Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Le Musée de la Réforme a déjà 10 ans

L'anniversaire réel tombe le 15 avril. L'exposition actuelle se termine le 1 février. Que faire? Anticiper l'événement, bien sûr! «1814, Première genevoiseries?» mérite bien un rappel. Et puis, c'est durant tout 2015 que le Musée international de la Réforme fêtera ses dix ans. Une éternité, de nos jours... Bien des choses ont d'ailleurs changé depuis l'ouverture en 2005. Le point avec la directrice Isabelle Graesslé. 

Un peu d'histoire, pour commencer.
C'est une histoire à la fois très lente et très rapide que celle du musée. Olivier Fatio, qui travaille vite, a monté l'institution en trois après avoir pris une retraite anticipée de la Faculté de théologie. Il a réussi à nous installer à côté de la cathédrale. Le projet remontait cependant à la fin du XIXe siècle, né grâce à des gens comme Guillaume-Henri Dufour. Les premiers objets ont alors été collectés, comme on dit en ethnographie. Il s'est ensuite construit une Salle de la Réformation, démolie il y a une quarantaine d'années. Elle comportait un petit musée. Celui-ci s'est vu mis en caisse quand la Société des Nations (l'ancêtre de l'ONU, NDLR) s'est provisoirement installée là en 1919. Il fallait faire en endroit pour le standard téléphonique. Place à la modernité! 

Il y a donc eu un long entr'acte.
Oui, mais l'idée ne s'était pas perdue. Le pasteur Max Dominicé, qui était le secrétaire de l'église protestante de Genève, autrement dit une sorte de pape, a voulu créer un vrai musée en 1959. C'était l'année des 400 ans du Collège et des 450 ans de la naissance de Jean Calvin. Les hôtes étrangers s'étonnaient du peu de place fait à sa mémoire. Comment se faisait-il que le grand homme n'ait pas son institution? L'initiative n'a pas abouti. Elle a été en quelque sorte léguée à Olivier Fatio, qui l'a mise en veilleuse le temps de sa carrière de professeur. 

Le MIR s'est donc ouvert dans l'ancienne Maison Mallet. Comment sentez-vous, Isabelle Graesslé, son évolution depuis dix ans?
Nous racontons maintenant une histoire du protestantisme conduisant jusqu'à nos jours. En 2010, nous avons aménagé pour ce faire le sous-sol. Il fallait que les visiteurs puissent relier un passé lointain avec le présent le plus actuel. Les gens ont besoin de clés pour comprendre. Du «Réveil», qui a des origines genevoises au tout début du XIXe siècle, sont ainsi nées les églises évangélistes américaines. De minoritaires, celles-ci tendent à devenir majoritaires. Il fallait l'expliquer, en faisant même une place au créationnisme, doctrine qui me semble aberrante. Mais, comme le rappelle Olivier Fatio, nous ne sommes pas là pour nous faire plaisir. Nous devons refléter les différents modes de pensée. Il nous faudrait du reste une fois monter une exposition sur un sujet aussi controversé que les missionnaires. 

Vous avez donc aussi créé des expositions temporaires.
Eh oui! Nous pensions au départ à une présentation permanente. Se sont greffées des présentations axées sur des thèmes d'essence religieuse. Nos collections n'y suffisaient pas. Des emprunts s'imposaient. Il a fallu prouver notre crédibilité sur le plan muséographique. Nous avions besoin d'objets provenant de grandes institutions internationales. Notre sérieux devait se montrer à la fois intellectuel et pratique. Les conditions de prêts deviennent aujourd'hui draconiennes, surtout pour les œuvres sur papier. Nous devions aussi montrer notre capacité d'attraction. L’exposition Calvin, en 2009, a été le grand test. Nous sommes parvenus à faire venir 40.000 personnes en six mois. Sur le plan européen c'est peu, bien sûr, mais nous restons tout de même un petit musée privé. 

A ce propos, vous ne touchez pas de subventions.
Trois musées privés genevois en bénéficient: la Croix-Rouge, Bodmer et le Mamco. Nous avons obtenu deux aides ponctuelles du Département de l'Instruction publique pour accueillir des classes. Cela dit, j'aimerais bien bénéficier des subsides. Nous attend en 2017 la grande exposition sur les 500 ans de la Réforme de Luther en Allemagne, que je prépare depuis un certain temps. Elle va fatalement coûter cher... Pour le moment, je n'ai que des mécènes. 

Olivier Fatio disait l'autre jour qu'il fallait aussi présenter différemment les chose au public actuel.
C'est vrai. Je ne dis pas que les gens savent moins de choses, mais le sens de nombre d'entre elles se transforme ou disparaît. Je pense bien sûr au mot «réforme». Il fait aujourd'hui penser aux innombrables réformes scolaires ou fiscales alors qu'il s'agit chez nous de tout autre chose. N^hésitons donc pas à prendre les visiteurs par la main. A lui expliquer les rapports qu'hier entretient avec aujourd'hui. A lui montrer que les conflits du XVIe siècle, finalement résolus, peuvent évoquer les affrontements entre chrétiens et musulmans. Il faut faire appel à l'intelligence, en pondérant les choses. Ce ne sont pas les valeurs qui se perdent en ce moment, mais leur échelle. Les sens aussi doivent se voir éprouvés. Il est bon de susciter parfois des émotions. 

Les projets de 2015.
Tout n'est pas défini. Nous aurons une coproduction avec le Mamco. Art contemporain donc. Elle proposera du 29 avril au 29 octobre quatre artistes utilisant la photographie. Le thème sera l'architecture religieuse, conçue dans ce but ou non. Ce sera très spécial. Très différent. Un peu déstructurant, je dois dire. «Le Ciel devant soi» devrait nous aider à sortir de notre image, qui reste un peu guindée. Nous faisons toujours un peu peur...

Pratique

Musée international de la Réforme (MIR), 4, rue du Cloître, Genève. Tél. 022 310 24 31, site www.musee-reforme.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h. L'exposition «1814, Premières genevoiseries?» dure jusqu'au 1er février. Photo (MIR): Le logo des ans ddu musée.

Prochaine exposition le mercredi 28 janvier. Paris fêtes les livres d'images conçus par Frédéric Pajak. Place aux "Cahier dessinés".

 

 

 

 

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