre des collectionneurs, même si d'aucuns prétendent le contraire, tend à diminuer.

Archéologie italienne 

Que retiendrais-je de plus spectaculaire? Une superbe commode marquetée des années 1930 de Jules Leleu. La seconde dans le genre passant à l'Hôtel des Ventes (1). Quelques grands vases antiques italiotes, c'est à dire produits en Italie du Sud aux Ve et IVe siècles avant notre ère. «C'est un bel ensemble provenant du regroupement de trois collections anciennes», explique Fabrice van Rutten, qui fit des études d'archéologie avant de sauter avec agilité d'un domaine à l'autre rue Prévost-Martin. «Il s'agit d'objets connus depuis longtemps et ne posant par conséquent pas de problèmes de provenance.» Reste que les amateurs et les musées snobent l'italiote par rapport à l'attique. «Ils n'ont d'yeux que pour les Grecs.» 

L'Hôtel va lui aussi rebeloter en décembre. Ce sera la traditionnelle vente russe, du moins en partie. «Le 7 décembre», complète Bernard Piguet, «nous proposerons des livres anciens.» Là aussi, rien n'est bouclé. Le délai de consignation se situe le 21 octobre. 

(1) La première avait été repêchée par l'Hôtel des Ventes dans un inventaire la qualifiant de «meuble moderne usagé encombrant». Elle avait pulvérisé toutes les estimations.

Pratique

Hôtel des Ventes, 51, rue Prévost-Martin, Genève. Tél. 022 320 1 7, site www.hoteldesventes.ch Visites le samedi 3 et le dimanche 4 octobre, ventes les mardi 6, mercredi 7 et jeudi 8 octobre. Photo (Hôtel des Ventes): Un groupe de six statuettes de Béotie, IVe siècle avant Jésus-Christ.

Ce texte remplace, pour des raisons d'actualité, celui sur l'exposition des portraits florentins à la Cour des Médicis du Musée Jacquemart-André de Paris. Ce dernier paraîtra le dimanche 4 octobre.

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