Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Les musées tiennent conférence. Quid de 2015 et de 2016?

C'est une première. Genève a proposé le 22 septembre un «lancement de la saison muséale». Un tour de table comme Lausanne en connaît depuis déjà bien longtemps. Le directeur d'une institution, ou son représentant, avait cinq minutes montre en main, au Musée historique de la Réforme (MIR), pour présenter ses principales expositions à venir. Chargé d'orchestrer cette conférence de presse, Pascal Schouwey prenait et retirait la parole. Une parole que certains ont plus facile que d'autres. Dans un siècle épris d'égalité, il reste comme ça des injustices difficiles à combler. Il s'est même trouvé un intervenant pour lire son texte. Mauvais, mauvais... 

Ce sont les Etats généraux des musées publics et privés de 2012 et 2013 qui ont accouché de cette souris. «Genève offre un large éventail d'institutions. Une quarantaine en tout», déclarait en prologue Sami Kanaan, en charge de la Culture à la Ville. «Le bassin qu'elles arrosent reste tout petit, avec 1,2 million d'habitants, en comptant le tout grand Genève.» Pour le magistrat, il existe au-delà de cette masse de propositions individuelles une dynamique commune, qu'il s'agit aujourd'hui d'accélérer en opérant des synergies et des stratégies communes. «Les musées jouent un rôle fondamental dans un cité international et multiculturelle.» Un musée constitue «une expérience à la foi personnelle et collective». Les échangent «peuvent ainsi se faire autour d'une thématique.»

Des musées à la fois patrimoniaux et innovants 

Vous trouvez cela abstrait? C'est qu'on théorise beaucoup, dans le document annexe remis aux journalistes: «Concept & stratégie 2015-2020». Son lecteur découvre ainsi qu'«affirmer le rôle des musées dans les réflexions sur la société contemporaine» l'emporte sur «interpréter le patrimoine». Le discours officiel patine en effet. D'un côté, on nous explique que ces lieux, en partie de mémoire, restent un élément de stabilité dans un monde en constante mutation, un peu comme Elizabeth II à Buckingham. De l'autre, il leur faudrait constamment se mettre au goût du jour. Les musées devraient ainsi devenir ou rester «engagés», «innovants», «pertinents», tout en constituant «des centres de référence» et en «pensant le monde». Penser le monde? Lourde responsabilité! Je n'aimerais pas être à leur place. 

Mais revenons au Musée de la Réforme. Quinze lieux se voyaient représentés. Les principaux. On peut cependant se demander s'il ne serait pas bon d'y voir les autres, qui connaissent parfois des problèmes. Pourquoi pas le Centre de la photographie? Quelle raison a le Centre d'Art Contemporain de briller par son absence (1)? Le Petit Palais, en veilleuse, voire en sommeil profond, existe-t-il encore ou non? Ce sont là des questions qui interpellent. Moins toutefois que celle de la fermeture du Musée d'art et d'histoire le 31 décembre 2015. J'ai posé la question à Jean-Yves Marin, qui ne m'a répondu ni oui, ni non. Mais il est Normand (2). A trois mois de cette échéance, il devrait pourtant savoir (3). Il va là de la crédibilité de Genève, qui entend paradoxalement largement communiquer «urbi et orbi», comme dirait le pape François.

Frankenstein et Cartier oubliés

Autre couac, il ne s'est pas parlé au MIR de nombreux événements attendus. Le grand projet de Sami Kanaan pour 2016, on le sait, est une année Frankenstein, Mary Shelley ayant enfanté le monstre sur les bords du Léman en 1816. Pas un mot sur Frankenstein. Le Musée Baur a oublié de même son partenariat avec Cartier pour une «Asie rêvée». C'est court, cinq minutes... Le programme du Mamco s'est, lui, volontairement arrêté au printemps. L'arrivée au pouvoir de Lionel Bovier peut tout changer après l'ultime épisode des «histoires infinies». Il n'est même pas sûr que Le Voyageur, petit musée itinérant, actuellement à Collonge-Bellerrive, poursuive sa route. 

Restent les annonces. Impossible de toutes les donner. Comme nous sommes ans un monde injuste, je vais participer aux inégalités de traitement. Je vais procéder à un choix de dix manifestions se déroulant fin 2015 ou en 2016. Suivez le guide, même s'il n'a pas de casquette. L'article se trouve une case plus bas dans le déroulé de ce blog.

Photo (Steeve Iuncker/Ville de Genève): Sami Kanaan, qu préside à la Culture (et donc aux musées) en Ville de Genève.

(1) Pour le CAC, j'ai la réponse de l'organisatrice de cette conférence de presse. Il n'a tout simplement pas réagi.
(2) On parle toujours de "réponse de Normand" quand rien n'est dit ni dans un sens, ni dans l'autre.
(3) Une personne est venue me voir à l'issue de la CP. Elle ma dit que Sami Kanaan lui avait affirmé que le Musée d'art et d'histoire ne fermait pas le 31 décembre. Mais je ne fais que rapporter la chose...

Prochaines chroniques le mercredi 23 septembre. Maurice Barraud à Morges. Georges Schwizgebel en l'Ile. La Fondation Baur.

 

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