Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE / Les Bains de Charles Weber à "TMfair"

C'était sous la pluie, mais il y avait plutôt de quoi déchanter. Depuis quelque temps le Quartier des Bains connaît un creux, alors que la Vieille Ville remonte. Le jeudi 22 mai, certaines galeries ne présentaient ainsi pas de nouvelles expositions fracassantes. Toutes ne font d'ailleurs pas partie de l'association, soit parce que celle-ci les refuse, soit parce que les cotisations se montrent trop élevées. Si les quelques milliers de francs annuels représentent un pourboire pour certains lieux, il s'agit en effet d'une lourde charge pour d'autres. 

Parmi les choses vues, deux possédaient un caractère nettement rétrospectif. Marie-Claude Stobart s'en va, après vingt-cinq ans d'une activité commencée à trois de l'autre côté de la plaine de Plainpalais. Elle part vivre à Londres. "Mon mari est Anglais et ma fille vit là-bas." Pour Parti Pris, la Genevoise a donc tapissé ses murs de Blancpain, rue des Maraîchers, avec une abondance fort peu art contemporain. Il y a là les œuvres de la plupart des plasticiens qu'elle a montrés, de Jules Spinatsch à Amy O'Neill. Cela fait du monde! (jusqu'au 21 juin, www.blancpain-artcontemporain.ch) 

Tout près de là, Tracy Muller, fête ses cinq ans d'existence propre avec une  réunion de "ses" artistes. "Les gens ne viennent plus dans les galeries. Il vont dans les foires. J'ai donc installé une foire chez moi." Chaque recoin de TMfair porte ainsi un nom de ville: Berlin, Moscou et, tout de même, Genève. On y retrouve donc aussi bien Président Vertut et Gilles Porret que des peintres russes, déjà montrés rue des Vieux-Grenadiers. Tracy ne fait sauf erreur pas partie de l'association...  Voulu festif, l'événement dure jusqu'au 25 juillet. Quand on pense que les foires durent aujourd'hui quatre ou cinq jours... (www.tmproject.ch)

Je vous ai sélectionné quatre choses vues, plus les "sculptures" en porcelaine de Fang Lijun présentées par Pierre Huber à Art & Public (voir article séparé paru aujourd'hui). Suivez le guide. 

Jean Crotti. Il y avait six ans que Pierre-Henri Jaccaud n'avait plus montré Crotti, du moins à Genève chez Skopia. Le Lausannois, qui fête ses 60 ans cette année, revient avec d'autres créations sur papier. Il y a là des impressions uniques sur des feuilles de format A4, pour lesquels l'artiste récuse le terme de monotypes. "Je parlerais plutôt de transferts." Le visiteur retrouve aussi de grands dessins évanescents, exécutés au crayon en s'appuyant sur une projection photographique. Ils représentent comme de juste des adolescents. La thématique n'a pas changé! (Jusqu'au 5 juillet, www.skopia.ch) 

Charles Weber, Lightscapes 2000-2013. Attention! Les photos, qui semblent prises en plein jour sous le ciel de la Grèce, où vit depuis longtemps Charles, sont en réalité faites de nuit. "Il me faut la pleine lune. J'utilise l'éclairage des rues. Le très long temps de pose, qui peut durer dix minutes, me permet d'ajouter avec des torches de couleur les lumières que je veux." Le Genevois donne ainsi des paysages vides, à la beauté surprenante. L'exposition chez Patrick Cramer se double d'une autre présentation, à Hermance, dans la Fondation Auer-Ory. (Jusqu'au 30 juin, www.cramer.ch) Photo illustrant l'article. 

Wallace Whitney, Quelle. Il vient de Boston. Il a 45 ans. Et il fait de la peinture, dont les coups de pinceau, très larges, restent bien visibles. Abstraite, tout de même! Les toiles de l'Américain renvoient ainsi aux années 40 et 50, avant le pop, le minimalisme et les installations en tous genres. "Je constate un rejet de ce qu'ont été les courants majoritaires aux Etats-Unis", déclare Bernard Ceysson, qui présente l'homme dans son espace genevois. Signalons à ce propos que le Français ouvre une nouvelle galerie, énorme, à Luxembourg. (Jusqu'au 12 juillet, www.bernardceysson.com)

Oriol Vilanova, Renoncer à te décrire. Le 22 mai ouvrait aussi le Centre d'édition contemporaine, désormais logé rue des Rois dans l'ancienne galerie de Charlotte Moser. L'Espagnol y montre des cartes postales, qui se répètent jusqu'à l’écœurement sur les murs. Il n'y a en effet là que des couchers de soleil, poncif photographique s'il en est. Le parcours avance selon un savant dégradé, qui se termine en noir et blanc. Certains éditeurs ont en effet tapé très fort dans la couleur, pour rendre des lieux supposés paradisiaques encore plus attirants. (Jusqu'au 11 juillet, www.c-e-c.ch)

Prochaine chronique le mercredi 4 juin. A Paris, du côté du Musée du Quai Branly.

 

 

 

 

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