Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Les 50JPG sous le signe de l'auto-contrôle. Où est la photo?

Crédits: 50JPG

Cela s'appelle «Caméra(auto)contrôle». Il s'agit de l'exposition (autoproclamée) «noyau dur de la triennale des 50 JPG», ou cinquante jours pour la photographie de Genève. Le grand public pourrait s'attendre ici à une floraison de ce qu'on appelle poétiquement le 8e art. Il n'en est rien. Le Centre de la photographie a dérivé sous la direction de Joerg Bader du lieu culturel au laboratoire politique et social. Il lui fallait donc le thème choc. Or qu'y a-t-il aujourd'hui de plus contesté par les uns et de plus passivement accepté par les autres que le filmage perpétuel dans les rues, les moyens de transport ou les lieux publics? (1) On est bien loin, en Suisse, du tollé jadis suscité par «l'affaire des fiches», quand des centaines de milliers de citoyens avaient appris qu'ils étaient contrôlés avec l'aide de leurs amis et voisins... (2) 

Il n'y a donc pas de jolies images au BAC, ou Bâtiment d'Art contemporain de la rue des Bains. Le visiteur se retrouve plongé au milieu des vidéos, des installations et des déclarations. Les artistes ici présentés peuvent (pour la plupart) se voir présenté comme des activistes. J'en citerai quelques-uns comme Jules Spinatsch, Harun Farocki, Rafael Lozano-Hemmer ou Hervé Graumann. Ces gens s'expriment aussi bien sur une bâche de camion (c'est très politique, la bâche de camion) que par le biais de la vidéo ou de caméras en circuit fermé. L'exposition devait déborder, par la présence de bandes issues de caméras de surveillance, dans l'exposition «Révélations» du Musée Rath, où le Centre de la photographie s'est taillé une petite place. L'autorisation de police a été refusée, ce qui conforte Joerg Bader dans son impression de toucher où ça fait mal. La censure satisfait toujours un peu ceux qui la subissent.

"In" et "off" 

Je n'ai rien contre la réflexion du type «agit-prop». Mais il ne faut pas en abuser, comme de toute  chose. Si une exposition comme «Caméra(auto)contrôle» a parfaitement le droit d'exister, il me semble en revanche mauvais qu'il s'agisse là du pivot d'un festival, genre Rencontres d'Arles. C'est repousser vers la périphérie, ici représentée par un trentaine de lieux «in» et «off», la photographie elle-même. Je peine de plus à la voir, cette photo, dans le «in». Sa programmation a un austère goût de biscuit sec. Il faut donc la chercher dans le «off», où se retrouvent aussi bien Vera Lutter (chez Xippas) que Philippe Pache (chez Krisal), en passant par le Mamco (à cause de Larry Johnson) ou de Focale à Nyon (allez donc y voir d'ici le 19 juin Pia Elizondo). Curieux festival photo que celui où celle-ci se retrouve, au propre comme au figuré, marginalisée... 

(1) Joerg Bader établit dans sa présentation un contraste selon lui frappant entre la surveillance universelle et la «street photography», devenue désormais impossible en raison du droit à l'image.
(2) Dénonciations logiques, finalement. Au temps des villages, on vivait bien sous le regard des voisins et dans la crainte de leurs cancans.

Pratique 

«Camera(auto)contrôle», BAC, 28, rue des Bains, jusqu'au 31 juillet. Site général de la manifestation www.50jpg.ch Tél. Centre 022 329 28 35, site du Centre www.centrephotographie.ch Le Centre est ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. 

P.S. Joerg Bader, le directeur demande la publication de la précision suivante. Ses activités ne sont pas payées par Genève, comme je l'avais laissé entendre il y a quelques semaines. Les 50JPG se voient simplement subventionnées par la Ville, comme elles le sont, par ailleurs, grâce à la Loterie romande ou au Fonds cantonal d'art contemporain.

Photo (DR): L'affiche de l'exposition.

Texte intercalaire.

 

 

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