Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Le Musée Baur montre les photos des reliefs de Borobudur

Crédits: Caroline et Hugues Dubois/Fondation Baur, Genève 2018

Ouvert au public en 1964, le musée de la Fondation Baur était au départ voué à la Chine et au Japon, avec un strapontin coréen. Il a peu à peu agrandi son champ d'investigations avec l'Inde ou l'Himalaya. Le panorama asiatique se complète aujourd'hui avec l'Indonésie. «Borobudur, Joyau de l'art bouddhique» amène en effet le visiteur à Java, où se trouve ce complexe cultuel érigé entre le VIIIe et le IXe siècle. Un haut-lieu à la fois spirituel et touristique. Les deux choses ont du reste toujours fait bon ménage, même si le contexte s'est souvent laïcisé. Le pèlerinage relève autant du voyage tout court que de l'itinéraire spirituel. 

Si le public se retrouve ainsi à Borobudur, c'est grâce à Caroline et Hugues Dubois. Les deux Belges en ont photographié les bas-reliefs, ou du moins une partie. Les 1300 scènes taillées dans la pierre représentent, additionnées, deux kilomètres et demi de sculptures. Les Dubois n'ont pas cherché la facilité. Non seulement ils déplaçaient un gros matériel, mis il ont choisi la clarté lunaire pour prendre leur images. Et pas n'importe lesquelles! Il s'agit d'une superposition de six clichés représentant globalement 450 millions de pixels. J'avoue que le chiffre demeure abstrait pour moi. Mais il semble difficile de parvenir à davantage de netteté, même si je vous parlais à quelques mois des photos réalisées au XIXe siècle par Adolphe Braun avec des négatifs de verre colossaux.

Une troisième dimension 

L'impression dégagée par ces clichés, que le visiteur du musée découvre réduits de moitié vu l'exiguïté des lieux, est celle d'un extraordinaire relief. Plus l'observateur s'éloigne du mur, plus la troisième dimension semble exister. La lune a permis un éclairage vivant. Il y a des plaques de lumière et des zones d'ombre, ce qui évite ce côté plat et uniforme conféré par un faisceau de projecteurs. J'ajouterai que l'idée de nature, mise en avant, renforce l'effet. L'astre nocturne donne une impression d'éternité que serait venue déranger trop de technologie, même si 450 millions de pixels constituent tout de même un exploit dans le genre. 

Le parcours commence par une salle introductive. Borobudur a été redécouvert en 1817 par Thomas Stanford Raffles. En assez bon état pour son âge, le temple a vite passionné les savants comme les peintres. D'où une iconographie abondante, souvent d'origine néerlandaise. N'oublions pas que l'Indonésie est restée une colonie hollandaise jusqu'en 1949. Le visiteur accède ensuite aux photos, complétées par quelques objets de fouille et deux têtes sculptées donnant paradoxalement une moindre impression de réalité 3D. Les prêts ont ici été assuré par Stuttgart et Amsterdam. On aurait aimé voir davantage de pièces archéologiques. Mais ce n'était pas le propos. La priorité doit aller à des images permettant de voir bien mieux que sur place, même si c'est de manière fatalement un peu plus froide et dématérialisée.

Pratique

«Borobudur, Joyau de l'art bouddhique», Musée Baur, 8, rue Munier-Romilly, Genève, jusqu'au 8 juillet. Tél. 02 704 32 82, site www.fondation-baur.ch Ouvert du mardi au dimanche de 14h à 18h.

Photo (Fondation Baur, Genève 2018): L'un des reliefs photographiés par Caroline et Hugues Dubois.

Texte intercalaire.

 

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