Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/les nudités du Musée Barbier-Mueller

C'est une fort belle exposition. Ouverte le 23 mai dernier, elle vient de se voir prolongée jusqu'au 28 février, en dépit de la saison froide. Le Musée Barbier-Mueller propose, juste en face de la maison où Calvin est mort en 1564, des "Nudités insolites". 

Pourquoi insolites? A vrai dire, je ne vois pas très bien. Il s'agit là, sur trois étages en comptant la mezzanine, d'un libre parcours faisant franchir les continents et les millénaires. Le grand saut. Il y a loin entre la figure sarde d'albâtre du IIIe millénaire avant Jésus-Christ, en forme de croix, et sa voisine venant de l'ethnie Luluwa du Congo, où elle a dû se voir taillée vers 1900. La maison aime cependant le brassage des civilisations. Et il se trouve toujours un élément commun, lorsque chacun se retrouve nu. Le corps, bien entendu.

Un nouveau livre sur les Batak 

Cette promenade au milieu des chefs-d’œuvre, choisis par Josef Müller, puis par son gendre Jean-Paul Barbier-Mueller, bénéficie d'un autre élément fédérateur, sa présentation. Les fonds aux tonalités de fer rouillé, les éclairages sculptant une seconde fois les statues, la gradation des socles, voilà qui contribue à faire sens. Il n'y a pas que l'art, mais aussi la manière. Tout le monde sait cela, ou gagnerait à le savoir. 

Cette prolongation se voit annoncée alors que Jean-Paul Barbier-Mueller sort un nouveau livre sur les Batak de Sumatra, qu'il aura contribué à à faire connaître internationalement. L'homme aussi sait faire le grand saut. Le Genevois prépare depuis des années un énorme dictionnaire des poètes français de la seconde moitié du XVIe siècle. Plusieurs milliers de pages. Voilà qui eut jadis répondu à la notion d'"honnête homme". Il faut oser s'intéresser à plusieurs choses. Nous ployons aujourd'hui sous le poids de spécialistes.

Mythe de création oublié

Petit et concis, l'ouvrage ne se révèle pas d'une approche facile, en dépit de la clarté de l'écriture. Il est en effet question du "mythe de création oublié des Karo Batak occidentaux". Il en existe donc aussi d'orientaux... Il faudrait déjà en savoir beaucoup pour ne pas éprouver une certaine timidité en s'attaquant à la matière. Rappelons tout de même que Jean-Paul Barbier-Mueller publie sur les Batak depuis 1977. Cela dit, une fois franchies les premières pages, qui constituent comme un rite de passage, le paysage s'éclaircit. Tout se comprend.

Pratique

"Nudités insolites", Musée Barbier-Mueller, 10, rue Calvin, Genève, prolongé jusqu'au 28 février. "Le mythe de création oublié des Karo Batak occidentaux", de Jean-Paul Barbier-Mueller aux Editions Somogy, 114 pages. Photo (Musée Barbier-Mueller): Une céramique précolombienne aux connotations phalliques assez claires. Elle émane de cette civilisation Mochica, qui fait en ce moment à Genève l'objet de l'exposition de réouverture du MEG.

Texte intercalaire.

 

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."