Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Les Bourses d'art au CAC, ou l'académisme 2015

Chouette! Le Centre d'art contemporain de Genève (CAC) montre pour la dix-septième fois les œuvres présentées par de jeunes créateurs locaux pour le Fonds Berthoud et les Bourses Lissignol-Chevalier et Galland. Trois prix que décerne la Ville de Genève, ou plutôt un jury nommé ad hoc. 

Ils étaient quatorze «nominés», comme pour des Césars. Certains participaient en individuel, d'autre sous forme de groupes. Les lauriers sont coupés. Ils ont été remis le 10 décembre. Ne cherchez pas les lauréats sur le site du Centre, qui reste souvent en retard d'un tram. L’exposition elle-même y reste encore annoncée comme «à venir». C'est par celui de la Ville que j'ai appris que le Berthoud est allé à Laura Thiong-Toye et Isabelle Racine. J'ai aussi su que le le premier prix Lissignol-Chevalier-Galland avait été partagé en deux, comme une poire. L'ont reçu Chloé Delarue et Quentin Lannes, le second prix allant au collectif AMI.

Prospectus à la main

Voilà pour le podium. Reste à parler de l'exposition, dont la visite tient de l'ascèse. Elle se tient comme d'habitude sur deux étages, mais ne cherchez surtout pas de cartels. Le CAC a pensé qu'ils resteraient peu lisibles en raison de la présence de nombreuses vidéos. Résultat des courses, le visiteur (une espèce rare ici) se retrouve avec un fascicule conçu par un graphiste, qui fait du reste partie des nominés. J'ai cité Boris Meister. Inutile de dire qu'il se révèle bien plus difficile de parcourir une brochure dans le noir que de déchiffrer des étiquettes, surtout si personne ne vous a expliqué à l'entrée qu'elle comporte un plan. Manque juste la boussole. Dans quel sens le lire, au fait? 

Une fois passé l'agacement devant ces coquetteries, reste à s'attaquer aux œuvres. Beaucoup montrent à quel point la création contemporaine s'est forgée, depuis une trentaine d'années, un véritable académisme que propagent, comme au XIXe siècle, les écoles d'art. On en ressort avec un brevet de conformité, pour ne pas dire de conformisme. Je ne citerais aucuns noms ici, si Chloé Delarue avec sa table de verre et ses écrans, comme Quentin Lannes, grâce à ses vidéos en boucle, ne tombaient au beau milieu de la cible. Difficile de répondre davantage aux normes actuelles.

Tarots géants 

Dans un accrochage par ailleurs très soigné (il règne toujours un élégant esthétisme au CAC), il y a heureusement de bonnes surprises. Les tarots nouveaux (et géants) de Laura Thiong-Toye et Isabelle Racine en font partie. Les duettistes jouent la carte de l'insolite. «Mordre de travers» précède ici «Le trop-plein», «Les trois lacs» ou «Dare-dare». Marion Tampon-Lajariette, qui est une personne déjà très connue (et parfois présentée au Mamco voisin) réussit, elle, comme prévu une installation vidéo pleine de sculptures antiques, «Gorgon Gnomon». J'aime enfin (utilisons la première personne du singulier, après tout, c'est moi qui parle) l'installation céramique, à vocation architecturale, de Benoît Billote, «Thaumasia». Il y a des terres cuites qui sont à la fois là des monuments et des objets. 

Je terminerai en disant que j'ai vu quelque part au Bâtiment d'art contemporain, ou BAC, le poster «La culture souffre». Elle ne souffre pas, mais l'argent est mal réparti. J'y reviendrai. Dans un autre genre, J'ai noté en ville l'affichette «Fonctionnaires, précaires, même combat», ce qui me semble en revanche inacceptable. A-t-on jamais vu un rond de cuir ressemblant à un SDF, même si chacun d'eux n'a pas la chance de se situer au sommet de la pyramide des classes salariales?

Pratique 

«Bourses de la Ville de Genève», Centre d'art contemporain, 10, rue des Vieux-Grenadiers, Genève, jusqu'au 10 janvier. Tél. 022 329 18 86, site www.centre.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. Photo (DR): Marion Tampon-Lajariette, une forte personnalité au milieu de productions ici souvent conformistes.

Prochaine chronique le mercredi 23 décembre. Christoph Blocher montre ses Anker, ses Hodler et ses Giovanni Giacometti à Winterthour.

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