Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Les musées ont tenu leur conférence annuelle. Tout va bien!

Crédits: Ville de Genève

Et de deux! Pour la seconde fois, les musées genevois ont tenu leur conférence collective d'annonce de saison (1). Il y avait là les petits et les grands. Les publics comme les privés. Bref, tout le monde. Voilà qui faisait beaucoup de directeurs et de directrices au micro. C'est pourquoi le modérateur (Pascal Schouwey) leur comptait sévèrement le minutage. Chacun avait droit a un coup de cœur dans sa saison, même si le cœur ne caractérise pas toujours la profession. 

L'an dernier, la réunion se déroulait, à pareille date, au Musée international de la Réforme ou MIR. On sait que ce dernier a explosé en plein vol cet hiver, avec le départ d'Isabelle Graesslé. André Wavre, que je classerais parmi les vénérables, assure l'intérim directorial. Voilà qui tombe mal à la veille des 500 ans du placardage des thèses de Martin Luther en 1517. On ne peut pas dire que l'idée d'imprimer une Bible sur une presse, refaite dans le goût de l'époque, soit d'une originalité transcendante. Le musée doit se repenser.

Une communication désormais commune 

Si la conférence de presse a eu lieu cette année au Muséum, c'est cependant parce qu'il faut varier les plaisirs, et parce que l'institution fêtera le 15 décembre ses cinquante ans sur le site de Malagnou. Les invités avaient donc rendez-vous dans sa nouvelle cafétéria. Je vous rassure tout de suite. Elle reste aussi moche que la précédente. Côté restauration, il y a vraiment les musées de Série A et les autres. On reste ici très, mais alors très loin du Barocco du MAH ou de la galerie de l'Ariana, désormais dépendante de l'Ecole hôtelière voisine. 

Mais j'en viens à l'essentiel du menu. Les grandes annonces. D'abord, les musées genevois ont désormais une image commune, conçue par l'agence Enigma. Rien de bouleversant. La chose se veut explicative, incitative et un brin ludique, puisque la culture doit aujourd'hui faire risette. Des images ont ainsi été prises dans les musées. Afin d'étonner le consulteur du nouveau site commun, elles sont regroupées par d'étranges affinités électives. Un bec d'oiseau, une arme africaine et le profil de Calvin se retrouvent par exemple associés pour attirer l'attention.

Viser l'ensemble de la Suisse 

Cette campagne aidera, selon Sami Kanaan, a trouver d'autres publics. «Les musées genevois restaient mal vendus par la Ville elle-même. Il leur faut, au-delà d'un bassin de population atteignant aujourd'hui un million de personnes, aller à la rencontre du reste de la Suisse, trop négligé.» Le magistrat en charge de la culture y voit un palliatif au franc fort. Notons cependant que les institutions alémaniques et tessinoises, qui faisaient jadis leur «pub»à Genève par voie d'affichage, y ont renoncé. Pas assez d'intérêt des gens du bout du lac!

Pour ce qui est des projets pour 2016-2017, l'assistance a tout appris dans le désordre. La Bodmer passera à Goethe face à la France le 11 novembre, ce qui semble une bonne date. La Fondation Baur a transformé son appartement de fonction en lieu d'exposition pour les donations d'art asiatique. La Bibliothèque de Genève, qui planche sur une présentation permanente, la rodera par une exposition de manuscrits au Landesmuseum. Le Muséum lui-même inaugure dans quelques jours un «block-buster» nommé «Dinosaures». L'Ariana sera «Schnaps & röstis» grâce à la présentation exhaustive de son fonds de céramiques populaires suisses, pour l'essentiel bernoises. Le Musée de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge se penchera, grâce aux affiches placardées depuis 1981, sur le sida. Le Musée d'art et d'histoire parlera des musées du XXIe siècle, dont il espère bien un jour faire partie.

"Effet boomerang" au MEG

Et autrement? Le MEG va vivre un «Effet boomerang» avec les cultures aborigènes australiennes. Le Mamco, qui se redéfinit, exposera prochainement Wayne Guyton. Le Musée des Suisses dans le monde travaille courageusement avec Adelina von Fürstenberg sur «Aqua». Le Musée Barbier-Mueller fêtera ses 40 ans (eh oui, déjà!) avec des expositions hors les murs touchant 23 musées, dont 13 à Genève. Le Musée de Carouge, représenté au Muséum par Nathalie Chaix, son directeur Philippe Lüscher n'allant vraiment pas bien, s'intéressera enfin aux métiers d'art dans la ville sarde. J'ai oublié un ou deux participants. Ma foi tant pris. Ou bien tant mieux. Une institution accessible sur demande préalable comme celui des Nations unies «pour ses raisons de sécurité» me laisse à vrai dire, assez indifférent. Il ne m'a par ailleurs pas semblé avoir vu au Muséum de représentant pour la Maison Tavel (incorporée dans dans les MAH), ni pour le Musée Voltaire (sans directeur actuel), ni pour le Musée d'histoire des Science, qui lui va bien, merci. 

(1) Lausanne tenait déjà de telles conférences dans les années 1990.

Photo (Ville de Genève): Pour Sami Kanaan, les musées genevois doivent désormais intéresser la Suisse entière.

Texte intercalaire.

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