Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Les galeries des Bains font cette fois la part belle aux Suisses

Crédits: Stéphane Dafflon/Galerie Xippas, Genève 2018

Je vous l'ai déjà souvent dit. Le quartier des Bains se rabougrit. Phénomène nouveau, son public tend aussi à se clairsemer. Jeudi soir, il faisait beau après l'averse de l'après-midi. La température se révélait chaude pour la mi septembre. Et pourtant certaines galeries devaient se contenter de leurs habitués. Je veux bien que certaines d'entre elles aient déjà prospecté le terrain la veille en invitant ce que je peine à appeler des VIP. Mais tout de même... Cela dit, dans le Quartier même, il y avait une petite inauguration au Centre d'Art contemporain et une autre au Centre de la photographie, le FMAC procédant lui à un «finissage». Est-ce bien sage, alors qu'ailleurs en ville Alexandre Mottier vernissait et que Genève Enchères organisait une soirée pour annoncer sa vente d'automne? J'oublie sans doute des choses. Le jeudi est devenu diabolique. 

Les membres des Bains font pourtant des efforts. Xippas reprend Stéphane Dafflon. Le Lausannois (1) ne propose cette fois plus des triangles blancs ourlés de tonalités diverses, mais des surfaces colorées. C'est un enchevêtrement de formes géométriques sur des toiles de tous formats. Couleurs primaires, comme chez Mondrian, avec bien sûr du noir et du blanc en prime. Avec leurs aplats, elles pètent sur les murs. L'exercice peut sembler un peu décoratif, mais il retient le regard.

Alémaniques en vedettes 

Un habitué aussi chez Patrick Cramer, qui montre pour la cinquième ou la sixième fois Antonio Saura, mort il y a vingt ans. De la gravure, pour changer. Et souvent en couleurs, ce qui surprend chez ce spécialiste espagnol du noir et blanc. De grandes pièces, format tableau ou presque. Avec parfois du texte. Laurence Bernard, elle, propose Peter Regli. Une première. «La fin de l'été» se compose de grandes toiles abstraites. Elles ne représentent qu'une part de la production de cet artiste alémanique de 59 ans. Regli intervient beaucoup (et depuis longtemps) dans l'espace public de manière éphémère. Il réalise ainsi des «reality hacking», puisque tout se dit en anglais dans le petit monde de l'art contemporain. 

Skopia retrouve pour sa part un habitué, Alex Hanimann. Un autre Suisse-allemand de la même génération que Rengli, puisqu'il a 62 ans. La division de la galerie en deux espaces distincts, séparés par une entrée de maison, permet de montrer deux types de pièces très différents. D'un côté il y a les toiles bien connues utilisant la trame noire et blanche qui caractérisait naguère l'impression typographique. De l'autre des alignements de photos colorées d'oiseaux. Des quantités de volatiles, disposé en bandes superposées. Une nouvelle venue, en revanche, chez Mezzanin. A 30 ans, Marie Bette reçoit sa première exposition personnelle. C'est un HEAD Gallery Prize. La Française, qui travaille aujourd'hui à Arcueil près de Sceaux, a conçu ce qui semble des peaux d'arbre. Autrement dit des écorces. Il s'agit d'un amalgame de cellulose et de papier. Les œuvres sont disposées de façon parcimonieuse dans le lieu. Présentation efficace. Il y a des enthousiastes.

Les lumières de Caroline Tapernoux 

La mise en scène fait comme toujours beaucoup à Andata Ritorno, plongé dans l'obscurité. Caroline Tapernoux a conçu pour la double salle une installation utilisant le mouvement et la lumière. La chose s'appelle du reste «Luminances». L'essentiel se passe au ras du sol. Il y a des éclats intenses dus à l'éclairage. Tout semble bouger. Vibrer. Nous sommes dans le domaine de l'impermanence. C'est à la fois une création et un spectacle. Il y a aussi un effet de style chez Joy de Rouvre. Le Vaudois Sylvain Croci-Torti, qui avait déjà créé un «mural» chez Joy quand elle habitait Carouge, a habillé son nouvel espace de monochromes aux surfaces vibrantes. L'ancien sérigraphiste en a conçu a des petits. Ils se répondent en bleu marine. Il en a également fait d'immenses qui, posés l'un contre l'autre, viennent barrer la galerie en diagonale. Rose shocking, cette fois. Cela s'appelle à tout hasard «When the Horses».

Il y a bien sûr d'autre expositions (ou propositions, comme on dit aujourd'hui) aux Bains. Elles vont de celle d'Art Bärtschi & Cie à celle de Hard Hat en passant par Quark. Notons que le quartier offre aussi des choses plus commerciales. Hors association bien sûr, la Galeries des Bains cartonne ainsi avec des choses tenant en général d'un «street art» revu et corrigé à l'intention des trentenaires friqués. Cette fois, c'est Hebru Brantley de Chicago qui tient la vedette avec des toiles très BD. Cela marche du tonnerre de Dieu en dépit de prix pour le moins musclés (j'ai lu entre 20 000 et 75 000). «Vendu». «Vendu». «Vendu». Et pourtant, nous n'en sommes qu'au vernissage jeudi soir. Que dire? C'est une version rajeunie de ce que peut être Bel Air à la Corraterie. Hebru avait déjà montré ses produits chez Frank Pagès, quand ce dernier détonnait dans la Vieille Ville. Autant dire que nous sommes ici dans un autre monde.

P.S. Je profite de l'occasion pour signaler que l'ancienne arcade de Blondeau au 5, rue de la Muse, a été reprise par Cynthia Odier. Elle va  y installer sa FLUXUM Foundation. Ouverture apparemment le 11 octobre avec "Transwarhol 3,0". La mécène de la danse contemporaine élargit ainsi son champ d'action initié avec Flux Laboratory à Carouge.

(1) Si j'ai insisté sur les origines, c'est pour montrer que cette édition des Bains fait la part belle aux Suisses.

Pratique

Site www.quartierdesbains.ch Les galeries ont toutes leurs heures d'ouverture. Les expositions dont je vous ai parlé ont chacune une durée qui leur reste propre.

Photo (Galerie Xippas, Genève 2018): L'une des toiles de Stéphane Dafflon.

Prochaine chronique le lundi 17 septembre. Photo à Vevey. «Images» a commencé il y a quelques jours.

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