Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Le MAH s'enrichit. Dons et achats. Je vous dis ce que je sais

Crédits: Genève Enchères, 2018

Le Musée d'art et d'histoire de Genève s'enrichit. Ce n'est pas moi qui le dit, mais lui-même dans son bulletin des mois de septembre à décembre 2018. Il y est question d'une série d'achats et de deux dons. L'un de ces derniers est nominatif. Il s'agit de dix armes anciennes remises au MAH par Michèle et Xavier Givaudan. Les pièces en question ont appartenu aux Tronchin. Elles ont passé au pharmacien et entrepreneur Xavier Givaudan (1866-1965) quand celui-ci acquit le domaine de Bessinge (actuel golf de Cologny) en 1938. Je rappelle que beaucoup d'objets et de tableaux Givaudan ont passé ces derniers temps aux enchères chez Piguet-Hôtel des Ventes. C'est Corinne Borel, collaboratrice scientifique, qui signe l'article. Une occasion de rappeler que nul n'a encore remplacé le conservateur des armes José Godoy, parti à la retraite il y a longtemps. 

Douze objets pharaoniques sont également venus rejoindre l'ensemble archéologique égyptien que possède le MAH. Il y a là des vases canopes, des oushebtis (figurines funéraires) ou une applique de bronze. Ces pièces proviennent d'un ensemble formé par un Genevois du XIXe siècle. Le tout a été donné «par un généreux collectionneur genevois souhaitant garder l'anonymat», selon la formule consacrée qui sent bon le protestantisme. La discrétion reste de mise dans un tout petit milieu. Ne parle-t-on pas en matière de mécénat d'une «fondation gardant désirer l'anonymat, alors que tout le monde sait qu'il s'agit de Wilsdorf?

Un étrange achat

L'achat laisse songeur. Il s'agit de dix-sept tablettes écrites en cunéiformes, de trente amulettes en forme d'animaux et de deux clous de fondation. Le tout vient en direct de Genève Enchères. Vous vous rappelez sans doute que la maison organisait une vente en avril dernier. Vous vous souvenez que la dite vente a failli se voir bloquée après une dénonciation. Des gens avaient averti les diplomates irakiens. Une enquête avait du coup été menée par la Justice. Celle-ci avait constaté que l'ensemble avait été formé dans les années 1950 et 1960 et qu'il se trouvait depuis belle lurette en Suisse. Vous supposez comme moi que cette accusation venait de gens proches ou moins proches du MAH, où l'on joue volontiers les Monsieur Propre. Alors avouez que l'achat en devient fort de café, comme aurait dit ma grand'mère. «Ces pièces archéologiques appartiennent de longue date au patrimoine genevois», écrit le directeur Jean-Yves Marin dans son éditorial. «Aussi ont-elles toute leur place au musée et ne sauraient être confondues avec les objets spoliés lors des guerres contemporaines.» Il fallait le dire vite! 

Dernière cerise sur le gâteau. J'apprends dans ce bulletin que le catalogue de l'exposition Barthélémy Menn, proposée au Cabinet des arts graphiques du 2 mars au 8 juillet, avait enfin paru chez Till Schaap à Berne. Avouez qu'il était temps...

Photo (Genève Enchères 2018): Les deux clous de fondation Lipit-Ishtar, vers 1930 av. J.-C.

Texte intercalaire.

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