Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Le MAH peine à désigner son responsable du pôle beaux-arts

Crédits: Tribune de Genève, Pascal Frautschi

Comme le temps passe. C'est aux premiers jours de janvier qu'on s'en rend le mieux compte. Il y a dix mois, le peuple refusait en votation le projet Jean Nouvel pour le Musée d'art et d'histoire (MAH). Un épilogue imprévu pour l'institution, qui se montrait si sûre d'elle-même qu'elle n'avait pas prévu d'autre porte de sortie. Depuis, c'est un flou total. Il n'existe même plus de réel programme d'expositions (1). Bien sûr, la Ville a annoncé la création d'un comité de six sages (pourquoi ce nombre pair, je ne le sais pas), afin de plancher librement sur l'avenir de l'institution. Rien n'a filtré. S'est-il souvent rencontré? Je l'ignore. J'avoue que la chose me laisse assez indifférent. Je n'éprouve pas, à l'instar de certains détracteurs de l'agrandissement Nouvel, d'attachement indécrottable pour une institution me semblant à peu près irrécupérable. 

Il n'en reste pas moins que la vie continue. Elle suppose parfois des passages de témoins, même si certains postes ne se voient pas repourvus. Je n'ai ainsi jamais entendu dire que le MAH comptait donner un successeur à José Godoy, très longtemps en charge des armes et armures. Et je ne suis pas sûr qu'il en ira différemment lorsque Matteo Campagnolo, qui dirige le très important cabinet des monnaies et médailles du MAH, prendra sa retraite courant 2017. Notons juste qu'il s'agit là d'une tendance genevoise. A ma connaissance, François Jacob n'a pas été remplacé au Musée Voltaire, dont il est parti en catimini l'été dernier. Et il ne me semble pas que Barbara Roth, retraitée depuis juin 2016, ait eu un(e) remplaçant(e) à la Bibliothèque de Genève. Le département des manuscrits n'y est pourtant pas négligeable.

La succession de Laurence Madeline 

Un autre départ a marqué 2016. C'est celui de Laurence Madeline, qui coiffait au MAH le pôle beaux-arts. La dame était invisible depuis l'automne 2015. Une communication interne du 22 avril apprenait son départ, que d'aucuns souhaitaient depuis longtemps. Il semble qu'il y ait eu entre-temps des «négociations». Là, difficile de ne pas trouver un substitut (peut-on dite «une substitute» puisqu'on féminise tout à Genève?). Une annonce a donc été faite. Des gens se sont proposés. Mais là aussi, comme s'en plaint un ex-professeur de l'Université de Genève, tout se passe dans l'opacité. Rien ne transparaît. Le même professeur s'étonnait (s'étonner, en langage poli signifie se scandaliser) que certains dossiers intéressants aient été retenus et pas d'autres. Il y aurait en outre, au comité, peu de gens de musée. Jean-Yves Marin, bien sûr, et une personne chargée des relations dites humaines. Serena Romano appartient en effet au monde universitaire lausannois. Et, selon d'autres informations, aucune question de porteraient sur l'art suisse, pilier du MAH, ni genevois. Il y en aurait en revanche une, insistante, sur les "afters". 

Bref, des entretiens ont eu lieu. Il resterait aujourd'hui selon ce qui m'est revenu deux candidats en lice. J'ignore leurs noms. Tout aurait dû se voir régler en décembre, mais le comité s'est accordé un délai de grâce. Le verdict interviendrait donc en février. L'interrogation générale tourne bien sûr autour de la nationalité des finalistes. On sent une crainte de voir nommer un nouvel étranger. La question devient en effet extrêmement sensible, ce dont la Ville ne tient pas compte, à la suite de certaines nominations à des postes-clés. Sans faire partie du très protectionniste Mouvement des Citoyens genevois (MCG), il y a là un problème qui connaît parfois son acmé. On se souvient de l'école de patinage, où les choses avaient effectivement patiné... 

Pas de réciprocité

Il faut en effet savoir deux choses avant de juger. Ce n'est pas un problème de colonisation, mais de réciprocité. Des Français peuvent postuler en Suisse, alors qu'un étranger n'a aucune chance d'accéder à un haut poste muséal en France (poste par ailleurs fort mal payé). Il s'agit là d'une chasse gardée. N'ont droit à la tête des musées que les conservateurs du patrimoine, formés par les hautes écoles nationales. Il n'y a eu à ma connaissance qu'une seule exception spectaculaire. C'est quand l'Allemand Werner Spies (le spécialiste de Max Ernst), que n'avait à l'époque entaché aucun scandale, avait reçu le musée du Centre Pompidou. Celui-ci voulait une grosse pointure.

L'autre problème d'asymétrie est celui du retour. Si un Suisse va se faire voir ailleurs, aux Etats-Unis comme au Canada où c'est possible, il perd sa place chez lui. Eh bien pas en France! Le système permet d'être «détaché» et de retrouver, en cas de pépin, un poste comme si de rien n'était. François Jacob est ainsi retourné à Besançon. Et le communiqué du 22 avril annonçait que Laurence Madeline «réintégrera prochainement son administration d'origine.» Certes, elle ne retrouvera sans doute pas son poste à Orsay. Elle connaîtra peut-être même des années de placard. Mais elle émargera toujours de l'Etat. Un Etat souvent très tolérant. Il y a bien eu, il y a quelques mois en France, l'affaire d'un directeur de musée suspendu pour avoir tabassé un de ses subordonnés. Abus de stupéfiants, ont dit les mauvaises langues. Mais il s'agit Dieu merci là encore d'une exception. 

La suite au prochain épisode.

(1) Le programme 2017 comprend une exposition à la Maison Tavel, une au Musée d'art et d'histoire lui-même et deux au Cabinet des arts graphiques. Rien n'est indiqué pour l'année à la rubrique Muslé Rath sur le site du MAH, consulté le 31 décembre.

Photo (Pascal Frautschi, Tribune de Genève): Laurence Madeline, qu'il s'agit de remplacer à la tête du pôle beaux-arts des Musées d'art et d'histoire.

Texte intercalaire.

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