Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Les musées qui ont su plaire en 2015 et les autres. Parlons chiffres.

Crédits: Jonathan Watts, MEG, Genève

Les musées genevois ont donné leurs taux de fréquentation de 2015. Espérons qu'il s'agit là des «vrais chiffres». Cette dernière expression, qu'il m'arrive d'entendre, me laisse toujours un peu sceptique. Je vais cependant vous faire mes commentaires. Je me base sur un texte qui n'est pas de moi. Il s'agit de l'article d'Irène Languin paru dans la «Tribune de Genève» du lundi 10 octobre. 

Certains résultats s'y révèlent excellents. C'est comme toujours le cas du Musée d'histoire naturelle, qui caracolait en tête avec 241 000 visiteurs (j'arrondis). Pour 2016, le Muséum dispose d'une carte secrète. Il fêtera en décembre les 50 ans de son installation à Malagnou. Les anniversaires, et les bougies du gâteau qui va avec, font généralement exploser ce que les chaînes TV nomment l'audimat.

MEG et MICR 

Le Musée de la Croix-Rouge et du Croissant rouge voit aussi la vie en rose. Le MICR rénové a reçu 113 000 personnes l'an dernier. Il les doit autant à sa nouvelle muséographie interactive qu'au parcours touristique (assez bien pensant) du côté de l'ONU. Il arrive ainsi en troisième position derrière le MEG, ou Musée d'ethnographie, qui a fait un bon score avec 140 000 personnes. Là, les animations ont beaucoup fait. En 2015, participer à tout ce qui concernait le Japon relevait du plein temps. Et il en va autant cette année pour l'Amazonie, très «porteuse». 

S'il y a des gagnants, il existe forcément aussi des perdants. Le public n'est pas en latex. Il n'a rien de très extensible, en dépit des grands mots des pouvoirs publics. En 2015, la tasse a donc été bue par le Musée d'art et d'histoire lui-même et sa filiale du Musée Rath. Le premier s'est contenté de 110 000 et le second de 23 000 personnes. Un désastre qui devrait se poursuivre, voire empirer, au moment de la lecture des résultats de 2016, même si la modeste exposition du MAH sur les châteaux forts, ouverte début octobre, part plutôt bien. Le Rath n'avait jamais fait aussi mal depuis 1990, et ce ne sont pas les actuelles incertitudes sur son sort (on parle d'en faire un musée de l'horlogerie) qui arrangeront ses affaires à l'avenir.

Stabilités  

La Maison Tavel, qui n'a pas bougé d'un iota dans sa présentation depuis 1986 (enfin si, quand même...) se porte bien. Elle a réussi en 2015 a attirer 69 000 visiteurs, souvent étrangers. Son ascension est lente, mais constante. L'Ariana se maintient, avec 54 000 clients. 2016 devrait ici être bon pour lui dans la mesure où le musée pour la céramique et le verre aura organisé beaucoup de choses en 2016, le Fang Lijun de novembre s'annonçant en plus de portée internationale. Le Mamco, lui aussi, tient bien la route: 69 000 entrées. Une forte progression. On verra en 2017 quelle aura été l'influence sur les courbes du nouveau directeur Lionel Bovier. Moins, plus ou stationnaire?

Du côté des privés (dont le Mamco fait partiellement partie), je n'ai pas les chiffres du MIR, ou Musée international de la Réforme, qui n'était pas encore entré dans sa mauvaise passe en 2015. Je ne dispose pas non plus de ceux du Musée Barbier-Mueller, peu fréquenté, mais d'un renom mondial en matière d'arts extra-européens. La Fondation Baur a connu un bon exercice avec 11 000 personnes (j'ai connu une époque où le nombre tournait autour de 4000). La Fondation Bodmer aussi (9000). Mais on sait déjà que cette dernière a connu une année 2016 triomphale, pour une institution pour le moins pointue, grâce à son Frankenstein. Fin septembre, elle totalisait déjà 14 000 visiteurs.

La bonne réputation 

Que dire de tout cela? Qu'il y a des pointes dues à des sujets d'exposition bien choisis. Mais aussi qu'une réputation (bonne ou mauvaise) se bâtit sur le long terme. Baur, Barbier-Mueller, Bodmer possèdent un vrai rayonnement. Le MEG a ses "fans", voire son "fan club*. L'Ariana fait parler de lui en bien. Le MAH un peu moins... Les animations, l'accueil des publics, les efforts consentis pour la jeunesse sont certes importants. Ils assurent le futur. Mais je crois surtout qu'un musée séduit, ou non, par sa dynamique. Son énergie. Il y a ceux qui donnent envie d'être revus et ceux à qui on dit adieu pour le plus longtemps possible, un peu comme à certains parents éloignés après les fêtes de Noël.

Photo (Jonathan Watts, MEG): Quelques plumes pour les "Couleurs d'Amazonie" du MEG, l'une des manifestations phares genevoises de 2016.

Texte intercalaire.

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