Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Les 6000 signatures contre le MAH sont déposées

«132 millions pour un musée et un restaurant de luxe, Non!» «Offrir un musée un musée à un milliardaire pour 99 ans, Non!» Les participants au petit rassemblement venu marquer la dépose des signatures d'opposants au projet Gandur-Nouvel auprès du Service des votations et des élections, vendredi 10 juillet à 15 heures, avaient le choix entre deux pancartes. On aurait pu en imaginer une troisième, qui aurait constitué un vote de défiance vis-à-vis de l'équipe dirigeante actuelle du Musée d'art et d'histoire (MAH), mais elle n'avait pas été prévue. 

Ce sera Erica Deuber-Ziegler qui mettra ce sujet peu abordé dans la campagne politique sur le tapis (en l’occurrence le macadam devant le 25, rue des Acacias). L'animatrice d'Action Patrimoine Vivant rappellera qu'une telle institution constitue un instrument scientifique au service de la mémoire collective. «Un instrument dans lequel une population, en partie seulement d'origine locale, peut se retrouver.» Or on sait que les scientifiques tendent à devenir minoritaires au MAH, pris entre les médiateurs, les comptables et les communicants. Je vous expliquais aujourd'hui même (voir article publié plus bas) à quel point l'idée d'un catalogue des peintures italiennes et espagnoles du musée intéressait peu les têtes du Pôle beaux-arts.

La carpe et le lapin

Je vous ai déjà annoncé mardi soir l'heureuse clôture de la récolte de signatures. Une récolte rendue difficile par la saison des vacances, le peu de temps imparti et la limitation aux habitants, dotés bien sûr du droit de vote, du territoire de la seule commune de Genève. Un peu plus de 6000 personnes ont signé, alors que le chiffre requis est de 4000. Le dépouillement risque d'en retrancher un certain nombre. La prudence s'imposait donc. Les orateurs, allant de Tobias Schnebli de solidatitéS-Ensemble à Gauche, à Jacques Pagan de l'UDC, en passant par Robert Cramer de Patrimoine suisse Genève ont tous parlé de «voix de la rue». Une voix jusqu'ici plutôt muselée... 

On le voit par l'énoncé des orateurs. Il s'agit du mariage de la carpe (mais une carpe qui parlerait) et du lapin (mais un lapin qui ne se défilerait pas). Normal! Toute alliance politique se révèle contre nature. Notons que cette fois les association patrimoniales ont aussi accordé leurs violons. Tous et toutes ne veulent sans doute pas la même chose. Certain(e)s s'intéressent en priorité à la cour du bâtiment, construit en 1910 par Marc Camoletti. D'autres s'indignent du tapis déroulé devant Jean Paul Gandur et de plusieurs propos de ce dernier, pour ne pas parler de l'origine de sa fortune. On peut aussi imaginer que tous ne souhaitent pas le même MAH pour l'avenir.

Une fronde large

L'important ne se situe pas là. Il montre qu'il existe aujourd’hui une fronde contre un projet présenté comme inéluctable, nécessaire et sans alternative possible. Ce plan, venu du haut, est devenu un enjeu politique, économique (par ici les contrats de construction) et, parce qu'il le faut bien, vaguement culturel. Tout a été instrumentalisé depuis 2007, d'un bâtiment ancien présenté comme pouvant s'écrouler d'un jour à l'autre, à l'image de Genève vue comme un nouveau Bilbao, après l'adjonction des plateaux entassés comme des étagères dans la cour par Jean Nouvel superstar. 

Il y aura donc référendum. Pas cette année, bien sûr. On parle de février 2016. Il est clair que des appuis extérieurs risquent de venir d'ailleurs, notamment de Thierry Barbier-Mueller (qui se retrouverait donc avec solidaritéS) . Mais ce n'est pas tout. «Les recours courent toujours», rappelle Cecilia Maurice, l'archiviste de la contestation, qui ne cesse d'envoyer des nouvelles du front. Le premier attaque l'autorisation de construire, en contradiction avec les gabarits d'urbanisme genevois, plus le classement d'un musée AVEC agrandissement, alors que celui-n'est n'est même pas construit. Le second conteste les empiétements d'autorité du Conseil administration sur le Conseil Municipal, qui reste tout de même l'organe législatif. On voit que l'affaire n'est pas terminée. 

Et pendant ce temps-là les travaux, prévus au départ en 1997 comme un simple ravalement de 10 millions, n'ont pas commencé. Photo (Bureau Jean Nouvel): Le plateau supérieur de l'une de multiples versions du projet. Le musée aurait, en haut, un restaurant de luxe, comme Beaubourg possède le Georges.

Texte intercalaire.

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