Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Le Salon du livre fera cohabiter Coelho, la Tunisie et l'enluminure

Crédits: Patrick Roy/Salon du livre

«Chic, il y a aussi des hôtesses au Salon du livre», écrivait le 7 avril Thierry Barrigue sur l'un des dessins qu'il traçait en direct pendant la conférence de presse tenue au rez-de-chaussée de l'Athénée. Il faut dire que Claude Membrez, directeur général de Palexpo, venait de rapprocher la manifestation du tonitruant Salon de l'auto. Un coup de klaxon intellectuel. «C'est un événement qui correspond à nos missions qui sont à la fois de générer des retombées économiques pour Genève, d'avoir un impact intellectuel et d'aller vers la population.» Après tout, la voiture constitue aussi une «cosa mentale», comme aurait dit Léonard de Vinci. 

L'édition prévue du mercredi 27 avril au dimanche 1er mai sera la 30e du nom. Comprenez par là que cette foire, car il s'agit tout de même d'une foire, a été créée en 1987. Bien des choses ont changé en trois décennies. Présidente du Salon depuis 2012, Isabelle Falconnier en a rappelé quelques-unes. Le monde a passé de la machine à écrire (parfois électrique) à l'ordinateur, puis à la tablette. Elle aurait pu ajouter que l'offre culturelle romande s'est par ailleurs enflée jusqu'au délire. «Nous avons accompagné cette évolution en considérant qu'il s'est conservé le même besoin fondamental d'écrire et de rendre publiques des histoires.» Je me souviens plus de ce qu'a griffonné Barrigue à ce moment-là. Quelque chose sans doute à même de dynamiter un propos toujours menacé d'auto-satisfaction et de ronronnement.

Hommage à la Tunisie 

C'était le préambule. Bref, comme il se doit. Il fallait laisser la place à l'évocation d'un programme torrentiel. Plus copieux d'année en année. C'était par instants à en ôter l'envie de venir à Palexpo. Il y a un stade où trop, c'est trop, comme dans certains banquets. Sachez cependant que le plat de résistance sera en 2016 une exposition tournant autour de Paulo Coelho, citoyen genevois depuis une dizaine d'années. La totale. Les brouillons, les notes, les archives, l'arc et les flèches, plus les tableaux de Madame Coelho. Le tout servi par Eugène Meiltz et Alexandra Kaourova. Je m'étonne. Je m'indigne presque, comme feu Stéphane Hessel. J'en parlerai avec Isabelle Falconnier, après la conférence. Mais enfin, Coelho, c'est non seulement de la daube littéraire, mais du messianisme de bas étage! «Il faut voir cette présentation comme une coupe sociologique», me répondra-t-elle. «Peu d'auteurs permettent ainsi une présentation en profondeur avec autant de documentation.» On verra donc, en attendant peut-être un «monde merveilleux de Guillaume Musso» pour 2017. 

Il était cependant déjà temps de passer à l'hôte d'honneur de 2016. Il s'agit de la Tunisie, Prix Nobel de la Paix 2015. Son ambassadeur Mourad Bouralha la représente. Il s'agissait pour lui de remercier et de convaincre. Un grand envol traverse les millénaires. Saint Augustin et Tertullien y donnent la main aux penseurs arabes. Le diplomate voit surtout dans l'invitation un soutien au moment où son pays tente le grand saut en passant d'une dictature musclée à une démocratie, que l'on pourrait en plus dire fragilisée par des attentats. Il y sera aussi question d'une littérature souvent francophone. A ce moment, Barrigue envoie sur l'écran un portrait du ministre avec les mots «printemps arabe». Le dessinateur a ajouté une pluie torrentielle...

Margaud liseuse 

Pour lancer ce Salon, où le auteurs se compteront par centaines, de Luc Ferry à Christiane Taubira (mais oui, Christiane est une auteure!) en passant par Cosey et Nancy Huston, il a ensuite fallu aller vite. Il y aura ainsi d'autres expositions. L'une d'elles, organisée par l'abbaye de Saint-Maurice, inversera l'air du temps. Il s'agira d'un atelier d'enluminure, dégagé d'une manifestation plus importante organisée par le plus vieux monastère d'Occident. «Une sorte de spin off», explique Isabelle Falconnier. C'est qu'il faut penser au nouvelles générations! Le public de l'Athénée a ainsi eu droit à une vidéo de Margaud liseuse. J'avoue m'être ennuyé ferme après trente secondes. Mauvais signe, quoique... Barrigue a demandé par trait interposé s'il existait aussi une version de la vidéo en français. «Ces communautés de jeunes critiques littéraires aident à renouveler notre public», a expliqué dame Falconnier. 

Un mot encore sur Le Cercle. Ce groupement ancien (il remonte au XIXe siècle) bénéficiera d'une nouvelle architecture avec plein de kiosques, comme dans les villages (sic!). Il pourra ainsi proposer sa propre programmation à son rythme. La presse, notamment satirique, trouvera sa place ailleurs. «Peut-on rire de tout ou ne peut-on plus rire de rien?». Il y aura trois journées de débats pour les visiteurs disposant de journées de 48 heures. On remettra enfin des prix. Metin Arditi a du coup bondi du public, comme un diable sortant de sa boîte. Le Prix du Salon, dont s'occupe aussi Isabelle (qui de toute manière a un œil sur tout grâce à des jours qui sont, eux, de 72 heures) a été "coupé en deux cette année", annonce Metin. Il s'agissait de couronner (enfin!) des Romands et non plus simplement des romans. Douna Loup et Florian Eglin se partagent les honneurs (et l'argent). La suite dès le 27 avril au matin! Tâchez de prendre un peu de repos d'ici là.

Pratique

Salon du Livre, Palexpo, Grand-Saconnex, du 27 avril au 1er mai. Site www.salondulivre.ch Ouvert du 27 avril au 1er mai de 9h30 à 19h, le vendredi 29 avril jusqu'à 21h30. Gratuit le mercredi et le vendredi dès 17h.

Un livre très illustré pour le "30e!"

Il fallait marquer le coup. Des auteurs suisses, d'Alain Bagnoud à Jean Ziegler, mais aussi étrangers (David Foenkinos, Douglas Kennedy...) ont donc pris la plume. Ils ont raconté en quelques paragraphes leur Salon, avec parfois beaucoup de fausse modestie. Je pense notamment à Laurence Deonna et à l'insupportable Roland Jaccard. Il y a cependant là des notations amusantes. Le meilleur de l'ouvrage est cependnt dû à l'illustration. Fred Merz a réussi une bonnes photos en couleurs de la manifestation, sortant du cadre convenu. C'est l'occasion de dire ici que depuis l'arrivée d'Isabelle Falconnier, la manifestation se soucie enfin de son image, au sens propre. Graphismes et décors sont désormais soignés. Il semble loin, le temps où le Salon du livre et de la presse avait les affiches les plus laides de Suisse!

Pratique

"30e!", Salon du livre et de la presse de Genève, coédité par la Fondation pour l'Ecrit et Slatkine, 184 pages.

Photo (Patrick Roy/Salon du livre): Le Salon 2015. Les choses ont bien changé epuis la première édition de 1987.

Ce texte remplace celui sur "Sains et saufs" au Mudac, qui se voit repoussé au jeudi 14 avril.

Prochaine chronique le samedi 9 avril. "Carambolages" au Grand Palais de Paris. Le prototype d'exposition dite "novatrice" qui se solde par une catastrophe.

 

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