Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Le Mamco casse la baraque et montre l'Américain Wade Guyton

Crédits: Keystone, 2016

Pas de surprise. Les participants savent aujourd'hui à quoi s'en tenir. La présentation des nouvelles expositions du Mamco ne tient plus de la conférence «ex cathedra». Non seulement elle se révèle plus courte depuis l'intronisation de Lionel Bovier comme directeur, mais chacun y a la parole. Même les artistes! Si Wade Guyton ne s'est pas exprimé, mardi 11 octobre, c'est parce qu'il reste purement anglophone. L'Américain se retrouvait du coup offert en dessert, lors d'un déjeuner du Richemond. Un hôtel désormais partenaire du Musée d'art moderne et contemporain genevois. 

Quoi de neuf au Mamco? Bien des choses finalement, mais sans éclats, ni effets de manche. Les accrochages tirés des collections ne s'appellent ainsi plus «expositions». Ils se retrouvent inclus dans ce qui constituent désormais un parcours muséal. Le troisième et le second étages se voient réservés le premier aux années 60 et 70, l'autre aux décennies suivantes. Les œuvres qui subsistent de la présentation d'hiver n'ont pas été changées de place, juste pour faire joli. Et d'autres pièces sont venues se glisser dans les salles, en toute discrétion.

Modifications architecturales 

Soyons justes! Le second a été radicalement modifié, avec des transformations architecturales décisives. Il ne reste rien de l'ensemble de chambres que le public aura connu pendant plus de vingt ans. Certaines devraient se voir remontées au quatrième, pour l'instant fermé. «Il va accueillir début novembre la Biennale de l'image en mouvement, ou BIM, organisée par le Centre d'art contemporain», explique Lionel Bovier. Vous imaginez la révolution! Pendant tout le règne de Christian Bernard, qui vient de monter en France un «Printemps de Toulouse (ils ont lieu l'automne), le Mamco et le CAC se sont regardés en chiens de faïence. On ne se parlait pas! 

Le troisième «new look» s'ouvre désormais sur un container de Gordon Matta-Clark déplacé vers la droite, avec un film projeté sur un écran placé sur un mur obscurcissant les fenêtres. L'Appartement, à côté, montre dans son bureau les «éditions et» de Christian Grützmacher et Bernhard Höke, qui publiaient à la fin des années 1960 des anthologies dans la mouvance Fluxus. Il y a de même, dans une petite salle, une présentation de poésie concrète organisée avec Zona archives. Il s'agit là d'un début. Autant dire qu'il y a aura une suite. C'est déjà le cas au deuxième avec Charlotte Posenenske, dont les installations modulables ont été triturées «d'une manière plus baroque». Je vous rassure tout de suite. On est loin du rococo bavarois. Le baroque minimal, cela reste de toute évidence sobre.

Deux collections entrent au musée

Le second, puisque nous y sommes déjà, se retrouve donc chamboulé par le curateur Paul Bernard. La nouvelle star en est Elizabeth Murray (1940-2007), une Américaine peu vue en Europe. Il y a d'elles trois toiles monumentales. Elles reflètent ces années 80 où tentaient de se mêler l'expressionnisme abstrait, le pop art figuratif et le minimalisme nihiliste. Il y a non loin de là Philippe Thomas et ses fameux «ready made qui appartiennent à tout le monde». Jim Shaw a trouvé sa place. Je note qu'il figure dans cet étage davantage d'emprunts extérieurs. «C'est normal», me répond Lionel Bovier. «Il ne s'est pas écoulé assez de temps pour que de telles œuvres se retrouvent fréquemment en musée. Notez cependant que nous avons hérité de Philippe Thomas.» 

Puisque nous en sommes à ce chapitre, restons-y. Le nouveau directeur est heureux d'annoncer l'entrée de deux collections dans son fonds. C'est d'abord celle de Marika Malacorda, une galeriste genevoise mythique. Peu de gens ont aujourd'hui connu cette exubérante personne, dans la mesure où elle est prématurément décédée dans les années 80. «Elle aura beaucoup contribué à faire connaître un courant comme Fluxus.» L'autre ensemble est celui de Claudine et Sven Widgren, un couple proche du Mamco depuis ses débuts. «Ils entassaient à l'ancienne, puisqu'il y avait plus de 200 œuvres dans leur appartement, complètement engorgé.» Lionel se réjouit de cette entrée. «Je trouve bon que des collections liées à l'histoire artistique de la ville se retrouvent pérennisées.»

Premier évidé 

Il n'y a plus qu'à descendre au premier, ou à ce qui en reste. L'espace s'est vu éventré. Evidé. Demeurent les murs porteurs, peints en blanc, et la cage d'escalier. C'est là que se trouve l'exposition de Wade Guyton, coproduite avec le Consortium de Dijon. Nicolas Trembley est le commissaire de cet accrochage, le premier en milieu muséal de cet Américain né en 1972 depuis deux ans. Il y a d'un côté les grands tableaux. De l'autre les petits, qui sont déjà grands. L'artiste travaille en imprimante laser sur toile. Le motif est celui d'une chaise design désarticulée. «C'est très autobiographique», assure Nicolas Trembley, dont la chemise blanche et la cravate font assez peu art contemporain. 

Le reste me semble affaire de goût. On aime ou on n'aime pas, puisque tout commence et que tout finit par cette dichotomie. J'avouerai que je ne suis pas très chaud devant ces pièces répétitives et esthétiquement assez pauvres. Mais bien des gens pensent que c'est génial. Je ne vais donc pas les contredire, d'autant plus que l'étage ainsi déployé se révèle spectaculaire.

Editions en plein boom

Et les éditions? Ne les oublions pas. Eh bien, toujours pilotées par Thierry Davila, elles tournent à plein régime. Une table supportait mardi 11 octobre les dernières parutions. Elles parlent de Claude Rutault et de Bernard Piffaretti. Jean-Louis Boissier a sorti «L'écran comme mobile». Vous l'avez deviné. C'est du lourd et du sérieux.

Pratique

«Wade Guyton, Récit d'un temps court 2», Mamco, 10, rue des Vieux-Grenadiers, Genève, jusqu'au 29 janvier. Tél. 022 320 61 22, site www.mamco.ch Ouvert du mardi au vendredi de 12h à 18h, les samedis et dimanches de 11h à 18h.

Photo (Keystone): Lionel Bovier dans L'Appartement, au contenu en cours d'acquisition. 

Prochaine chronique le mercredi 13 octobre. Les Arts décoratifs parisiens présentent le design de Roger Tallon, Monsieur TGV.

 

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